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Il était dix-neuf heures quand quelqu’un frappa à la porte de l’appartement d’Axel. Celui-ci, allongé sur son lit, une bouteille à la main, maugréa avant de se relever alors que l’alcool le portait lentement vers la fatigue de l’ivresse. Il marcha jusqu’à la porte et l’ouvrit en grognant pour y découvrir les recrues agglutinées.
— Putain, mais vous voulez quoi encore ?
Ce fut Fatima qui parla la première tandis que son instructeur portait la bouteille à ses lèvres.
— Voilà, tous les vendredis soir, au foyer, c’est soirée karaoké. On s’est dit que vous voudriez peut-être venir avec nous ?
Axel haussa les sourcils tout en s’essuyant la bouche d’un revers du bras, avant de claquer la porte. Il entendit alors la voix de Clarice murmurer.
— Ça doit vouloir dire non…
— Laisse-le. Ce n’est qu’un déchet. On n’a pas besoin de lui, tant pour s’entraîner que pour ce soir.
Axel s’appuya contre la porte en soupirant. Il avait reconnu la voix de Lycan, et se dit que ça allait devenir compliqué avec lui. Il prit une nouvelle rasade quand quelqu’un frappa de nouveau.
— Putain, mais vous ne savez pas ce que ça signifie, quand on vous claque la porte au nez ? Écoutez le caniche, il a raison, vous n’avez pas besoin de moi pour aller jouer à Barbie chanteuse de cabaret.
Les coups s’intensifièrent alors que la voix de la lieutenante lui parvenait de derrière la porte.
— Mon adjudant, ouvrez-moi ! C’est un ordre !
Axel soupira, mais s’exécuta. Après tout, même s’il était son instructeur, elle était aussi sa supérieure hiérarchique. Ils se firent face en silence quelques secondes, lui désabusé, elle en colère, avant qu’elle demande.
— Pourquoi vous ne voulez pas venir ? Si c’est à cause de l’alcool, il y en a là-bas, je vous signale.
Axel prit une nouvelle rasade, comme pour la provoquer, avant de répondre.
— Non, ça n’a rien à voir.
— Alors quel est le problème ?
— Je suis leur instructeur, pas leur pote. Pas de familiarité possible, sinon ils ne m’écouteront plus le moment venu. Et puis…
Il baissa les yeux quelques instants avant de refaire face à la jeune femme et de reprendre.
— Je ne veux pas risquer de m’attacher à des animaux que je vais envoyer à l’abattoir.
Victorine se raidit quelques secondes avant de se ressaisir.
— Vous pensez réellement qu’on va échouer ?
Axel pinça les lèvres, hésitant quant à la réponse à donner, puis se lança.
— Même la FARMH a péri… Et ils étaient une élite avec des années d’expérience… Croyez-moi, je sais de quoi je parle. Vous devriez tous abandonner le projet tant que vous êtes encore entiers.
Victorine baissa la tête quelques instants, profondément déçue, avant de gifler son subalterne.
— Vous n’êtes qu’un sale con !
Axel ne broncha pas, se contentant de murmurer en ignorant une douleur insignifiante comparé au reste.
— Parce que je vous dis la vérité ? Okay… Et quand vous aurez la mort de vos hommes sur la conscience, vous viendrez vous excuser, parce que vous aurez compris que je sais de quoi je parle. Bonne soirée.
Il s’apprêtait à fermer la porte quand la jeune femme la bloqua.
— Et si vous me disiez tout ? Parce que, visiblement, il y a un gros passif. Vous ne croyez pas que ça nous serait utile à tous de savoir ce qu’il en est ?
Axel planta son regard malheureux et rougit par l’alcool dans les beaux yeux noisette de sa supérieure avant de détourner le regard.
— Je ne peux pas, je suis désolé… Vraiment désolé… Retirez votre main et laissez-moi tout seul, s’il vous plaît…
Victorine le fusilla du regard encore quelques secondes avant d’abdiquer et de retirer sa main. La porte se referma alors silencieusement, laissant le vétéran retourner à sa déchéance alors que la jeune officière faisait littéralement face à une porte close. Elle finit par soupirer puis se détourner de l’appartement. S’il voulait se noyer dans sa dépression, tant pis pour lui, pensa-t-elle. De l’autre côté de la porte, Axel finissait sa bouteille en pleurant en silence, avant de la laisser tomber sur le dos puis de chanceler jusqu’à son lit sur lequel il s’effondra.

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