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De ce jour, chaque interaction entre Axel et Lycan se terminait par une incartade, et la lieutenante commençait à en avoir assez de toujours devoir s’interposer. Elle ne doutait plus de la bonne volonté de l’adjudant, que Lycan surnommait l’autre connard, mais elle restait intimement convaincue que tout pourrait mieux se passer si celui-ci faisait preuve d’un peu de tact et d’humanité. Pourtant, elle avait bien vu comment il guidait tout le monde, et sous ses airs de Grinch, il y avait de la bienveillance en lui. Bien cachée, certes, mais elle était là. C’était comme s’il la gardait volontairement muselée, sans raison apparente. Et il était clair pour l’officière que son alcoolisme y était lié.

La semaine toucha à sa fin, et le vendredi matin, à la salle de sport, Axel peina à garder les recrues concentrées alors qu’elles parlaient de leur soirée karaoké prévue pour le soir même, assises sur les rameurs qui restaient désespérément immobiles. Il inspira lentement plusieurs fois pour essayer de se calmer, avant de crier.

— Mais vous allez fermer vos grandes gueules et vous activer, oui ou merde ?

Fatima lui répondit avec un certain agacement.

— Oh, ça va ! Ce n’est pas parce que vous ne savez pas vous amuser que, nous, on n’a pas le droit d’être heureux pour notre soirée ?

Axel bégaya.

— Moi… Moi… Moi, je ne sais pas m’amuser ?

Clarice intervint.

— Vous faites toujours la tête… C’est pour ça qu’on vous surnomme le Grinch. Enfin, sauf Wolfy, qui vous appelle l’autre connard, mais ça, c’est une autre histoire.

Axel lança un bref regard à Wolfgang et son sourire narquois avant de sortir sa flasque et de boire une longue gorgée.

— Je sais m’amuser, vous croyez quoi ? J’étais même un sacré déconneur, avant.

Alexandre murmura.

— Quand on précise avant, c’est que ce n’est plus le cas…

Axel reprit une gorgée en le fusillant du regard puis reboucha sa flasque en souriant. Un sourire en coin peu engageant.

— Bien, alors je vais vous proposer un jeu.

Les recrues crièrent de joie alors qu’Axel levait les mains pour appeler au calme.

— Détendez-vous, je n’ai encore rien dit.

Il attendit que le calme revienne, savoura l’attention des jeunes et reprit.

— Si vous parvenez à me surprendre en train de chanter, alors je viendrais avec vous. Sauf que ! Je ne chante que sous la douche… Soyez dans la pièce en même temps que moi, dites-moi simplement que vous êtes là, et j’abdiquerais. Mieux encore, celui qui m’aura pourra demander un duo avec moi. Ça vous va ?

Alexandre hésita.

— Ça veut dire qu’on va devoir rentrer chez vous par effraction ?

— Ouaip.

— Mais, c’est illégal…

Axel haussa les sourcils, dubitatif.

— Je ne porterais pas plainte, je te rassure. Alors, vous relevez le défi ?

Les recrues échangèrent quelques regards amusés avant de répondre d’une même voix.

— Défi relevé.

— Parfait. Alors, maintenant, bougez vos gros culs sur ces putains de rameurs, et que ça saute !

Ils s’activèrent tous alors que leur instructeur se détournait d’eux pour se retrouver nez à nez avec la lieutenante, souriante.

— Il y aurait donc un cœur sous cette aigreur ?

Axel l’observa sans ciller avant de demander à son tour.

— Vous allez participer ?

— Bien évidemment. Je rêve de pousser la chansonnette avec vous !

Un sourire sadique étira lentement le visage de l’instructeur alors qu’il répondait.

— Parfait, votre défaite à tous les cinq n’en sera que plus savoureuse. Maintenant, au travail.

Quand la séance de sport prit fin, Axel récupéra sa serviette et s’en alla à son appartement, avant d’ouvrir sa douche en lançant de la musique puis de fermer la porte. Dans les minutes qui suivirent, ses quatre fenêtres et sa porte d’entrée étaient forcées, et les cinq recrues s’infiltrèrent dans l’appartement en échangeant des regards complices. C’était trop facile, ils le tenaient, ils auraient tous le droit à leur duo. Mieux encore, ils pourraient demander une chanson en groupe ! Oui, c’était parfait. Ils étaient maintenant devant la porte de la salle de bain, la main de la lieutenante sur la poignée de la porte, prêts à entrer.

— On est là !

Ils avaient crié en cœur en s’engouffrant dans la pièce et hurlaient de joie, quand une voix venue du couloir les calma immédiatement.

— Vous êtes tous tombés dans le piège…

Les recrues se retournèrent pour découvrir Axel, torse nu, une bouteille à la main, au milieu du couloir. Le regard de la lieutenante s’arrêta sur son corps quelques instants, et ce qu’elle vit la troubla. Ce corps bien dessiné, musclé et sec, à la pilosité légère, et parcouru de cicatrices suscita subitement autant de questions que d’excitation, quand Wolfgang cria, la ramenant sur terre.

— Mais putain ! Vous vous étiez caché où ?

Axel sourit en croisant les bras.

— Je ne me suis pas caché. J’étais posé sur mon canapé. Tu es littéralement passé devant moi sans me voir, parce que tu étais obnubilé par ta cible, au point de te couper du monde extérieur.

Clarice demanda alors, perplexe.

— Mais… pourquoi on vous entendait chanter sous la douche, alors ?

— Mon téléphone. Je me suis enregistré il y a une semaine, en prévision d’un jour comme celui-ci. C’est la différence entre vous et moi. Vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez, alors que j’ai assez d’expérience pour avoir trois coups d’avance.

Fatima ragea tandis qu’Axel portait la bouteille à ses lèvres.

— Vous avez fait ça pour fanfaronner.

— Non, pour vous donner une leçon. Être focus sur son objectif, c’est important, mais rester attentif à tous les détails vous environnant, c’est encore mieux. Maintenant, dégagez de chez moi, je voudrais vraiment aller me laver le cul.

Il se décala pour le libérer le couloir, et les recrues s’en allèrent en râlant. Toutefois, la lieutenante s’arrêta à son niveau.

— Bravo, merveilleuse leçon, et quelque part très ludopédagogique.

— Merci.

— Ceci dit, ce serait cool que, juste une fois, vous vous joigniez à nous. Ne serait-ce que pour les féliciter d’être arrivés aussi loin.

Axel reprit une gorgée avant de répondre.

— En mission, vous n’aurez ni excuse ni seconde chance. Alors, je ne vais pas vous féliciter d’avoir couru à votre perte, désolé…

Victorine soupira avant de se remettre en marche, pour s’arrêter deux pas plus loin et refaire face à son instructeur.

— Vous savez, je suis sûr que, en dépit des allures de sale connard que vous vous donnez, vous mourrez d’envie de vous joindre à nous. Parce que, pour la première fois depuis longtemps, quelqu’un s’intéresse à vous et vous donne un semblant d’affection. En fait, le surnom de Grinch vous va bien, mais j’ai hâte que votre cœur triple enfin de volume. J’espère juste que, contrairement au personnage de fiction, vous n’attendrez pas Noël.

Pour toute réponse, Axel vida sa bouteille d’une traite sans la quitter du regard, si bien que l’officière soupira une dernière fois avant de quitter l’appartement en refermant la porte derrière elle. Quand il fut enfin seul, Axel lâcha la bouteille en marmonnant avant de se rendre sous la douche.

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