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Le dimanche soir qui suivit, Victorine récupéra Axel à la gare la plus proche pour le ramener à la base. Alors qu’il montait dans la voiture, elle demanda en souriant.

— Alors, cet après-midi ?

Son passager répondit avec amertume.

— Je viens de ne passer que trois heures avec mes enfants, dans un centre d’accueil et sous le regard inquisiteur d’une assistante sociale qui me prend pour un tueur sans rien savoir de moi. C’était d’enfer, merci de remuer le couteau dans la plaie.

La conductrice ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, cherchant quoi répondre, quand Axel soupira en baissant la tête.

— Excusez-moi, s’il vous plaît… C’est juste que…

Il poussa un second soupir et reprit.

— Ces trois heures avec mes enfants sont littéralement tout ce qui me rattache à la vie. Mais, tant que je n’aurais pas prouvé que je peux me contrôler, je devrais vivre avec la frustration de n’avoir que ces trois heures toutes les deux semaines… Et sans alcool, je ne peux pas me contrôler…

Victorine fronça les sourcils quelques secondes avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

— Vous étiez violent avec eux ? Ou avec leur mère ?

Axel ouvrit grand les yeux de surprise, avant d’exploser de rire. Le premier vrai rire que Victorine entendait de lui. Et quand il lui répondit, ce fut avec un large sourire et de la joie dans la voix.

— Non ! Grand dieu, non ! Je suis un vrai papa gâteau. Et avec mon ex, j’étais un canard. Jamais je ne pourrais lever la main sur eux. Je finissais déjà en larme quand je les punissais. Non…

Son sourire s’effaça et sa joie disparut quand il reprit.

— Mais, après Melun… Ça m’a brisé, vous savez… J’ai sombré plus vite que le Titanic et, comme vous pouvez le voir chaque putain de jour qui passe, je ne me suis jamais relevé… Pour vous, mon problème, c’est l’alcool. Mais, la vérité, lieutenante, c’est que l’alcool, c’est la solution…

Victorine avança une main qu’elle posa délicatement sur celle de son passager, attirant le regard de celui-ci à elle. Elle lui offrit alors son plus chaleureux sourire avant de demander.

— Vous voulez m’en parler ? Sans entrer dans les détails, si vous voulez, mais je peux écouter.

Axel lui rendit un sourire faible et timide avant de baisser la tête.

— Non, je vous remercie… C’est mon fardeau, et celui de personne d’autre…

— Très bien…

Elle engagea une vitesse et démarra quand il ajouta.

— Mais, si vous y tenez vraiment, je veux bien un peu de compagnie, ce soir…

La jeune femme sourit sans quitter la route des yeux.

— Avec grand plaisir. On va s’acheter des pizzas ?

Ils dînèrent en parlant de tout et de rien, et la lieutenante retourna chez elle aux environs de minuit. Toutefois, avant de refermer la porte derrière elle, elle refit face à Axel.

— Je ne sais pas si vous avez noté, mais vous n’avez pas bu une goutte de la soirée, et personne n’en est mort. Je dis ça comme ça…

Elle déposa un baiser sur sa joue mal rasée puis s’en alla, laissant le vétéran surpris et seul dans son entrée.

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