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Axel passa une semaine à l’infirmerie, tant pour s’assurer qu’il ne faisait pas de rechute que pour prévenir toute perte de contrôle de ses pouvoirs, mais il ne se passa rien. En revanche, la lieutenante vint lui tenir compagnie tous les soirs. D’abord en silence, puis en parlant sommairement du travail, et enfin en discutant de tout et de rien, comme deux étrangers apprenant à se connaître. Chaque soir, Elle commençait par débriefer des exercices du jour, puis Axel lui donnait les consignes du lendemain, et ensuite ils apprenaient à se connaître. Le jeudi soir, Axel la surprit avec une demande inattendue.

— Je peux te demander un service, Victorine ?

La jeune femme le regarda avec surprise. C’était la première fois qu’il la tutoyait et l’appelait par son prénom. Elle se reprit, sourit et répondit.

— Bien sûr. Que puis-je faire ?

— Voilà, je me suis enfin décidé à commander des meubles. Ils arrivent demain en journée, mais je ne sors d’ici que demain soir. Tu peux les récupérer pour moi ? Je les installerais ce week-end…

— Avec plaisir.

— Merci, c’est sympa.

Le sourire de Victorine s’élargit alors qu’elle posait sa main sur celle d’Axel.

— Non, c’est normal. On est une équipe.

Axel fronça les sourcils.

— C’est aussi ce que tout le monde a dit quand je me suis réveillé, lundi…

— Et ça pose problème ?

Axel hésita.

— Je ne peux plus être votre instructeur, si on est une équipe.

— Mais tu peux être notre mentor. Le vieux sage qui nous guide.

Axel entrouvrit la bouche quelques secondes avant de réfléchir puis de sourire à son tour.

— L’idée me plaît assez… Mais, ça veut dire que je ne pourrais plus vous insulter gratuitement. Ça ne colle pas à l’image du mentor…

Victorine rigola.

— Je te jure que ça ne manquera à personne !

— Si, ça va me manquer, à moi…

Il reposa sa tête dans l’oreiller en soupirant.

— J’ai hâte de reprendre le boulot… Je déteste rester à l’arrêt.

Victorine sourit de nouveau.

— Tu te rétablis vite. Bien plus vite que la normale.

— Je sais… Je suis comme Wolfgang et toi, j’ai plusieurs mutations.

Victorine fronça les sourcils, ce qui n’échappa pas à son interlocuteur, qui expliqua alors.

— Toi, tu es à la fois télépathe et télékinésiste. Ce sont deux pouvoirs différents, et donc deux mutations différentes. Wolfgang a son facteur lycanthropique, une régénération cellulaire accrue et une force supérieure. Pareil, trois dons, trois mutations. Ma sœur avait la cryokinésie et le vol. Deux pouvoirs, deux mutations. Moi, j’ai la pyrokinésie, le vol et une régénération presque trois fois supérieure à la norme…

Victorine termina sa phrase pour lui.

— Trois aptitudes, trois mutations.

Axel émit un petit rire.

— Ouaip. Nous sommes des sortes de super mutants. Mais c’est moins rare qu’on ne le pense. Regarde Goliath. Super force, super endurance, musculature hypertrophiée, gabarit hors du commun, régénération cellulaire quasi immédiate et une peau aussi épaisse que celle d’un rhinocéros… Il m’a fallu du temps pour trouver comment le vaincre.

Victorine se pencha en avant, intriguée.

— Et comment feras-tu ?

— Tout repose sur Taser. Il va l’électrocuter. Le cœur de Goliath rentrera en fibrillation, voir s’arrêtera, et il ne pourra plus respirer. Le courant ne le tuera pas directement, mais il convaincra son cœur et ses poumons d’arrêter de fonctionner.

Victorine se redressa, songeuse.

— Donc, tu penses qu’il n’y a que la mort qui puisse l’arrêter ?

— Ouais… C’est moche pour Taser, parce que c’est un gentil garçon dont j’aimerais pouvoir préserver la candeur et l’innocence, mais c’est la seule solution que j’ai trouvée… Ou tout du moins la seule viable…

— La seule viable ? Tu as eu d’autres idées ?

Axel soupira en détournant le regard.

— Je peux toujours exploser de nouveau… La chaleur que j’ai dégagée à Melun… Ça ne le tuerait peut-être pas, mais il n’en resterait pas grand-chose… Tout comme il ne resterait vraisemblablement rien de moi… Mais bon, comme il est hors de question que je reprenne du service, il ne nous reste que Taser.

Victorine pinça les lèvres avant de poser sa main sur celle d’Axel.

— Alors, on va entraîner Alexandre. Tu verras, on va y arriver. Mais, maintenant, tu dois te reposer. Je te dis à demain, pour ta sortie.

Elle déposa un rapide baiser sur sa joue et s’en alla, laissant Axel seul à ses ruminations. Le lendemain soir, comme promis, elle fut là pour le récupérer, poussant son fauteuil roulant jusqu’à son appartement qu’Axel trouva meublé, ses recrues affairées à finir de monter une table basse.

— Mais qu’est-ce que vous foutez ?

Wolfgang se retourna en souriant.

— Mais de rien, ça nous a fait très plaisir de nous casser le cul pour toi.

Axel resta silencieux quelques secondes avant de sourire.

— Merci. Sincèrement… Est-ce que… Est-ce que ça vous dirait de remplacer votre soirée karaoké par une soirée pizza chez moi ?

Les recrues crièrent leur joie à l’unisson alors que Victorine se penchait à l’oreille du vétéran tout en posant une main sur son épaule.

— Bienvenu dans l’équipe.

Pour toute réponse, Axel posa sa main par-dessus celle de sa camarade en souriant.

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