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Le lendemain matin, après le rassemblement, le général alla trouver Axel, l’air renfrogné, ce qui fit rire le vétéran.

— Laisse-moi deviner… Il n’a pas aimé la blague ?

— Pas du tout. Alors, pour l’apaiser, je l’ai invité à venir visiter nos locaux et manger avec nous.

Le général lui tapa le torse de l’index en ajoutant.

— Débrouille-toi comme tu veux, mais je veux voir les recrues donner le meilleur d’elles-mêmes cet après-midi, c’est bien compris ?

Axel rigola de plus belle.

— Ouais, je crois que je te dois bien ça… Et, je dois te remercier pour hier aussi… Tu as su trouver les mots justes…

Henri sourit.

— Axel, on était une famille avant, nous le sommes toujours maintenant. Donc, à présent, au travail.

— Chef, oui chef !

Axel imita un salut militaire avant de rejoindre les recrues à la salle de sport. Il les regarda s’affairer en souriant. Ça ne faisait pas tout à fait deux mois qu’il les avait prises en main, mais les choses avançaient bien. Taser avait perdu beaucoup de poids en prenant aussi de la masse musculaire, Birdy et Firework avaient elles aussi musclé leurs corps, Lycan travaillait d’arrache-pied à améliorer son cardio et Link avait un cul d’enfer. Axel ouvrit grand les yeux de surprise à cause de cette pensée intrusive, avant de secouer la tête pour se forcer à se reconcentrer. Link avait un corps d’athlète, point final. Il se mit de gifles avant d’aller se chercher des haltères.

Puis vint l’après-midi. Axel donna des exercices aux recrues, avant de se diriger vers la salle des mannequins. Il avait besoin de se prouver qu’il était encore capable de maîtriser ses pouvoirs dans le chaos d’un combat. Il se mit au milieu de la salle et lança la simulation la plus complexe possible. Les mannequins sortirent des murs pour fondre vers lui alors que leurs bras fouettaient l’air, et Axel ancra ses pieds dans le sol, prêt à les recevoir. Alors que le premier robot allait le frapper, le vétéran feinta sur le côté avant de le frapper d’un direct du droit enflammé. Son mouvement n’était pas encore fini qu’il en amorçait déjà un autre, projetant une langue de feu incinérant encore cinq autres adversaires mécaniques, puis tout s’accéléra. Il se mit à esquiver dans tous les sens, utilisant la Keysi Fighting Method en symbiose avec ses flammes, le laissant ni repos ni échappatoire aux pauvres machines programmées pour l’affronter, et en cinq minutes, l’affaire était pliée. Les carcasses fumantes gisaient, disloquées, à travers la pièce alors qu’Axel se tenait appuyé sur ses cuisses, essouflé et en nage.

— Impressionnant. Il faudrait montrer ça à Wolfgang. Il ne remettrait plus jamais ta technique martiale en doute.

Axel tourna la tête pour découvrir Victorine s’approchant lentement en applaudissant. Son pantalon de sport et sa brassière soulignaient admirablement ses courbes, et le vétéran se retrouva à devoir fanfaronner pour cacher son trouble.

— Bof… C’est trop facile, une fois qu’on a compris leur paterne… Rien ne vaut un combat contre un vrai adversaire…

— Je relève le défi.

Axel haussa un sourcil sceptique alors que Victorine finissait de le rejoindre. Il se redressa en s’épongeant le front d’un mouvement du bras avant de grogner.

— Je te demande pardon ?

— J’ai dit, je relève le défi.

Axel leva les yeux au ciel.

— Écoutes, gamine. On parle d’un vrai combat, pas d’une bataille de cour de récréation. Tu pourrais avoir mal…

Victorine posa les mains sur les hanches.

— Je le sais, sale macho. Mais, je persiste, je relève le défi.

Elle se mit en garde et commença à boxer en direction de son adversaire, laissant ses poings s’arrêter extrêmement près de son visage et l’agaçant lentement.

— Putain, arrête ! On dirait mon fils qui veut jouer à la bagarre. Sauf que lui, il n’a que neuf ans. Ceci dit, vous avez un point commun, tous les deux. Vous ne pouvez pas me battre.

Victorine rigola tandis qu’Axel se détournait d’elle.

— Ah ouais ? Tu es sûr ? Alors, je te propose d’intéresser le combat.

Il se retourna, subitement curieux, mais tâchant de ne pas le montrer.

— C’est quoi, encore, ton délire ?

La jeune femme sourit.

— Si tu gagnes, je dirais haut et fort au prochain rapport que tu es le meilleur combattant du monde.

Axel rigola.

— Personne n’en doute à part toi…

— Mais si je gagne…

— Tu fais bien de le mettre au conditionnel…

— Si je gagne, tu m’embrasses.

Axel se figea alors qu’elle reprenait.

— Mais attention, pas un petit smack d’adolescents timides. Un vrai baiser amoureux, langoureux et passionné…

Axel entrouvrit la bouche avant de répondre alors qu’elle se rapprochait de lui en continuant de boxer.

— Mais tu es une grande malade, ma parole !

La jeune femme se mit à sourire.

— Quoi ? Tu as peur de perdre ? De toute façon, je continuerais à t’emmerder avec ça tant qu’on n’aura pas combattu !

Axel soupira avant d’essayer de la contourner, mais Victorine s’interposa entre la sortie et lui. Il essaya de l’autre côté, mais elle recommença, en le boxant d’encore plus près. Soudain, Axel balaya les bras de son adversaire sur le côté avant de lancer un puissant uppercut qu’il arrêta à la dernière seconde. Il plongea alors son regard dans celui de Victorine en souriant.

— C’est bon ? J’ai gagné ?

Elle le repoussa des deux bras avant de bondir en frappant du poing, mais Axel esquiva sur le côté avant de lancer un direct du droit magnifique qui allait la cueillir à la tempe. Un coup, K.O. direct, fin des problèmes. Seulement, son coup n’atteignit pas sa cible. Axel ne perdit pas sa concentration pour autant et se remit en garde alors que Victorine recommençait à frapper. Quelque chose n’allait pas dans le combat, Axel le sentait. Il ne parvenait pas à anticiper les attaques, il n’arrivait pas à lire la gestuelle de son adversaire, à comprendre les mouvements de son corps. Et alors que Victorine le balayait, alors qu’il basculait en arrière, alors qu’il tombait lourdement sur le dos, il comprit. Elle utilisait sa télépathie en plein combat. Il se reçut sur la nuque et roula en arrière tout en se disant qu’elle avait fait le meilleur choix possible, avant de se remettre en garde. Maintenant qu’il savait que ses perceptions n’étaient plus fiables, il allait devoir redoubler de prudence. Il fallait aussi qu’il lui fasse perdre sa concentration. Il encaissa trois coups dans les abdominaux avant de réussir à la repousser d’un puissant coup de genou, mais Victorine revint immédiatement à la charge. Elle lui sauta dessus, les pieds en avant, et le ceintura de ses cuisses autour du coup, avant de tourner autour de lui et de le projeter au sol. Quand Axel comprit ce qu’il s’était passé, il était trop tard. Il gisait lamentablement au sol, Victorine assise sur son ventre et les bras bloqués par la jeune qui le dévorait du regard, un large sourire aux lèvres et une mèche de cheveux rebelle pendante de son front.

— On dirait bien que j’ai gagné…

Axel soupira. Oui, elle avait gagné, et elle l’avait mérité, parce qu’elle avait su mélanger ses techniques de combat avec ses pouvoirs. Il se résigna à accepter la défaite.

— On dirait bien.

— Alors… Je vais pouvoir venir chercher ma récompense ?

Axel pinça les lèvres quelques secondes. Il en mourrait d’envie. À ses côtés, il se sentait aimable, apprécié, en paix, et surtout, il se sentait suffisant, et jamais jugé. Mais elle, que désirait-elle ? Un coup d’un soir ou une vraie histoire ? Sa pensée intrusive du matin refit surface, et il se dit qu’il saurait se contenter d’un coup d’un soir.

— Tu peux venir chercher ta récompense.

— Et vous allez vous appliquer, mon adjudant ?

Axel émit un petit rire avant de retrouver son sérieux.

— Lieutenante, je suis un soldat professionnel. Je m’applique en toute chose.

— Parfait…

Victorine avait murmuré cet ultime mot en se penchant en avant, et ses lèvres trouvèrent celles d’Axel. Pendant une seconde, le baiser resta sage, puis les barrières cédèrent. Axel attrapa Victorine avant de la faire rouler sur le côté et de se placer entre ses cuisses, tandis que la langue de la jeune femme franchissait les lèvres du vétéran. Elle se redressa pour lui retirer son tee-shirt alors que lui faisait glisser ses mains sous sa brassière, la passion les consumait, quand une voix s’éleva.

— Je présume que ce sont les nouvelles techniques pour maîtriser un adversaire au sol…

Les deux combattants s’arrêtèrent avant de tourner la porte pour y découvrir le général et le président de la République. Axel grogna.

— Merde, je l’avais oublié…

Ils se relevèrent en urgence alors qu’il reprenait.

— Non, monsieur, c’est… Nous… Je… J’ai perdu un pari, monsieur… Et je m’acquittais de ma dette…

Il s’avança en tendant la main devant lui.

— Je suis l’adjudant Axel Durand, monsieur. Le Dragon Rouge, c’est moi.

Le président le dévisagea sévèrement avant de répondre d’un ton sec.

— Et vous vous accouplez avec toutes les femmes de l’équipe, ou bien celle-ci est une privilégiée ? Victorine intervint, rougissante.

— Oh, non… On n’était pas en train de… Vous savez… De copuler…

Le président la jugea du regard, un regard plein de dédain.

— Vous n’en sembliez pas loin, pourtant…

Refaisant face à Axel, il reprit.

— Êtes-vous en mesure de me faire visiter les locaux et de m’expliquer le travail que vous êtes supposé accomplir ici ?

— Oui, monsieur. Laissez-moi juste une minute !

Il courut vers Victorine qui, honteuse, fixait ses pieds, et lui murmura à l’oreille.

— Ce soir, après le dîner avec le président, je veux qu’on se parle. J’ai besoin de savoir où on va, et ce que tu attends de moi. Maintenant, tu retournes à la presse, et tu compenses cette mauvaise impression en montrant à ce connard arrogant en costume trois-pièces ce dont tu es capable. Action !

Victorine releva la tête et sourit avant d’acquiescer. Axel retourna auprès du président sous le regard assassin du général et prit la parole.

— Monsieur, je vous prie de nous excuser pour cette première impression, et j’espère qu’après votre visite, vous aurez oublié cet incident fâcheux.

Le président haussa un sourcil.

— Ça dépendra beaucoup de ce que je verrais et de ce que vous allez m’expliquer sur le travail que vous faites avec nos recrues.

— Oui, monsieur…

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