17
Le dîner avait commencé depuis une dizaine de minutes, et toute l’équipe était engoncée dans sa tenue de sortie, médailles au vent et képis sur la table, quand le président posa la question qu’il gardait visiblement pour lui depuis trop longtemps.
— Bien, et sinon, quand l’équipe sera-t-elle déployable ?
Le général reposa sa fourchette avant de se tourner vers l’invité d’honneur.
— Dans quatre mois, les recrues partent faire leurs classes. Donc, dans six mois, monsieur.
Le politicien reposa son verre de vin, visiblement contrarié.
— C’est beaucoup trop tard. Goliath et ses sbires pillent nos banques et attaquent nos convoyeurs de fonds au moins une fois par semaine. Économiquement, la France est au bord du gouffre. Ils sont tellement puissants que les forces de l’ordre n’ont plus pour consigne de les arrêter, mais simplement de limiter la casse. Et avec leur nouvelle recrue, ce Milti-Man, nous sommes totalement surpassés.
Axel, qui avait porté son poing à ses lèvres, demanda avec une colère difficilement contenue.
— Vous n’êtes quand même pas en train de suggérer qu’on envoie les recrues alors qu’elles ne sont pas prêtes, monsieur ? Si ce planning a été mis au point, c’est qu’il y a une raison, et les faire se déployer prématurément reviendrait à les envoyer mourir.
Le président planta un regard froid dans celui du vétéran quand il répondit.
— Pourtant, quand je vois tout le chemin que vous avez déjà parcouru, je me dis que c’est faisable. Ou alors, vous m’auriez menti ?
Axel bondit de sa chaise.
— Je vous demande pardon ? Vous me traitez de menteur ! je vais rétablir la vérité !
Il posa sa main sur l’épaule de Link.
— Victorine est passée de quarante kilos de puissance psychique à plus de cinq tonnes, elle utilise sa télépathie en combat au corps à corps, et la portée de sa télépathie est de plusieurs kilomètres.
Il tendit la main vers Taser.
— Alexandre est arrivé ici à cent soixante kilos. Quand je l’ai pris en main, il en faisait cent cinquante. À la pesée de ce matin, il en faisait quatre-vingt-dix, et je peux vous garantir qu’il n’y a presque que du muscle ! En plus, grâce aux gants que l’équipe technique a développés, il tire avec précision. Les risques de frapper ses coéquipiers sont quasi inexistants. Il est, je suis désolé de t’annoncer ça gamin, notre arme pour tuer Goliath !
Alexandre se raidit.
— Le tuer ?
Axel le regarda avec peine.
— Je suis désolé, mon garçon, mais je crains que nous n’ayons pas d’autre solution…
Alexandre baissa la tête quelques instants avant de relever le visage en pleurs, mais déterminé.
— Bien. Alors je le ferais.
Axel acquiesça. Il savait à quel point Alexandre était doux, calme et presque fragile, mais il savait aussi à quel point le jeune homme avait à cœur de bien faire. Il pointa ensuite Birdy et reprit à l’attention du président, toujours en colère.
— Clarice a développé toute sa masse musculaire, et alors qu’elle peinait à voler en portant quarante kilos, elle est capable de transporter presque une tonne sur vingt kilomètres malgré son gabarit de chips.
Il désigna Firework et continua.
— Fatima, elle, a appris à faire exploser tout son corps en particules. Elle tient cinq minutes, et plus fort encore, elle parvient à voir. En éclatant ses yeux en particules, elle voit tout autour d’elle comme une putain de mouche ! C’est un exploit tel que nos scientifiques n’arrivent toujours pas à expliquer le phénomène ! Et je peux vous jurer que, quand ses particules vous tombent dessus à pleine vitesse, ça fait mal ! Et puis, il y a lui !
Il se déplaça et alla se placer derrière Lycan avant de poser les mains sur les épaules du jeune homme.
— Wolfgang… Ce gamin est un monstre de puissance, vraiment. Sauf qu’il n’arrivait pas à garder la maîtrise de lui-même quand il se transformait. Il a accepté des séances psys et a trouvé au fond de lui la force de se contrôler. On l’a poussé à fond, dans des conditions extrêmes, on a même utilisé de vraies munitions pour le pousser à bout, et il est resté maître de lui, il n’a pas craqué ! Alors oui, ils ont fait des progrès colossaux ! Mais les déployer prématurément n’est pas la solution ! Même si je les pense prêts, ils ont encore besoin d’apprendre à mieux utiliser leurs dons, pour s’approcher de la perfection. Sur le long terme, ils pourront être meilleurs que la FAMH, meilleurs que moi.
Les recrues l’observèrent toutes en ouvrant la bouche alors que le président, qui avait continué à manger, reposait ses couverts.
— Vous venez d’admettre qu’ils sont prêts.
Axel se raidit. Il s’était fait piéger comme un bleu. Putain de politicien.
— Vous ne m’avez pas écouté jusqu’au bout, monsieur. J’ai dit…
Le président le coupa.
— Si, je vous ai écouté. Alors je vais couper la poire en deux. Je vous laisse deux mois. Ils ne feront pas leurs classes, du moins tant que Goliath et sa horde n’auront pas été vaincus. Et vous, vous allez en faire les meilleurs des meilleurs.
Axel serra les poings et les dents en baissant la tête, se retenant visiblement d’agonir le président d’injures, avant de soupirer et de se détendre. Il releva la tête, le visage neutre, et répondit avec calme.
— Très bien. Nous allons le faire.
Il alla récupérer son képi et reprit.
— Les recrues, on décolle, on va s’entraîner.
Le général et le président bafouillèrent alors que les jeunes échangeaient des regards déterminés et se levaient pour emboîter le pas à leur mentor, quand enfin le président parvint à articuler.
— Mais ! Où vous allez ?
Axel se retourna en souriant alors que les recrues quittaient la salle.
— Faire exactement ce que vous m’avez demandé, monsieur. Bon appétit.
Il referma la porte sans la claquer, laissant le politicien pantois, et alla rejoindre ses hommes. Ceux-ci commencèrent à lui poser plein de questions, mais il se contenta de leur faire signe de le suivre, pour les guider jusqu’à l’ordinaire. Quand ils furent tous assis devant leur plateau, il prit enfin la parole.
— Bien, voici le nouveau planning. On va bosser le soir, de vingt à vingt-deux heures, pour étudier vos adversaires. Tout ce qu’on a sur eux, leurs dossiers militaires, les vidéos de leurs entraînements, les comptes-rendus des scientifiques, on va tout éplucher jusqu’à la moelle pour trouver leurs failles. Et le week-end, on fera au moins deux heures de sport à chaque fois, d’accord ? Des questions ?
Alexandre leva timidement la main.
— Je vous rappelle que, ce week-end, ma famille organise mon anniversaire, et que je vous ai tous invités.
Axel lui sourit.
— Et on y sera tous, ne t’en fait pas. Est-ce que vous me suivez sur ce nouveau plan ?
Clarice soupira.
— Est-ce qu’on a vraiment le choix ?
Wolfgang répondit le premier.
— Non, mais surtout, ça nous permettra de faire la nique à ce connard. Président de merde à la con.
Il tendit la main devant lui et reprit.
— Pour la FAIMH.
Chacun posa une main par-dessus la sienne en répétant sa phrase, puis ils attaquèrent leur repas. Victorine se pencha discrètement vers Axel et lui murmura.
— Je ne sais pas si tu as noté, mais quand tu as répondu au président, tu nous as tous appelés par nos prénoms. C’est la première fois que tu n’emploies pas nos noms de code.
Axel avala sa bouchée en souriant avant de répondre.
— Faut croire que je commence à m’attacher à vous… Sinon, je te rappelle que je te dois toujours un baiser.
Victorine sourit à son tour.
— Alors, vivement que l’entraînement de ce soir se termine…

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