18
Le samedi arriva enfin, et l’équipe se retrouva en bas de l’immeuble pour prendre le véhicule qui leur avait été attribué, un monospace de sept places noir avec toutes les options. Les jeunes attendaient déjà quand Axel arriva enfin. Wolfgang siffla.
— Waouh, le beau gosse !
Axel rigola alors qu’il finissait de rouler les manches de sa chemise sur ses bras. Les boutons de son col étaient détachés jusqu’au sommet de sa cage thoracique, et il portait un simple jeans bleu et des baskets noirs, mais il se dégageait de lui un charme et une force tranquille propres à ceux qui connaissent leur vraie valeur.
— La ferme, sale cabot. On ne va peut-être qu’à une simple soirée d’anniversaire, mais on va rencontrer la soirée d’Alexandre. En tant que votre mentor, je me devais de faire un petit effort.
— Et c’est pour ça que je me suis mise sur mon trente-et-un, parce que je suis leur chef.
Axel se retourna pour découvrir Victorine dans une jolie robe noire en feutrine, proche du corps, s’arrêtant au-dessus des genoux et au décolleté en V. Ses jambes étaient gainées par un collant noir les sublimant alors que ses escarpins amplifiaient leur galbe naturel. Ses cheveux étaient coiffés en chignon, et son visage, encadré par deux mèches, était délicatement maquillé pour souligner son charme naturel. Deux perles aux oreilles et un tour de cou en feutrine noire finissaient de compléter ce merveilleux tableau alors qu’Axel bégaya et que les recrues sifflaient ou applaudissaient. Fatima se permit même un petit commentaire.
— Vous êtes canon, Lieutenante. Et vous êtes bien la première à couper le sifflet à notre instructeur préféré… Rien que pour ça, je vous aime !
Victorine s’avança vers Axel de sa démarche chaloupée, un sourire mutin aux lèvres, et lui caressa la joue avant de l’embrasser tendrement.
— Bah alors ? Où est passée ta répartie acerbe ?
Wolfgang s’exclama.
— Tout son sang a quitté son cerveau pour aller sous sa ceinture, il ne peut plus réfléchir !
Axel lui tendit son majeur tout en embrassant sa compagne.
— Dire que tu es sublime serait un doux euphémisme…
— Vil séducteur. Allez, en route.
— Oui, madame.
Ils embarquèrent tous en se moquant gentiment du vétéran, puis le véhicule démarra. Ils roulaient depuis dix minutes quand Alexandre prit la parole, penaud.
— Je voudrais vous dire… Merci beaucoup de venir, je ne me sentais pas d’affronter ma famille seul…
Tout le monde échangea quelques regards avant que Victorine demande.
— Affronter ta famille ? Alors qu’ils te font une fête d’anniversaire ? Ce n’est pas très logique…
Alexandre soupira.
— J’ai toujours été la brebis galeuse… Eux, ce sont de gros beaufs virils, alors que moi j’étais obèse, végan et… Et gay…
Un silence gêné s’installa quelques secondes avant qu’il ajoute.
— Quand l’armée m’a recruté, mon père les a remerciés de les débarrasser de moi, et ma mère a simplement rigolé… Alors, je redoute le pire, vraiment…
Un second silence s’annonçait quand Wolfgang lui mit une main sur l’épaule.
— T’inquiète, ma gueule, nous, on ne te juge pas, et on t’aime comme tu es, pas vrai les filles ?
Clarice et Fatima confirmèrent alors que Wolfgang reprenait.
— Et même si tu es une petite tapette, ce n’est pas grave. Tu es notre folle à nous, on ne te partagera avec personne !
Alexandre émit un petit rire.
— Merci, Wolfy. C’était presque parfait.
— Ouais, j’ai dit que tu étais une tapette, mais tu sais que ce n’est pas méchant, hein ?
Alexandre acquiesça lentement alors que Victorine observait Axel qui, le visage fermé, conduisait en silence.
— Toi, tu t’attends déjà au pire, pas vrai ?
Il acquiesça lentement.
— S’ils veulent jouer à l’humilier, je remettrais les pendules à l’heure.
Il ajouta en donnant de la voix.
— Et, Wolfy, tu es gentil, mais tu n’emploies plus de termes humiliants et homophobes comme ça. On sait que tu ne penses pas à mal, mais c’est dégradant et irrespectueux.
Wolfgang s’enfonça dans son siège en grognant.
— Oui papa, c’est compris…
L’équipe, exception faite d’Axel et Wolfgang, rigola au surnom de papa. Le véhicule s’arrêta presque une heure plus tard sur le parking déjà bien rempli d’une salle des fêtes, et ses passagers descendirent en bon ordre avant de rentrer dans la salle. Axel s’immobilisa alors, choqué. C’était désespérément vide. Il y avait certes des tables au milieu de la salle et un buffet bien rempli au fond de la salle, à côté d’une chaîne hi-fi, mais c’était tout. Pas de décoration, pas une guirlande, rien. S’il n’avait pas su que c’était pour fêter un anniversaire, il aurait pu se croire à une réunion du conseil municipal.
Et la réaction de la famille… Personne n’accueillit l’anniversairé chaleureusement. Personne ne se leva même pour aller le serrer dans ses bras, rien. Ce fut à Alexandre de faire le tour de la table et de présenter tout le monde. D’ailleurs, Axel aurait eu bien du mal à dire qui était le plus gêné d’être là entre Alexandre et sa famille. Il y eut quelques remarques sur son poids et son homosexualité, quelqu’un demanda même s’il était venu avec un groupe de K-pop, mais aucune phrase gentille, ou même neutre. Non, Axel avait carrément l’impression d’être rentré en territoire ennemi… Victorine lui attrapa la main et l’obligea à la suivre.
— Fais un effort, s’il te plaît…
— Ce serait plutôt à eux de se forcer, non ? Sérieusement, il n’y a rien qui te choque ?
— Si, bien sûr que si… Mais nous sommes là pour Alexandre. Pour le soutenir, en équipe.
La lumière se fit dans l’esprit d’Axel. C’était en fait pour ça que le jeune homme les avait invités, pour ne pas affronter ça seul. Il décida donc de serrer les dents et d’aller s’asseoir à la gauche de son élève qui lui lança le regard le plus reconnaissant qui soit. Pourtant au bout d’une heure et demie à écouter cette famille dénigrer son enfant, il craqua. Alors que le père d’Alexandre qualifiait celui-ci de gentille tarlouze grassouillette, Axel se leva et lui jeta son vers au visage en criant.
— Mais ferme ta gueule, putain !
Tout le monde le dévisagea, estomaqué, avant que le père d’Alexandre se lève à son tour.
— Tu as fait quoi, sale connard ?
— Je t’ai dit de fermer ta gueule ! Fermez tous vos gueules !
Son regard oscillait entre la rage et la folie alors qu’Axel reprenait.
— Vous n’êtes tous que des putains de sac à merde !
Il pointa Alexandre et reprit.
— Votre fils est une perle ! Il est le mec le plus gentil et le plus dévoué que je connaisse, et plus, il a rejoint l’armée pour intégrer la prochaine équipe de supers héros ! Rien que ça, ça mérite votre respect !
Quelqu’un commenta.
— La gueule du héros…
Axel hurla, hors de lui.
— Fermez vos putain de gueule, j’ai dit ! Alex est notre arme ultime ! Pendant que vous, vous vous roulez dans votre fange, pendant que vous vous gavez d’alcool et de propos dégradants, votre fils s’entraîne à tuer Goliath alors que cette seule idée le fait pleurer ! Vous êtes incapables de voir sa vraie valeur ! Mais vous savez ce qui me fout le plus la gerbe ? C’est que si un jour il devient célèbre, et croyez-moi, il le deviendra, vous viendrez tous lui lécher les couilles en mentant, en prétendant que vous avez toujours cru en lui et que vous l’avez toujours aimé ! Mais, vous savez la vérité ?
Son visage s’assombrit subitement. La haine l’avait quitté, remplacée par la souffrance.
— S’il devait mourir au combat, vous viendrez pleurer dans mes bras, parce que vous réaliserez alors quelle bande de sales putes vous avez été avec lui… Et, à ce moment-là, il sera trop tard…
Le père d’Alexandre se moqua alors.
— Oh, les gars… Je crois qu’on vient de trouver le petit copain de notre cher Alex…
Il fixa Axel et ajouta.
— Petite pédale de merde.
Axel serra les poings et les dents une nouvelle fois avant de grogner.
— Les enfants, on rentre.
L’équipe entière se leva alors que le père d’Alexandre reprenait en se levant.
— Tu as raison, barre-toi avant que je botte ton cul de petite fiote.
Axel s’immobilisa net avant de dévisager Alexandre.
— Est-ce que je peux casser la gueule à toute ta famille ?
Le jeune homme sourit.
— Sincèrement ? J’en rêve… Mais, ne les tue pas, s’il te plaît…
— Super.
Il se tourna vers Victorine et reprit.
— N’essaie pas de m’en empêcher.
Celle-ci acquiesça alors qu’il faisait face à Wolfgang.
— Regarde et apprends ce que vaut la méthode Keysi
L’intéressé sourit.
— Fais-moi une belle démonstration.
Axel sourit. Un sourire sadique, presque prédateur, alors qu’il se retournait pour faire face à la tablée.
— Okay, bande de grosses merdes. Qui veut se battre ? Je vous prends tous en même temps !
Neuf hommes se levèrent, y comprit le père d’Alexandre qui clama.
— C’est ce que tu as dit lors de ta dernière partouze, sale pédale ?
Ils s’approchèrent tous en se mettant en garde alors qu’Axel restait droit et fier. Ils l’encerclèrent, et le vétéran murmura.
— Que la leçon commence.
Le premier coup vint de derrière lui, mais Axel avait déjà bondi en lançant son poing, frappant l’homme en face de lui à la tempe, et son adversaire s’effondra, raide et inconscient, alors qu’Axel pivotait, les avant-bras repliés autour de sa tête. Il para trois coups, se déplaça pour que ses adversaires se gênent entre eux, avant de reprendre les coups sous le regard admiratif de Wolfgang. Sept attaques plus tard, trois autres hommes gisaient à terre. Un genou était déboîté, un coude était démis, une mâchoire était fracturée, et Axel continuait d’avancer en frappant. Il était net, précis, quasi chirurgical. Aucun mouvement superflu, aucune énergie gaspillée, il gardait un contrôle total sur le combat et alors qu’il ne restait plus que le père d’Alexandre et lui, il l’attrapa à la gorge et commença à l’étrangler d’une seule main.
— Alors, sombre merde, on la ramène moins, maintenant ?
L’homme commençait à devenir rouge alors que la famille d’Alexandre restait muette de stupéfaction et que les recrues l’observaient avec admiration. Axel s’approcha de sa victime.
— Oh, je ne vais pas te tuer, ne t’en fais pas…
Il le relâcha avant de l’attraper par les épaules et de lui mettre un violent coup de genou dans l’entrejambe. Le père d’Alexandre ouvrit grand les yeux de douleur alors qu’un gémissement étouffé sortait de sa bouche entrouverte, puis il bascula sur le côté alors qu’Axel refaisait face à son équipe.
— Allez, on se casse.
Ils partirent tous en laissant la famille d’Alexandre totalement stupéfaite, et alors que le véhicule quittait le parking, Alexandre brisa enfin le silence.
— Merci… J’ai toujours rêvé de faire ça…
Wolfgang rigola.
— Je te comprends tellement, putain ! Je n’ai jamais autant détesté quelqu’un en une seule soirée… Et, Axel, superbe démonstration. Je vais faire plus attention lors des entraînements, maintenant.
Axel sourit.
— Il était temps. Tu es le plus indiscipliné de tous.
Il laissa planer un court silence avant d’ajouter.
— Alexandre… Ta famille, c’est nous, maintenant. Oublie ces nazes, ils ne te méritent pas.
Alexandre ne répondit pas, se contentant de pleurer en silence, un large sourire aux lèvres, alors que Victorine posait une main sur la cuisse d’Axel.
— Quand je pense que tu prétendais être un papa poule… En fait, tu es un papa ours.
Axel sourit.
— L’un n’empêche pas l’autre. On ne touche pas à mes enfants.
Victorine haussa un sourcil.
— Tes enfants ?
Axel sourit.
— Ça va… Tu as très bien compris ce que je voulais dire…

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