20
Le vendredi matin suivant, Axel et son équipe venaient à peine d’entrer dans la salle de sport que son téléphone portable sonna. Il regarda l’écran, reconnut le numéro de téléphone de l’hôpital et décrocha, tremblant.
— Allo ?
— Monsieur Durand, c’est…
— Je sais qui c’est… Ça y est ?
— Oui, monsieur. Le corps sera disponible à la morgue pour quatorze heures, si vous le souhaitez.
— Bien. J’y serais… Je vous remercie…
Il raccrocha avant de regarder Victorine en souriant, mais les yeux ruisselants de larmes. Elle s’approcha alors de lui avec inquiétude.
— Axel, tout va bien ?
Il acquiesça lentement.
— Ça y est, mon père n’a plus mal…
La jeune femme mit une main devant sa bouche pour cacher sa stupeur quand elle comprit alors qu’Axel reprenait.
— Je dois m’éloigner… Je… J’ai besoin d’être un peu seul…
Il partit sans se retourner alors que Victorine l’appelait, et s’envola en trombe dès qu’il fut sorti de la salle de sport, pour atterrir au milieu d’un champ non loin de là. Il fit deux pas de plus avant de s’agenouiller lentement, presque respectueusement, et soudain, ses barrières s’effondrèrent. Les pleurs s’amplifièrent alors que les souvenirs l’assaillaient, prenant forme dans des flammes tourbillonnantes autour de lui.
Son père et lui tondant le gazon quand il avait cinq ans. Son père et lui jouant au Base-Ball dans le jardin. Son père et lui faisant des maquettes. Son père et lui en uniformes quand Axel avait fini ses classes. Son père et lui. Son père et lui, son père et lui… Les images tournaient autant que les flammes et que sa tête alors qu’il pleurait cette relation qu’il avait perdue non pas à cause de la maladie, mais à cause de sa propre bêtise. Il avait coupé les ponts avec tout le monde, il s’était isolé, il s’était détruit, au point d’en perdre sa femme et ses enfants, et maintenant qu’il guérissait… Maintenant qu’il guérissait, le temps le rattrapait.
Il sentit les flammes croître et gagner en puissance, mais il n’eut pas peur. Au contraire, il se redressa et les accueillit à bras ouverts. Parce qu’aujourd’hui, il avait compris que s’il souffrait, ce n’était que parce qu’il aimait. Il avait aimé sa sœur, et il aimait son père. Et cette puissance en était la preuve. Il fixa le ciel, les poings serrés sur ses cuisses, et cria. Un cri mêlant sa douleur et son amour. Et ses flammes réagirent.
Les recrues, qui avaient essayé de le rejoindre en courant, virent une boule de feu de deux mètres de diamètre se former et se mirent à redouter le pire, quand soudain, ils entendirent Axel hurler. Et en même temps que ce hurlement montait, un puissant dragon de feu s’éleva de la sphère en ondulant dans le ciel, avant de disparaître quand Axel se tue. Toutes les recrues partirent en courant à l’exception de Wolfgang qui ne parvint qu’à murmurer son admiration, et quand Victorine arriva à hauteur d’Axel, elle le découvrit à genoux, épuisé, mais souriant. Il redressa la tête vers elle en pleurant.
— Tu as vu, ma belle ? Je n’ai pas explosé… Mon père est mort, et je n’ai pas explosé…
Victorine ne dit rien. Elle se contenta de s’agenouiller à ses côtés et de l’enlacer.
Une semaine plus tard, pour l’enterrement, Axel prit une décision importante. Avant que le cercueil soit fermé, il y déposa sa flasque. Dans l’heure qui suivit, son père reposait aux côtés de sa mère.

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