29
L’équipe était dans une impasse. Birdy était revenue à bord du Vautour, mais sa présence n’était qu’une goutte d’eau face à la marée de clones. Taser se fatiguait prématurément pour vaincre ses adversaires, Lycan n’était plus qu’une bête sauvage mordant et griffant tout ce qui s’approchait de trop prêt, Link essayait de coordonner un repli stratégique et Firework utilisait ses bras comme canons à particules pour repousser la horde. En vain. Même les héros indépendants peinaient à se déplacer librement, alors que, dans le QG, Axel lançait des ordres qui ne pouvaient être exécutés. Ils étaient presque vaincus, alors qu’ils n’avaient rencontré qu’un seul adversaire. Axel se tourna vers le général.
— Henri, il faut les exfiltrer.
Le général lui lança un regard froid.
— Ce n’est pas possible. Le vautour ne peut pas se poser dans ces circonstances.
— Mais ils vont se faire tuer !
Axel avait perdu toute sa contenance. Ses yeux étaient rouges, ses mains tremblaient, et son visage exprimait une terreur maximale. Il attrapa Henri par le col et reprit.
— On doit les sortir de là !
Son ami le repoussa avant de remettre correctement sa tenue tandis qu’Axel trébuchait et tombait. Il se redressa sur le coude alors qu’Henri s’exprimait avec calme.
— Si tu n’es pas capable de te contrôler, tu devrais sortir d’ici.
Axel le fusilla du regard avant de se relever et de sortir d’un pas déterminé. Il se rendit à son bureau, ferma la porte et s’appuya contre elle avant de hurler.
— Fait chier !
Il poussa un rugissement avant de balayer tout ce qui se trouvait sur son bureau, puis de lancer une chaise contre un mur. Il s’arrêta alors, le torse se gonflant et se dégonflant au rythme de sa respiration, quand un détail attira son attention. Sur le sol, côte à côte, gisaient la photo de ses enfants et celle de l’équipe prise le jour des essais de costumes. Les cadres étaient brisés, le verre éparpillé, mais les photos étaient intactes. Axel les ramassa délicatement pour les reposer sur son bureau avant de gémir.
— Putain…
Une larme coula le long de sa joue quand il se redressa, le regard fou. Il se tourna vers sa penderie, observa son costume, et en une fraction de seconde, sa décision était prise. Il ne laisserait plus personne mourir. Mieux valait lui qu’eux, parce que de toute façon, il ne leur survivrait pas. Il s’avança parmi les décombres, prit la housse, la posa sur le bureau et l’ouvrit. Il retira ensuite calmement son treillis qu’il jeta négligemment sur son fauteuil, avant d’enfiler son pantalon en cuir rouge sur les mollets duquel remontaient des flammes jaunes. Il boucla la ceinture les mains tremblantes, mais prit quand même la veste. Rouge elle aussi, des flammes jaunes le long des avant-bras, il l’enfila et la ferma avant de se diriger vers les boîtes. La première contenait des bottes aux motifs se superposant sur le pantalon, et des gants faisant la même chose pour la veste. Il enfila les bottes, mais garda les mains nues et prit la seconde boîte. À l’intérieur se trouvait une cape rouge bordée de flammes jaunes. Il la passa dans son dos et l’attacha à ses épaules avant de pousser un profond soupir de soulagement. Il l’avait fait sans que cela ne lui déclenche de crise d’angoisse. Il y était arrivé. Il prit ses gants et quitta ensuite le bureau pour retourner au QG où il hélât le général.
— Henri !
Celui-ci se retourna en ouvrant de grands yeux étonnés.
— Tu n’avais pas dit que tu ne te déguiserais plus.
— Si. Mais les choses ont changé.
— Donc, tu veux reprendre du service actif.
Axel acquiesça en serrant les poings.
— C’est mon équipe, c’est mon rôle, c’est ma place… C’est mon devoir. Alors j’y irais avec ou sans ton consentement.
Il baissa la tête quelques secondes avant de se reprendre et de bomber le torse.
— Mais, avec ton consentement, ça me permettrait d’avoir des transmissions. Et puis… J’ai besoin de ton approbation, je crois…
Henri sourit alors que tout le monde les observait en silence. Il se saisit d’une boîte qu’il lui lança, et Axel la rattrapa avant de l’ouvrir pour en sortir une oreillette. Alors qu’il l’enfilait, Henri demanda.
— Je préviens les autres ?
Axel sourit en activant ses transmissions.
— À tous, ici Dragon Rouge. Rassemblez-vous au pied de l’obélisque, j’arrive.
Les réactions des autres héros furent variées. Joie, surprise, enthousiasme, ils y allèrent tous de leur commentaire alors qu’Henri lui lançait trois autres oreillettes.
— Pour les indépendants. Ça vous facilitera la tâche. Autre chose ?
Axel acquiesça tout en enfilant ses gants.
— Dis aux médias que l’espoir vient du ciel. S’ils ne sont pas trop mauvais, ils devraient se rappeler ce que ça signifie.
— Ce sera fait. Merci, c’est bien plus que ce que j’espérais.
Axel fronça les sourcils.
— Tu vas me dire ce que tu espérais, à la base ?
Henri émit un petit rire.
— Reviens victorieux, et je t’expliquerais tout.
Axel acquiesça et fit demi-tour alors qu’Henri se saisissait d’un téléphone, et sortit du QG puis du bâtiment. Une fois à l’extérieur, il rabattit son masque sur son visage, ne laissant visible que sa bouche, son menton et ses joues en fixant le ciel. La voix de son père lui revenait. Ne doute plus jamais de toi. Sa mâchoire se crispa alors que la voix d’Henri s’élevait dans les transmissions.
— Le Vautour sera prêt à décoller dans cinq minutes.
Axel sourit.
— Comme si j’avais besoin de ce vieux coucou… Décollage dans dix. Neuf. Huit.
Il soupira et reprit.
— Et puis merde ! Décollage !
Il s’envola dans une traînée de flammes alors que le feu autour de lui prenait la forme d’un dragon serpentin ondulant dans les airs, tandis que, dans le QG, un soldat criait.
— Mon général, il vole à Mach trois ! Il va s’épuiser !
Henri sourit, un sourire confiant et ravi.
— Oh, croyez bien qu’il s’économise.
Dans son salon, Lucie vit un immense dragon de feu voler sur sa télévision et cria.
— Les enfants, venez vite ! Il se passe quelque chose d’incroyable !
Louise et Marc arrivèrent en courant avant de s’immobiliser devant les images.
— C’est qui ?
Leur mère leur répondit, extatique. C’était l’homme qu’elle avait aimé. Leur père. Il était enfin de retour.
— Le plus grand héros du pays.
Dans les cieux, Axel activa son oreillette.
— Vous êtes rassemblés ?
La voix de Link lui parvint.
— Affirmatif, mais l’armée de clone fond sur nous.
Le vétéran sourit.
— Parfait. Admirez ce qu’est un atterrissage qui a la classe.
Le dragon fit demi-tour et amorça sa descente, redressant à la dernière seconde pour remonter les champs Élysée en brûlant tous les clones sur son passage, alors qu’Axel dérapait sur le bitume, les bras croisés et la cape aux vents, à dix mètres des autres. Il se retourna alors en souriant, et Wolfgang ironisa.
— Pas mal, pour un vieil ivrogne qui ne voulait plus se déguiser…
Axel sourit.
— Va te faire foutre dans un chenil ! Maintenant, ça va le faire. J’ai un nouveau plan ! Écoutez bien.

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