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Axel avait donné ses ordres, et tout le monde commença à se disperser quand il tituba légèrement avant de tomber à genoux. Victorine, la seule à l’avoir, s’approcha de lui, inquiète.
— Ça va aller ?
Axel secoua la tête avant de lui offrir un sourire aussi rassurant que possible.
— Ouais, ouais… Simplement, je n’ai plus vingt-cinq ans… Mais ça va le faire…
Victorine passa un bras sous ses épaules pour l’aider à se relever.
— Il faut que tu te reposes…
— Comme si on en avait le temps…
Une voix s’éleva à une vingtaine de mètres dans leur dos, comme pour leur donner raison.
— Alors, c’est vrai ? Le mythique Dragon Rouge est de retour ?
Le couple se retourna pour découvrir Brasier, et Axel soupira.
— Et merde… Il ne manquait que lui…
— Je peux m’occuper de lui, si tu veux.
Axel fit non de la tête alors que le métaterroriste l’observait.
— Non… Lui, il est pour moi…
Victorine le dévisagea, inquiète.
— Tu n’as rien à prouver, tu sais ?
Axel lui répondit sans quitter Brasier du regard.
— C’est tout l’inverse, ma belle… J’ai tout à prouver, à lui comme à moi…
Il se tourna vers elle et lui offrit un sourire confiant.
— Allez, ma belle. Le reste de l’équipe a besoin de sa cheffe. Fais-moi confiance.
Victorine hésita, avant de sourire et d’acquiescer à son tour.
— Montre-lui qui est le Dragon Rouge !
Elle lui vola un baiser avant de s’en aller en courant alors que Brasier criait.
— Oh, c’est trop mignon ! Vous êtes en couple… Tu sais quoi, je suis un mec sympa ! Pour ne pas vous séparer, quand je t’aurais tué, j’en ferais autant avec elle.
Axel se redressa avant de s’avancer fièrement.
— Tu mets la charrue avant les bœufs, mec. Tu n’as aucune idée de ma puissance. Je te surclasse.
— C’est ce qu’on va voir !
Brasier tendit les deux mains devant lui, et une immense langue de feu se déploya, qu’Axel arrêta de la main gauche, le corps crispé pour contenir la puissance de l’attaque.
— C’est tout ce que tu as ? C’est trop facile, j’arrête ton feu de mon bras faible !
Les flammes s’arrêtèrent subitement pour dévoiler Brasier à seulement deux mètres d’Axel, en pleine course et le bras armé. Le vétéran eut à peine le temps de se mettre en garde et protéger sa tête que le poing de son adversaire le frappait dans les côtes flottantes en lui arrachant un gémissement. Il était certain de les avoir entendu craquer, et ce n’était pas bon signe. Brasier se mit à le harceler de coups, et un détail revint à l’esprit d’Axel alors qu’il tâchait d’en parer un maximum. Brasier avant fait du MMA. C’était un technicien accompli, bien avant de rentrer à l’armée et de suivre son entraînement. Le combat s’annonçait compliqué.
Axel subit un enchaînement le frappant tour à tour à la mâchoire des deux côtés, aux côtes flottantes gauches puis au menton, l’obligeant à reculer alors que sa tête se mettait à tourner. Il devait reprendre l’ascendant, et vite. Alors qu’il se redressait, son adversaire passait dans son dos et le ceinturait aux hanches avant de le soulever.
— Oh le con !
Axel subit un German Suplex. Quand il rouvrit les yeux, il était à genoux, la partie gauche de son masque arrachée, tandis que Brasier le tenait par la partie droite de la main gauche et enchaînait les coups de poing au visage de la droite.
Je suis vaincu, pensa-t-il alors que le poing s’abattait sur lui. Je ne suis plus le héros que j’étais, je ne suis plus capable de me battre… Je suis fini.
Les derniers mots de son père lui revinrent. Ne perds plus confiance en toi.
Le poing s’abattit à nouveau, et Axel était persuadé d’avoir entendu sa boîte crânienne craquer. Il devait vite se ressaisir. Brasier arma le bras, et la solution lui apparut. Un enchaînement que lui avait appris sa sœur. Interception, torsion, castration, vision, respiration, orientation. Il lança la main gauche et intercepta le coup de poing avant de tordre le bras de son adversaire, puis lui assena un direct du droit dans les parties génitales. Interception et castration. Alors que Brasier se reculait en se pliant en deux de douleur, Axel se releva, lui attrapa la tête et lui écrasa son genou sur le nez. Vision. Brasier se redressa en se tenant le nez, et Axel le frappa à la gorge. Respiration. Brasier porta les mains à sa blessure, et Axel en profita pour abattre les siennes, bien ouvertes, sur les oreilles de son adversaire. Le coup fut tellement violent que ses tympans explosèrent alors que son sens de l’équilibre se brouillait. Orientation. Axel tituba avant de se ressaisir. Il reprenait le combat en main, ce n’était pas le moment de flancher. Il fallait l’achever.
Brasier profita de ces quelques secondes de défaillance pour retourner à l’assaut en hurlant. Même diminué, il n’allait pas lâcher l’affaire. Axel bloqua les coups, subitement moins précis, plus faibles et plus lents, jusqu’à ce qu’une ouverture se présente. Il passa sous un crochet du droit et lança un uppercut qui atteignit sa cible. Alors que Brasier reculait, Axel lui attrapa le poignet de la main droite et frappa de la gauche sur le coude de son adversaire qui céda dans un craquement osseux peu engageant. Brasier n’avait même pas commencé à crier de douleur qu’Axel était déjà passé à la suite de son enchaînement. Son pied droit s’abattit sur le genou gauche de son adversaire qui se retourna en cassant. Brasier ne put crier, la douleur lui avait coupé le souffle, et il tomba en silence, mais Axel ne s’arrêta pas pour autant. Il se mit à cheval sur lui et lui assena une dizaine de coups de poing sur le visage en hurlant, avant de poser les paumes de ses mains sur le visage tuméfié du métaterroriste et de déchaîner toute sa puissance.
Les flammes avalèrent le corps de Brasier avec force, faisant décoller Axel à presque un mètre de hauteur pendant presque une minute avant de se couper. Axel se réceptionna difficilement, titubant de plus en plus alors que le corps calciné de Brasier s’enfonçait dans le bitume liquéfié.
— Tiens, je t’avais bien dit que je te surclassais.
Il essaya de faire un pas, mais s’écroula sur le flanc. La tête lui tournait et résonnait, il avait vraisemblablement une commotion cérébrale, mais il avait aussi un combat à mener. Il sentit son esprit s’éteindre petit à petit malgré les ordres qu’il se donnait de rester éveillé, de se relever, en vain. Axel sombra dans l’inconscience sous les regards choqués des civils qui sortaient de leurs abris.

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