Max-3 (version 0.6)

7 minutes de lecture

« Max ! Mais fais quelque chose !

— Quoi ? Hein, d’accord. »

La voix apeurée de ma copine me fait revenir à la réalité, car ce cours de maths désespérant m’avait plongé dans mes songes. Autour de moi : du vacarme, du grabuge. Fred se bat avec… mmm, un nouveau, je pense. En tout cas, je ne l’ai jamais vu dans une salle de sport. À première vue, il doit faire à tout casser 70 kilos. Peut-être un type d’une des classes d’à côté ; de temps en temps, ils passent ici dire bonjour. Par contre, Fred m’étonne, il devrait pouvoir le maitriser facilement, même avec le peu d’entrainements qu’il a suivis.

N’écoutant que Mathilde, je me lève et d’un geste, je sépare le nouveau à pics blonds de Fred dans un mouvement quasi parfait. Normal pour le gars le plus musclé de la classe (who’s the boss !!!)

Malheureusement, autour de moi, peu me regardent. Même Mathilde qui, alors que c’est à sa demande, n’a d’yeux que pour un message reçu sur son portable. Et après analyse de la situation, c’est Lalye qui est objet d’attention. Elle est au tableau, avec derrière elle un poster « Vendredi soir, soirée chez moi ». Ne sentant plus aucune résistance, je lâche Fred et l’autre type pour apprécier cet événement inopiné. Une soirée vendredi, pourquoi pas ? Surtout si l’on peut inviter n’importe qui. Les garçons de l’équipe ont besoin de se détendre en ce moment et en tant que capitaine, je dois penser à cela aussi. Mon père me dit toujours : « N’oublie pas le moral, c’est à lui que tu dois les dernières tractions. »

À la récré du midi, je traine avec Mathilde en attendant le cours de sport. Comme chaque jour, elle mange un sandwich jambon beurre, et moi un ensemble de huit barres protéinées spécialement choisies. Je ne comprendrai jamais ces repas remplis de graisses et de sucres qu’elle avale. Alors OK, pour une fille, c’est pas bien important, mais beaucoup de gars font pareil ; or un sandwich, cela détruit deux heures de sport !

Par contre, elle a retrouvé sa langue. Hier, elle ne disait mot, nous étions au même endroit, même moment. Son seul réflexe était de regarder le bâtiment administratif. J’ai même cru qu’elle était malade. Alors qu’aujourd’hui et comme souvent, elle me reproche des inepties.

« Max, tu veux aller à la soirée ?

— Probablement. Je vais le proposer aux gars de mon équipe.

— Quoi ? Nooonnn !

— Comment cela, non ? 

— Quand ils sont là, tu ne penses qu’à eux. On pourrait juste y aller à deux. 

— Mais c’est pas vrai ! »

Mathilde me reproche souvent cette attitude, comme quoi je passerais plus de temps à m’occuper de l’équipe que d’elle en soirée ; mais j’ai plein de contre-exemples. Tiens, il y a deux-trois semaines, au cinéma. Eh bien, on était assis l’un à côté de l’autre. Je me le rappelle très bien car j’avais Brian à ma droite et elle avait Seb à sa gauche. Et heureusement qu’il était là car Mathilde râlait.

« Attends, tu te fous de moi. Regarde le cinéma… on devait être deux.

— Nous étions assis l’un à côté de l’autre.

— Entre tes amis… Gnnnn !!! 

— Mais ils ont le droit de se détendre un peu aussi, non ?

— Max, c’est pas tes gamins et je suis ta copine. Qu’est-ce que tu ne comprends pas là-dedans ? »

« Salut vous deux ! »

Devant nous surgit Lalye, tout enjouée. Cette fille me fera toujours un peu peur. Je veux dire, elle est sympa mais, à apparaitre comme un Pokémon n’importe où…

« Que veux-tu, Lalye ? », demanda Mathilde.

« Oh ! rien. Je voulais être sûre que vous viendrez ce vendredi soir. Comme vous êtes le couple de l’école, ma soirée ne sera pas une soirée si vous n’êtes pas présents.

— On viendra…, de là à dire qu’on viendra ensemble… »

Silence.

Je regarde Lalye, un peu embarrassé, mais à part cligner des yeux rapidement, son visage ne montre aucune émotion. Puis d’un coup, elle saute sur elle-même et dit :

« Super. Tenez, voilà un flyer pour chacun. Il y a mon adresse dessus.

— Merci, mais je sais où t’habites, répond Mathilde. D’ailleurs, comment t’as fait pour ton père ? Pour qu’il accepte un truc pareil ?

— Oh ! t’inquiète pour lui… Salut !

— Mmm… OK. »

Et Lalye nous quitte rapidement. Moi, je suis toujours fixé sur le flyer qui me fait penser… à un poster de concours de soulever de poids organisé l’année passée. Je ne sortais pas encore avec Mathilde et à l’époque, je ne pensais qu’à cela… Je l’ai gagné haut la main.

Mais bref, je range le flyer dans ma poche, je termine ma dernière barre protéinique et attrape mon sac. Il est 14 heures et maintenant, j’ai sport. J’embrasse Mathilde et lui dis :

« Donc OK pour vendredi chez Lalye, alors.

— Moi, j’y serai. Si tes copains te laissent cinq minutes de libres, retrouves-y-moi.

— T’exagères toujours. Tu t’entends bien avec Seb.

— Et même plus que cela, mais là n’est pas la question.

— Et il y aura Brian. Il est cool, tu verras.

— Mouis, mais c’était toi que je voulais. Pourquoi tu te sens obligé de les inviter ? Ne le fais pas… pour moi.

— Quoi, mais…

— Essaie, pour voir.

— Non mais…

— Pour moi !!!

— Pffff. OK, je vais y penser. »

Et Mathilde me sourit. J’attrape mon sac et descends la rue principale de l’école pour rejoindre le chapiteau de sport, mais j’avoue que cette dernière conversation me met fort mal à l’aise car les reproches, ce n’est jamais bon, même venant d’une fille. Et il est vrai aussi que de temps en temps, j’ai un comportement d’enfant. Comment puis-je me faire pardonner ? Qu’est-ce qui pourrait lui faire plaisir ? Si je l’invitais à une séance de sport ? Ça pourrait être bien, cela… Non, je lui ai déjà proposé, et elle a été nulle. Incapable de soulever la moindre barre vide. Un moment, elle s’est fait mal au poignet et Seb a dû l’aider à rentrer chez elle. Heureusement qu’elle n’a pas dû mettre de plâtre ou d’attelle.

Qu’est-ce qui ferait plaisir à une fille comme Mathilde ?

Arrivé au bistrot du campus, je vois que tous sont déjà là : Seb, Brian et les autres. Je pose mon sac à côté de la table et fais la bise à tout le monde sans oublier de féliciter Ben, il a battu son score personnel de push-up la semaine dernière.

Il en profite pour me retirer un papier de la poche sans que je m’en rende compte.

« Grande soirée chez Lalye », qu’il dit à voix haute.

« Oui, Lalye organise une soirée ce vendredi. Elle invite qui veut venir.

— Cool, c’est-à-dire nous aussi ?

— Oui, et d’ailleurs pourquoi n’irions-nous pas tous ?, lancé-je. En plus, Mathilde m’a demandé qu’on fasse des trucs ensemble, cela lui fera super plaisir. Qui est partant pour vendredi soir ? »

« MOIIIIIII », répondit l’équipe en chœur.

Et voilà, Mathilde sera ravie. Je vais même planifier la surprise et ne rien lui dire avant vendredi. Comme cela, quand elle verra tous ses amis présents, elle ne pourra plus dire qu’on ne fait rien ensemble.

Intérieurement, je me sens en extase car je vais faire plaisir à ma copine et à l’équipe que je dirige en même temps. C’est pour cela qu’il y a des gens comme moi sur terre, parce que je pense aux autres d’abord.

À 17 heures, le cours de sport s’est bien déroulé et je suis plutôt content de moi.

Brian, le benjamin de l’équipe, s’est surpassé. Je l’aime bien ce gamin. S’il pensait un peu moins aux filles et un peu plus à l’entrainement, il pourrait devenir quelqu’un. Mais bon, il faut bien que jeunesse se passe…

J’habite une petite maison mitoyenne dans un des quartiers au-dessus de l’école. Mes parents, des grands fans de culturisme, sont magasiniers dans le parc industriel de la ville. Mais aujourd’hui, ils étaient en congé. Je les retrouve en « marcel » face à la télé, suivant assidument Mister Olympia 1970 : Arnold Schwarzenegger.

Avant ses années « ciné », Terminator était un culturiste, et accessoirement la star de mes parents. Dans le living, ces derniers collectionnent photos et goodies de sa période pré-cinéma. D’ailleurs ils ne vont plus que rarement à la salle, ils préfèrent s’entrainer devant d’anciennes cassettes vidéos telles : Developing a Mr. Universe Physique by Arnold Schwarzenegger. Je respecte leur choix, mais ce n’est pas de ma génération. Leur rêve, pour eux, est que j’ouvre ma propre salle de sport.

« Bonjour Papa ! Bonjour Maman !

— Ah, fiston. Comment ça a été à l’école ? me demande mon vieux en enchainant les push-up.

— Comme d’hab.

— Tu as eu sport aujourd’hui ?

— Oui, j’en viens, mais pas suffisant, je vais à la salle de ce pas pour terminer.

— Très bien. Le plus important, c’est l’entrainement. Et oublie ce travail de maths à la con. Il n’y a pas besoin de cela dans la vie pour réussir. Regarde-nous.

— Je sais.

— Je ne veux pas que cette mauvaise note donnée par cet idiot de prof te gâche la prochaine compétition.

— Il n’y arrivera pas.

— Très bien, allez, va t’entrainer. »

Ils sont cools mes parents, de vrais modèles.

Ma chambre est assez petite. Elle se situe juste en dessous des escaliers qui mènent aux toits. Aux quatre murs, des photos de moi lors de mes compétitions ainsi que deux vitrines pleines à craquer de trophées, de coupes et de médailles. Il va bientôt en falloir une troisième. Je me dirige vers mon armoire, dépose mon sac à dos et attrape mon sac de sport avant de repartir de plus belle vers mon endroit préféré.

La salle n’est pas très loin, mais je dois repasser près de l’école. Arrivé devant l’établissement scolaire, le vide se fait ressentir. À cette heure-ci, à peine quelques têtes et pas des plus connues. Je reconnais quand même au loin, debout près d’un carrefour, la tignasse verte de l’une des crevettes de la classe. Ed… quelque chose si je me souviens bien. Il est en forte discussion avec… mmm, ce visage et cette coupe blonde me rappelle quelqu’un. Il n’était pas en classe là tantôt ? Mais si, c’est celui que Mathilde m’a demandé de séparer. Comment s’appelle-t-il encore ? Et puis, pourquoi s’en prend-il aux gens de la classe ?

Insupportable, ce genre de personne qui ne respecte pas les autres.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 8 versions.

Vous aimez lire elekis ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0