1-Entre marbre et secrets

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Le gala avait lieu dans un hôtel particulier entièrement privatisé.

L’extérieur était baigné de lumière et les voitures de luxe s’alignaient devant les marches dans une organisation presque parfaite. Les invités arrivaient sans se presser, vêtus avec une élégance calculée, échangeant déjà des regards et des sourires mesurés avant même de franchir les portes.

À l’intérieur, le marbre dominait et reflétait les lustres suspendus au plafond. Les murs étaient décorés d’œuvres soigneusement choisies, davantage pour leur valeur que pour leur signification. Une musique élégante flottait dans l’air, mais peu semblaient réellement l’écouter, trop occupés à observer et à être observés. Les conversations étaient discrètes, contrôlées, rarement sincères.

Lorsque Dylan entra, la pièce changea.

Ce ne fut pas spectaculaire, aucune annonce ne fut faite et aucun silence brutal ne s’imposa, mais les conversations ralentirent imperceptiblement. Certains regards se détournèrent aussitôt, tandis que d’autres se posèrent sur lui avec une attention presque inquiète.

Il avançait calmement, costume noir parfaitement ajusté, démarche assurée et regard maîtrisé, comme s’il n’avait rien à prouver à personne.

— Monsieur Lacoste, quel honneur...
— Toujours un plaisir de vous croiser...

Il répondait avec une politesse irréprochable, brève mais suffisante, laissant toujours une distance claire entre lui et les autres.

Une femme s’approcha davantage que les autres, robe fendue et sourire travaillé avec précision.

— On dit que vous êtes l'homme le plus difficile à approcher de toute la ville.

Il posa les yeux sur elle sans se presser.

— On dit beaucoup de choses sur moi.

Ils échangèrent quelques minutes, des banalités sans réel intérêt, mais nécessaires dans ce genre de milieu. Il ne discutait pas avec elle pour son charme, mais pour ce qu’elle représentait, la fille d’un collaborateur influent, et ignorer ce genre de personne pouvait rapidement devenir problématique.

C’était ainsi que fonctionnait ce monde-là.

Une autre femme arriva et glissa son bras au sien sans attendre d’autorisation, et il ne la repoussa pas immédiatement. La première comprit le message et se retira avec un sourire poli.

— Stella... tu fais quoi ici ?
— Je déteste voir d'autres femmes t'approcher.

Dylan soupira légèrement, visiblement lassé, avant de se détacher et de s’éloigner sans chercher à prolonger l’échange.

Il se dirigea vers un coin plus discret de la salle, là où les apparences perdaient un peu de leur importance. Les visages y étaient différents, moins lisses, moins décorés, avec moins de bijoux mais davantage de cicatrices. Les regards étaient plus francs, plus dangereux aussi.

Des hommes qui ne figuraient sur aucune liste officielle.

Les discussions y étaient tout aussi précises que silencieuses. On parlait des dernières missions, du déroulement des prochaines, de l’achat de matériel et d’armes, ainsi que des nouveaux membres récemment recrutés. C’était un autre type de pouvoir qui circulait ici, plus direct, moins dissimulé.

Tout le monde savait qu’il ne fallait pas interrompre ce genre d’échange.

Et pourtant…

— Monsieur, le vice-président vous attend.

Dylan tourna lentement la tête vers le jeune homme qui tremblait légèrement en lui tendant une carte indiquant le numéro d’une salle VIP.

Il hocha simplement la tête avant de quitter la zone et de suivre le couloir à l’écart des regards.

La pièce sécurisée contrastait totalement avec le reste du gala. Il n’y avait plus de musique, plus de luxe apparent, seulement une table, deux verres et un silence pesant.

Le vice-président était déjà là, debout, raide, comme incapable de se détendre.

Dylan, lui, prit place sans attendre.

— Vous vouliez me voir.

L’homme hésita une fraction de seconde avant de répondre.

— Oui... merci d'avoir accepté.

Dylan leva légèrement les yeux vers lui.

— Vous saviez que je viendrais. Vous ne m'auriez pas convoqué autrement.

Le vice-président esquissa un sourire nerveux.

— Toujours aussi direct.
— Toujours aussi occupé.

Un silence s’installa, plus lourd cette fois.

— Un individu nommé Isac est arrivé ce matin de Rome.

Dylan ne montra aucune réaction visible, comme si l’information n’avait rien de surprenant.

— Il tente de conclure un accord avec un groupe local. Si cela se fait, nous aurons... un problème que nous ne pourrons pas gérer officiellement.

— Et vous voulez que je le gère de nouveau...

— Votre agence est la seule capable d'intervenir sans laisser de trace.

Dylan pencha légèrement la tête, comprenant immédiatement l’implication derrière ces mots.

— Ce n'est pas une œuvre de charité.

Le vice-président serra la mâchoire.

— Nous sommes prêts à... négocier.

Dylan le fixa longuement, un regard calme au point d’en devenir oppressant.

— Vous avez peur.

L’homme resta figé.

— ...Je suis prudent.

— Non, vous avez peur parce que vous savez que, s’il agit librement, vous perdez le contrôle. Et si vous perdez le contrôle... vous perdez votre poste.

Le silence devint lourd, presque suffocant.

— Pourquoi accepteriez-vous ?

Dylan se leva lentement, sans encore donner de réponse claire.

— Parce que si Isac bouge ici, ce n'est pas pour un simple marché. Et ce qui m'intéresse... c'est ce qu'il cache derrière.

Il se dirigea vers la porte.

— Mon équipe s'en occupera.

Le vice-président souffla, visiblement soulagé.

— Merci.

Dylan s’arrêta sans se retourner.

— Ne me remerciez pas. Je ne fais jamais rien gratuitement.

Lorsqu’il revint dans la salle du gala, tout lui sembla plus bruyant, plus artificiel, presque irréel après ce moment hors du temps.

— Rentrons.

— Le chauffeur est là dans 30 minutes.

Dylan desserra sa cravate avant de remonter ses manches, un geste simple mais qui attira immédiatement quelques regards autour de lui.

— Laisse tomber, je vais prendre le bus...

— Le bus ? s'exclama Matheo.

— Oui, le bus.

Matheo n’eut pas le temps d’ajouter quoi que ce soit que Dylan avait déjà disparu.

Sarah ouvrit les yeux, déjà habituée à cette sonnerie discrète qui semblait toujours arriver trop tôt. La lumière dessinait des lignes douces sur les murs de sa chambre, donnant à la pièce une atmosphère encore endormie.

Elle resta immobile quelques secondes, observant le plafond, comme si elle cherchait à retarder le moment de se lever.

Puis elle se redressa et posa les pieds sur le parquet froid avant de traverser le couloir jusqu’à la salle de bain.

L’eau chaude de la douche effaça peu à peu les dernières traces de sommeil. Elle ferma les yeux, laissant l’eau couler sur ses épaules, glisser le long de son corps jusqu’à ses pieds.

Sarah était grande, avec des formes présentes mais harmonieuses, et elle n’était plus vraiment complexée par son corps. Elle avait appris à l’accepter avec le temps, surtout qu’elle avait déjà bien assez à gérer avec ce qui dormait en elle.

Elle observa son reflet dans le miroir, ses grands yeux marron fixant son propre regard, ses longs cheveux châtains ondulés tombant le long de ses épaules jusqu’à sa taille, sa peau claire contrastant légèrement avec la lumière de la pièce.

Elle attrapa une serviette et l’enroula autour de sa taille avant de sortir.

Lorsqu’elle ouvrit la porte, une petite boule de poils grise l’attendait déjà.

— Oui, je sais, murmura-t-elle avec un sourire. Tu as faim mon grand.

Trésors leva vers elle ses yeux dorés avec une dignité presque amusante pour un animal qui réclamait simplement à manger.

Elle remplit sa gamelle avec soin avant de lui caresser la tête, et il se frotta contre sa main avec insistance.

Trésors n’était pas qu’un chat, c’était une présence constante, un repère dans ce silence qui remplissait souvent la maison.

Elle prépara ensuite son petit déjeuner, un chocolat chaud, des tartines et un fruit, profitant de ce moment calme qui lui donnait l’impression d’avoir une vie normale.

À 7 h 45, elle quitta la maison, sac sur l’épaule, direction le centre de formation.

La journée passa comme toutes les autres, avec des cours de psychopathologie le matin, des discussions, des analyses et des notes prises rapidement. Sarah participait avec précision, répondait avec justesse, ce qui impressionnait ses professeurs.

Ses camarades, eux, la trouvaient plutôt distante, mais cela lui convenait parfaitement.

L’après-midi continua avec des simulations d’entretien clinique. Elle observait toujours beaucoup plus qu’elle ne parlait, avec cette manière de fixer les gens qui donnait parfois l’impression qu’elle voyait au-delà de ce qu’elle devait percevoir.

Lorsque les cours se terminèrent, la fatigue tomba d’un coup.

Elle prit le bus pour rentrer chez sa tante, ou plutôt dans la maison de sa tante, puisque celle-ci était encore en déplacement. Comme souvent, Sarah y vivait seule, entourée de silence.

Le bus était presque plein, les conversations, les téléphones et les soupirs formaient un bruit de fond étrangement rassurant.

Elle s’installa près de la fenêtre et regarda la ville défiler avant de descendre quelques arrêts plus tard.

Dylan monta dans le bus peu après.

À l’instant précis où il posa le pied dans le véhicule, quelque chose le traversa, une sensation brutale et invisible, comme une onde qui le frappa sans prévenir.

Il s’arrêta net, son regard parcourant l’intérieur du bus avec attention. Il ne savait pas ce qu’il cherchait, mais il sentait quelque chose, une force comprimée à l’extrême, dissimulée avec une précision presque irréelle.

Son cœur accéléra légèrement, une réaction rare chez lui.

Il avança lentement dans l’allée, observant les passagers un à un, mais il n’y avait rien, seulement des visages fatigués, anonymes, trop normaux pour correspondre à ce qu’il ressentait.

Le bus redémarra.

Dylan tourna brusquement la tête vers la vitre arrière, et aperçut une silhouette qui s’éloignait déjà sur le trottoir. Il ne vit pas son visage, seulement ses cheveux ondulés tombant le long de son dos, accompagnés de cette aura sombre qu’il avait perçue.

Il resta immobile quelques secondes, le regard fixé sur l’endroit où elle avait disparu.

Il cligna des yeux, comme pour s’assurer que ce qu’il avait ressenti était réel, mais la sensation ne disparaissait pas. Elle restait accrochée à lui, persistante.

Cette énergie… il ne l’avait jamais rencontrée auparavant.

Elle n’était ni hostile, ni familière.

C’était autre chose.

Quelque chose qui le dérangeait autant que cela l’intriguait.

Matheo, qui venait de le rejoindre, posa une main sur son épaule.

— Tu cherches quelqu'un ?

Dylan ne répondit pas immédiatement, son regard restant fixé vers le sol comme s’il espérait y retrouver une trace invisible.

— Non, finit-il par dire.

Matheo haussa un sourcil.

— Tu as cette tête-là uniquement quand quelque chose t'échappe.

Dylan ne répondit pas, frustré par cette sensation qu’il ne parvenait pas à expliquer.

Et pour la première fois depuis longtemps… quelque chose lui échappait réellement.

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