4-Entre indices et révélations

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Une semaine entière s'était écoulée sans que les recherches ne mènent à quoi que ce soit de concret, ni sur Isac, ni sur Sarah, aucun registre officiel, aucun dossier suffisamment rempli, aucune trace exploitable, seulement des vides répétés qui confirmaient que quelqu'un de puissant nettoyait systématiquement tout ce qui pouvait remonter jusqu'à eux, ce qui n'avait rien de nouveau pour Dylan mais qu'il détestait profondément, car ce genre de situation le forçait habituellement à sortir de ses méthodes habituelles pour employer des moyens plus directs.
Ce soir-là pourtant, il n'eut pas besoin de provoquer quoi que ce soit, car alors qu'il se trouvait au restaurant pour un dîner d'affaires avec des investisseurs venus s'intéresser au nouveau prototype d'arc télécommandé que Lincole développait pour une branche paramilitaire opérant officiellement dans des actions de protection locale, son téléphone vibra une nouvelle fois sur la table, attirant brièvement son attention avant qu'il ne décide de l'ignorer pour l'instant, préférant rester concentré sur la discussion en cours.
La première partie de la soirée se déroula autour de négociations techniques et de chiffres, Dylan expliquant les capacités du prototype, sa précision à distance, ses systèmes de verrouillage biométriques et les garanties de sécurité intégrées, pendant que les investisseurs posaient des questions sur les délais de production et les marges possibles, jusqu'à ce que la réunion se termine dans une atmosphère satisfaisante pour toutes les parties, ouvrant la voie à un futur partenariat.
Un peu plus tard dans la soirée, un homme entra dans le restaurant, attirant immédiatement l'attention de Dylan, car il le reconnut sans peine malgré les années, Lucian, un vieil ami de son père, l'un des rares hommes pour lesquels il avait toujours conservé un respect sincère, et qu'il n'avait pas revu depuis longtemps.
— Lucian, ça fait longtemps, dit Dylan en se levant pour lui serrer la main.
— Tu as grandi, mais tu n'as pas changé, répondit Lucian avec un léger sourire. Tu as conscience que si l'on fait affaire ensemble, cela risque d'en fâcher d'autres ?
— Je le sais, répondit Dylan calmement, mais c'est un risque que j'assumerai pleinement.
Lucian s'installa en face de lui, observa brièvement la salle avant de reprendre d'un ton plus personnel.
— Tu sais, à peine quelques années que tu étais un petit garçon déjà très doué, ton père avait de grands espoirs en toi.
— Je le sais bien, et je compte bien l'honorer, ainsi que la mémoire de ma mère, répondit Dylan sans détour.
— Je n'en doute pas, dit Lucian en hochant la tête, et même si c'était pour une grenade, j'aurais investi chez toi plutôt que chez un autre.
Dylan esquissa un léger sourire, car l'estime de Lucian comptait plus que celle de beaucoup d'autres partenaires qu'il côtoyait au quotidien.
La serveuse s'approcha pour servir les verres de vin, jetant un regard appuyé vers Dylan avant de manquer d'en renverser quelques gouttes.
— Faites attention, ou vous risquez d'en mettre partout, mademoiselle, dit Lucian avec un sourire aussi sincère que son caractère doux et humble.
La jeune femme s'excusa rapidement, visiblement gênée, avant de s'éloigner pour rejoindre sa collègue, qui observait elle aussi Dylan avec un intérêt à peine dissimulé.
— Tu n'es toujours pas marié, remarqua Lucian en reprenant la conversation. Tu devrais peut-être envisager d'y penser.
— Lucian... tu sais très bien que ce n'est pas possible.
— Même avec ton travail et ton organisation secrète, tu pourrais trouver une femme qui te mérite vraiment, plutôt que cette Stella qui n'a rien d'une femme sérieuse.
— Je ne veux pas... et je ne peux pas, répondit Dylan en détournant légèrement le regard.
Le téléphone de Lucian vibra à son tour, et lorsqu'il jeta un coup d'œil à l'écran, il fronça légèrement les sourcils.
— C'est qui, Sarah, Dylan ? demanda-t-il en relevant les yeux vers lui.
Dylan leva lentement la main, lui demandant un instant de patience, mais à cet exact moment, l'atmosphère du restaurant changea brutalement, comme si l'air s'était vidé en une fraction de seconde, et lorsqu'il baissa à nouveau les yeux, la salle était complètement vide, plus aucun client, plus aucun serveur, plus aucun bruit, seulement eux deux assis à leur table dans un silence soudainement irréel.
— D'accord... dit Lucian en regardant autour de lui sans paniquer, je suppose que ce n'est pas un simple problème de réservation.
Dylan inspira lentement avant de répondre, conscient qu'il n'avait plus vraiment de raison de cacher quoi que ce soit à cet homme qui connaissait déjà une grande partie de la vérité.
— Sarah, c'est une fille que j'ai croisée par hasard, enfin... que j'ai ressentie plutôt que vue, et depuis ce moment-là, toutes mes recherches pour la retrouver, elle ou les gens autour d'elle, ont attiré l'attention de quelqu'un que je connais trop bien.
— Isac, devina Lucian.
— Oui, confirma Dylan, et le problème, c'est que je pense que mes recherches ont mis cette fille en danger, même si je ne sais toujours pas qui elle est réellement, ni ce qu'elle représente, seulement que quelque chose en elle n'est pas normal.
Lucian le fixa un moment, analysant ses paroles.
— Et tu es sûr que ce n'est pas seulement de la curiosité ?
— Non, répondit Dylan sans hésiter, ce que j'ai perçu chez elle ressemble à quelque chose que je n'ai jamais rencontré auparavant, ce qui signifie qu'Isac ne la laissera pas tranquille s'il a compris la même chose que moi.
Au même moment Dylan fit entrée Matheo qui vue Lucian et s'empressa de le salué, comme à leur habitude, Lucian et Matheo, qui avait pourtant prévenu au téléphone qu'il arrivait d'un instant à l'autre, avaient passé un long moment à parler de tout et de rien, dérivant sur des sujets sans importance alors que Dylan, lui, attendait qu'ils en viennent enfin au point qui comptait réellement, ce qui l'agaçait profondément, même s'il savait se contenir en présence de Lucian, par respect pour cet homme qu'il estimait plus que la plupart des personnes de son entourage.
Matheo, avec son sourire au coin des lèvres, profitait clairement de ce moment de relative liberté, heureux de pouvoir se détendre un peu quand Lucian était là, car ces instants étaient rares et lui donnaient l'impression de respirer hors du cadre habituel imposé par Dylan et par leur travail, ce qui n'empêchait pas ce dernier de finir par perdre patience.
— Bon, Matheo..., lâcha finalement Dylan, qui venait de craquer après les avoir écoutés trop longtemps parler de choses sans intérêt.
Matheo attrapa une chaise pour s'asseoir en face de lui, tandis que Dylan claqua des doigts, les enveloppant aussitôt tous les trois dans ce vide particulier que seuls eux pouvaient ressentir, isolant leur table du reste du restaurant sans que personne d'autre ne s'en rende compte.
— J'ai trouvé des infos, annonça Matheo.
Dylan manqua de s'étouffer avec le verre de vin qu'il venait de porter à sa bouche et reposa le verre brusquement sur la table.
— Dis-moi tout.
Matheo sortit son matériel, ouvrit son ordinateur portable et afficha une première image sur l'écran, montrant un homme aux côtés d'une jeune fille souriante, l'ensemble semblant dater de plusieurs années.
— C'est quoi ça ? demanda Dylan en plissant les yeux.

— Une trace, un indice.
Dylan redressa la tête et dévisagea Matheo d'un air clairement sceptique, comme pour lui faire comprendre qu'il ne voyait pas en quoi une simple photo pouvait faire avancer leur enquête, mais Lucian le devança en prenant la parole.
— Ça n'avance en rien l'enquête, dit-il calmement.
Matheo pivota alors l'écran de son ordinateur vers eux avec un air presque excité.
— Et c'est là que l'on fait appel au meilleur pour...
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il changea d'image, affichant une seconde photo du même homme, cette fois vêtu d'une blouse blanche avec une étiquette clairement lisible sur laquelle on pouvait lire « Dr Ténor ».
Dylan observa attentivement le visage de l'homme sur la photo, un sourire fatigué accroché aux lèvres, les traits tirés par ce qui semblait être de longues heures de travail.
— C'est le père de Sarah, dit Matheo.

— Ça, j'avais compris, répondit Dylan, sans détourner les yeux de l'écran.
Son attention se posa alors sur l'homme debout à côté de lui sur la photo, dont le visage lui semblait étrangement familier, jusqu'à ce que Lucian, qui observait l'image avec plus d'attention, se redresse légèrement.
— Attends... qu'est-ce que Bryan fait sur cette photo ? Il ne nous a jamais dit qu'il avait été médecin.
Dylan tourna la tête vers Lucian.
— Bryan ?

— Oui, c'est l'un des dirigeants du Light Club à Paris, répondit-il en reprenant la parole, et ce n'est pas quelqu'un de très fréquentable, même si on m'a dit qu'il n'avait pas toujours été comme ça, ce qui pourrait avoir un rapport avec cette famille Ténor.
Dylan se leva alors lentement et, d'un claquement de doigts, tout autour d'eux reprit vie comme si rien ne s'était passé, les clients sirotant de nouveau leurs cafés, les serveuses reprenant leur service et le bruit assourdissant des voitures s'invitant à nouveau par les fenêtres ouvertes du restaurant.
— Prend deux billets pour Paris demain, dit-il simplement.
— Mais tu as des réunions demain, protesta Matheo en se redressant aussitôt, laisse-nous nous en occuper, c'est notre boulot.
Dylan le fixa un instant, puis céda.
— Très bien, ramenez-moi plus d'informations.
Lucian s'avança alors.
— J'accompagne Matheo demain.
— Lucian..., commença Dylan, mais il n'eut pas besoin de finir sa phrase pour comprendre que c'était peine perdue d'essayer de le convaincre de ne pas y aller.
— Je connais Bryan, expliqua Lucian calmement, j'aurai plus de facilité à lui parler.
Dylan acquiesça d'un signe de tête.
— D'accord, mais s'il se passe quoi que ce soit, je ne veux pas de massacre, vous rentrez immédiatement, c'est clair ?
Matheo hocha la tête, Lucian fit de même, et ils quittèrent finalement le restaurant ensemble, chacun sachant que ce déplacement à Paris risquait de faire remonter bien plus de choses qu'ils ne l'imaginaient.

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