5-Avant qu’il ne soit trop tard

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Bryan avait été un vieil ami du père de Dylan, et surtout un collègue proche du docteur Éric Ténor, le père de Sarah, avec qui il avait travaillé pendant des années dans le même service hospitalier, jusqu'au jour où un enchaînement de décisions malheureuses avait conduit à l'accident qui avait coûté la vie aux parents de Sarah, un accident dont Bryan s'était toujours senti en partie responsable parce qu'il avait insisté pour qu'Éric fasse des heures supplémentaires ce soir-là, le laissant partir tard, épuisé, sur une route qu'il connaissait pourtant par cœur.
Après leur décès, Bryan avait peu à peu sombré, incapable de supporter ce poids qu'il portait depuis des années, et c'est ainsi qu'il s'était laissé entraîner dans des affaires de plus en plus douteuses, fréquentant ce milieu de riches influents qu'il méprisait autant qu'il en dépendait désormais, jusqu'à finir par diriger un night-club à Paris, un endroit huppé en façade, mais qui servait aussi de point de rencontre à des personnes dont les activités n'avaient rien de légal.
Tout semblait enfin lui sourire jusqu'à ce soir-là, lorsqu'il vit arriver Lucian accompagné de trois autres hommes, qui l'invitèrent à passer quelques minutes à l'écart pour discuter tranquillement, invitation qu'il tenta d'abord de refuser avant de céder sous la pression discrète mais insistante de ceux qui l'entouraient, comprenant rapidement qu'il n'avait pas réellement le choix.
L'interrogatoire dura des heures, mené principalement par Matheo, qui affichait ce sourire presque jovial, ce masque de bonne humeur derrière lequel se cachait une froide détermination, et Bryan sentit très vite que cet homme était dangereux, non pas par ce qu'il montrait, mais par ce qu'il était prêt à faire pour obtenir des réponses, se disant intérieurement que sans la présence de Lucian pour calmer la situation, il aurait sans doute fini attaché à une chaise, soumis à des méthodes bien plus violentes.
Lorsque Matheo posa finalement devant lui la photo de lui et d'Éric en blouse blanche, puis celle d'Éric avec Sarah encore enfant, à peine âgée de trois ans, Bryan sentit son cœur se serrer douloureusement, car il s'était toujours persuadé que la petite n'avait pas survécu à l'accident, n'ayant jamais eu le courage de chercher à savoir ce qu'elle était devenue, et cette image réveillait en lui une culpabilité qu'il n'avait jamais réussi à étouffer.
— Elle est vivante, dit Lucian calmement en observant sa réaction.
Bryan releva les yeux, visiblement bouleversé.
— Je n'en savais rien... je pensais que tout le monde était mort ce jour-là, murmura-t-il, la voix tremblante.
La tension dans la pièce était à son comble lorsque la soirée bascula brutalement, car des hommes d'Isac firent irruption dans le club en ouvrant le feu dans la foule, semant la panique parmi les clients, et avant même que quiconque ne comprenne ce qui se passait, l'un des tirs atteignit Bryan, qui s'effondra lourdement sur un canapé à quelques mètres de là.
Matheo et ses hommes réagirent en quelques secondes, maîtrisant les trois assaillants sans les tuer, les plaquant au sol, leur retirant leurs armes et les neutralisant suffisamment pour pouvoir les interroger plus tard, tandis que le chaos continuait de régner dans le club.
Bryan, étendu sur le sofa, respirait difficilement lorsqu'il chercha Lucian du regard, et ce dernier s'approcha aussitôt pour s'agenouiller près de lui, lui prenant la main alors que le sang s'étendait lentement sur sa chemise.
— Vous trouverez des informations sur les Ténor dans mon ancien logement, murmura Bryan dans un souffle à peine audible, avant de tendre à Lucian une clé et un petit bout de papier sur lequel étaient griffonnées des coordonnées.
— Faites ce que je n'ai jamais eu le courage de faire.
Ses yeux se voilèrent, son regard se perdit dans le vide, et son corps se relâcha brusquement, laissant place à un silence lourd.
Lucian lui ferma doucement les yeux, se redressa lentement, puis se tourna vers Matheo.
— Appelle Dylan pour lui faire un compte rendu de la situation, dit-il d'une voix grave, je pense qu'il va devoir se déplacer.
Matheo traîna les trois hommes qu'il avait appréhendés dans un coin du club, les attachant solidement les uns aux autres pour éviter toute tentative de fuite, puis sortit son téléphone et composa le numéro de Dylan.
— Dylan...
Il n'eut pas besoin d'en dire davantage.
— J'arrive, répondit Dylan immédiatement.
Il n'y eut pas d'autre mot, pas d'explication supplémentaire.
La journée de Dylan avait commencé comme les autres, rythmée par des réunions, des signatures de contrats et des échanges tendus avec plusieurs partenaires qui cherchaient à négocier à la baisse les coûts de production des nouveaux prototypes, ce qu'il refusa sans détour, car Lincole ne bradait jamais ses technologies, surtout lorsqu'il s'agissait d'équipements sensibles susceptibles de tomber entre de mauvaises mains.
Il avait passé une partie de la matinée enfermée avec l'équipe R&D pour faire le point sur les derniers tests de l'arc télécommandé, exigeant des ajustements sur les systèmes de ciblage et de verrouillage afin de garantir une précision maximale sans compromettre la sécurité des opérateurs, puis il avait enchaîné avec un déjeuner d'affaires qu'il avait écourté dès que la discussion s'était orientée vers des propositions trop floues pour lui inspirer confiance.
Tout au long de la journée, son esprit était pourtant resté ailleurs, car malgré les dossiers empilés sur son bureau et les décisions à prendre, il ne cessait de penser à cette enquête qui n'avançait pas, à ces pistes effacées les unes après les autres, et à cette sensation persistante que plus le temps passait, plus Isac prenait de l'avance.
Lorsqu'il reçut l'appel de Matheo, la fin de journée venait à peine de commencer, et à la simple tonalité de sa voix, Dylan comprit immédiatement que la situation venait de basculer, car Matheo ne l'appelait jamais de cette manière sans raison grave.
— Dylan...
Il n'y eut rien de plus à dire.
— J'arrive, répondit Dylan, déjà en train de se lever de son fauteuil, interrompant sans un mot la réunion qui se tenait encore dans son bureau, laissant ses collaborateurs échanger des regards surpris tandis qu'il quittait la pièce.
Il traversa les couloirs de Lincole à grandes enjambées, donna quelques instructions rapides à sa secrétaire pour reporter ses rendez-vous du lendemain, puis quitta le bâtiment par l'entrée sécurisée où l'attendait déjà son chauffeur, qui démarra aussitôt en direction de l'aéroport privé de la société.
Le trajet se fit dans un silence lourd, Dylan consultant rapidement les informations reçues sur son téléphone, rassemblant mentalement les éléments dont il disposait sur Bryan, sur le Light Club et sur les hommes d'Isac qui venaient de frapper, conscient que ce déplacement n'aurait rien d'une simple visite de courtoisie et qu'il risquait d'entraîner des conséquences bien plus larges que ce qu'il avait initialement prévu.
Moins de deux heures plus tard, l'avion privé se posait à Paris, et Dylan quitta le tarmac sans perdre de temps, prenant place dans un véhicule discret qui l'emmena directement vers le quartier où se trouvait le club, les sirènes de police se faisant déjà entendre au loin, signe que l'incident n'était pas passé inaperçu.
À son arrivée sur place, la rue était partiellement bouclée, les forces de l'ordre tentaient de contenir la foule de curieux et de clients encore sous le choc, tandis que l'intérieur du club portait les traces évidentes de la panique qui s'y était déroulée quelques minutes plus tôt, verres brisés, tables renversées, et une odeur de poudre flottant encore dans l'air.
Lucian l'attendait près de l'entrée arrière, le visage fermé, et dès qu'il aperçut Dylan, il se contenta de hocher la tête sans dire un mot avant de le guider à l'intérieur, là où Matheo et ses hommes avaient sécurisé la zone et retenaient toujours les trois hommes capturés.
Dylan balaya la pièce du regard, son attention se posant brièvement sur le corps de Bryan recouvert d'un drap, puis sur les assaillants ligotés un peu plus loin. Dylan s'approcha lentement de l'un des hommes ligotés, s'accroupit devant lui et planta son regard dans le sien, laissant volontairement s'installer un silence pesant avant de parler, comme s'il cherchait à mesurer à quel point cet homme était prêt à tenir sous la pression.
— Tu sais... s'il y a bien une chose que je déteste par-dessus tout, commença-t-il d'une voix calme, c'est les hommes lâches qui préfèrent se tuer plutôt que de parler.
Il sortit de sa poche une lame fine, la fit tourner brièvement entre ses doigts, non pas pour l'utiliser, mais pour rappeler que les options ne se limitaient pas à une simple discussion, puis sans que personne ne puisse réellement percevoir le moindre mouvement de sa part, la main de l'homme qui faisait semblant d'être inconscient se crispa avant de retomber lourdement, un cri de douleur lui échappant lorsqu'il comprit que le petit dispositif dissimulé dans sa veste venait de lui être arraché, révélant une micro-aiguille qu'il comptait utiliser pour s'injecter une dose mortelle.
L'homme se mit à respirer de façon saccadée, la panique se lisant dans son regard lorsqu'il réalisa que même cette issue lui était désormais refusée, tandis que Dylan restait parfaitement immobile devant lui, observant sa réaction sans la moindre émotion visible.
— Tu vois, reprit Dylan calmement, tu n'as plus beaucoup d'options maintenant, et plus tu attends, plus ça va devenir compliqué pour toi.
Lucian se tenait un peu en retrait, les bras croisés, laissant Dylan gérer la situation à sa manière, tandis que Matheo vérifiait rapidement que les deux autres hommes ne tentaient rien de leur côté.
— On n'était pas censés vous croiser ce soir, finit par lâcher l'homme d'une voix tremblante, on devait juste créer le chaos, attirer l'attention et récupérer ce que Bryan cachait avant que quelqu'un d'autre ne mette la main dessus.
— Ce qu'il cachait où ? demanda Dylan sans hausser le ton.
—Je ne sais pas. Nous étions la justement pour ça. Des documents, des dossiers... je ne sais pas exactement ce que c'est, mais Isac a dit que c'était important.
Dylan inclina légèrement la tête.
— Et Isac, il est où ?
L'homme hésita, jeta un regard affolé vers ses compagnons, puis finit par parler.
— Dans une résidence sécurisée en périphérie de la ville, du côté de Montreuil... il ne sort presque jamais, il envoie toujours quelqu'un à sa place.
— Et votre cible ce soir ? demanda Dylan, La fille...
Le silence se fit plus lourd.
— Pourquoi ? On ne nous a pas dit pourquoi, seulement qu'elle devait être retrouvée au plus vite et que Bryan détenait aussi des informations la concernant.
— Bryan avait donc quelque chose qu'Isac veut récupérer, conclut Dylan, et cette information est liée à Sarah d'une manière ou d'une autre.
Il fit quelques pas en arrière.
— Faites-les parler tous les trois, dit-il à Matheo, je veux chaque détail, chaque nom, chaque lieu où ils ont mis les pieds ces dernières semaines, et ensuite, on ira vérifier par nous-mêmes.
Matheo hocha la tête, déjà en train de préparer son matériel pour approfondir l'interrogatoire, tandis que Dylan se tournait vers Lucian.
— On n'est pas arrivés trop tard pour cette partie-là, dit-il, mais on vient clairement de comprendre qu'on a coupé la trajectoire d'un plan qui était déjà en route.
Son regard se durcit.
— Isac ne s'attendait pas à ce qu'on soit là ce soir, et Bryan avait encore des informations qu'il n'a pas eu le temps de livrer, ce qui signifie qu'on a peut-être une fenêtre très courte pour agir avant qu'Isac ne se rende compte que son jeu vient de lui échapper.

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