13- Plus rien à se dire

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— Bah te voilà… alors ton week-end dans les champs ?

Je levai lentement les yeux vers Inès et lui lançai un regard froid qui ne laissa aucun doute sur mon humeur, mais cela ne sembla pas la perturber le moins du monde puisqu’elle se contenta de rire avant de venir me tapoter l’épaule avec une familiarité qui me fit lever les yeux au ciel.

— Tu ne devrais pas t’en vouloir… je te connais suffisamment pour savoir que tu es le genre de personne à toujours remettre la faute sur toi, même quand tu n’y es pour rien.

Elle avait vu juste, comme souvent. Au fond de moi, je savais que je me reprochais encore d’avoir été trop naïve, de ne pas avoir pris le temps de comprendre à qui j’accordais ma confiance.

— De toute façon c’est un connard et ça lui retombera dessus un jour ou l’autre, déclara Stéphane avec un calme désarmant.

Ses mots me firent sourire malgré moi, car ils me rappelèrent immédiatement la phrase qu’Henri m’avait dite pendant le week-end, lorsque mon esprit était encore trop confus pour comprendre réellement ce qu’il essayait de m’expliquer.

La matinée passa ensuite rapidement, rythmée par les cours qui s’enchaînaient sans véritable pause.

Le premier était celui de psychologie clinique, durant lequel la professeure nous demanda d’étudier plusieurs cas fictifs de patients souffrant d’anxiété sévère afin de réfléchir aux différentes approches thérapeutiques possibles. Nous devions analyser leurs réactions, comprendre les mécanismes de défense qu’ils mettaient en place et proposer des méthodes d’accompagnement adaptées.

Le cours suivant fut consacré à la méthodologie de recherche, qui prenait une importance particulière à ce stade de notre formation puisque nous devions tous préparer notre dossier final, celui qui déterminerait si nous pouvions réellement valider notre parcours et poursuivre vers l’exercice du métier de psychologue. Le professeur insista longuement sur la rigueur nécessaire dans l’analyse des comportements humains, rappelant que comprendre les autres exigeait avant tout de savoir observer sans juger.

Lorsque midi arriva enfin, nous nous retrouvâmes tous les quatre à la cafétéria comme presque tous les jours.

— Bon… raconte, lança Inès en posant son plateau sur la table avec un sourire curieux.

— Il n’y a rien à raconter, répondis-je en attrapant mon verre.

— Oh si, il y a toujours quelque chose à raconter, répliqua Stéphane en piochant dans les frites d’Isabelle.

Isabelle soupira avant de secouer la tête.

— Laissez-la respirer deux minutes.

Je finis tout de même par lever les yeux vers eux.

— Je vais bien.

— Tu vois, elle va bien, dit Isabelle.

— Oui, mais c’est quand elle dit ça que je commence à m’inquiéter, répondit Inès en riant.

La discussion dériva ensuite vers des sujets beaucoup plus légers : les examens qui approchaient, les rumeurs sur les nouveaux étudiants qui arriveraient l’année suivante, et bien sûr le concours d’art dont Inès continuait de parler comme si j’étais déjà certaine d’y participer.

L’après-midi passa ensuite entre un cours de psychologie du développement et un atelier pratique durant lequel nous devions simuler des entretiens thérapeutiques en petits groupes, exercice qui me permit finalement de me concentrer sur autre chose que les pensées qui avaient occupé mon esprit toute la semaine.

Lorsque les cours se terminèrent enfin vers dix-sept heures, nous quittâmes le bâtiment ensemble comme à notre habitude.

Inès me raccompagna en voiture.

— Tu es sûre que ça va ? demanda-t-elle alors que nous arrivions devant chez moi.

— Oui, ça va.

Elle me regarda quelques secondes avant de hocher la tête.

— Si jamais tu as besoin de parler…

— Je sais.

Je la remerciai avant de descendre de la voiture et d’entrer dans la maison.

Une fois seule, je montai directement à l’étage pour prendre une longue douche, laissant l’eau chaude couler sur mes épaules comme pour laver les derniers restes de cette journée.

Après cela, je préparai rapidement quelque chose à manger avant de m’installer sur le canapé du salon devant la télévision, même si je ne regardais pas réellement ce qui passait à l’écran.

Au bout d’un moment, presque sans réfléchir, j’attrapai mon téléphone.

La conversation avec Theo apparut immédiatement.

Je l’avais bloqué le soir même où tout s’était passé.

Mes doigts restèrent immobiles quelques secondes sur l’écran avant que je ne décide malgré tout d’ouvrir la discussion.

Plusieurs messages apparaissaient encore, certains envoyés le soir de l’incident, d’autres le lendemain.

Je voulus écrire quelque chose.

Mais rien ne venait.

Chaque mot me semblait inutile ou faux, et cette sensation désagréable dans la poitrine revenait aussitôt que j’essayais d’y penser.

Finalement, je refermai la conversation.

Puis j’éteignis complètement mon téléphone.

Je n’avais pas envie d’y penser.

La semaine passa ensuite étonnamment vite.

Je m’étais convaincue que je n’aurais peut-être plus jamais à me confronter à lui.

Jusqu’au vendredi matin.

Lorsque j’arrivai au centre de formation ce jour-là, je le vis immédiatement.

Theo était debout près de l’entrée, comme s’il m’attendait depuis longtemps.

Pendant une seconde, je crus que mon cœur allait se serrer comme la première fois… mais rien ne se produisit.

Aucune douleur, aucune détresse.

Le fait qu’il n’ait pas essayé de me contacter pendant toute la semaine avait lentement remplacé tout ce que je ressentais par quelque chose de bien plus froid.

Du dégoût.

— Sarah !

Je continuai de marcher comme si je ne l’avais pas entendu.

— Sarah, attends !

Je ne ralentis même pas.

— Il faut qu’on parle.

Je passai à côté de lui sans tourner la tête.

Ce premier jour, il tenta plusieurs fois de m’arrêter dans les couloirs, cherchant mon regard, essayant de se placer sur mon chemin.

— Laisse-moi juste t’expliquer…

Mais je ne répondais jamais.

Le deuxième jour, il recommença, m’attendant devant certaines salles de cours comme s’il espérait finir par m’obliger à lui parler.

— Je ne te demande que cinq minutes.

Toujours aucune réponse.

Le troisième jour, son ton changea légèrement, laissant apparaître une pointe d’impatience.

— Sarah, arrête ça !

Je continuai simplement mon chemin comme s’il n’existait pas.

Et malgré son insistance pendant plusieurs jours, chaque tentative se heurtait au même mur.

Je ne voulais plus entendre ses excuses.

Et surtout… je ne voulais plus le regarder.

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