18 - Au cœur du piège

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Elle s’était assise sur le canapé après ma demande, encore un peu tendue, prenant le temps de s’installer correctement avant de relever les yeux vers moi.

— Je dois rejoindre Stéphane, je ne pourrai pas rester longtemps, me dit-elle en jetant un coup d’œil rapide à son téléphone.

— Ce sera rapide, promis, répondis-je en me dirigeant vers la cuisine pour préparer deux tisanes, essayant en même temps de rassembler mes idées.

En préparant les tisanes, je remarquai le bleu laissé par Theo qui avait serré trop fort mon poignet, une douleur encore bien présente qui me rappela immédiatement la scène. Je devrais aller mettre de la pommade une fois tout mis au clair, histoire de ne pas laisser ça empirer.

— Theo t’a blessée…, lâcha Inès en attrapant ma main sans attendre, son regard se posant directement sur la marque.

Je grimaçai de douleur sous la pression.

— Ce n’est rien…, répondis-je rapidement pour minimiser.

— Assieds-toi, il me semble avoir vu une pommade dans la douche la semaine dernière…, ajouta-t-elle en se levant aussitôt.

Elle était en colère, cela se voyait clairement dans son regard et dans sa façon de bouger. J’espérais qu’elle ne ferait rien de stupide, surtout qu’elle a son diplôme demain… Si elle venait à créer des problèmes, les parents de Theo pourraient très bien l’empêcher d’avoir son diplôme, et elle a tellement travaillé pour ça.

— Ne fais rien de stupide demain, Inès… il ne m’embêtera plus, j’en suis certaine.

— Désolée… j’aurais dû rester avec toi, répondit-elle en revenant avec la pommade, toujours aussi inquiète.

La voir s’excuser avec cet air me faisait mal au cœur.

— Et voilà… faudra tout de même aller voir un médecin, dit-elle en appliquant la pommade avec précaution avant d’enrouler le bandage autour de mon poignet.

— Je le ferai…, répondis-je sans vraiment réfléchir.

Malheureusement, même si j’avais la possibilité de soigner les autres, je ne pouvais pas utiliser ce pouvoir sur moi, ce qui rendait la situation encore plus frustrante.

— Bon… explique-moi pour ça…, me dit-elle ensuite en regardant mes cheveux avec insistance.

Je n’avais plus de raisons de lui cacher, et puis il s’agit d’Inès, j’avais confiance en elle. Je passai une dizaine de minutes à tout lui expliquer, sans trop entrer dans les détails, prenant le temps de lui faire comprendre l’essentiel, et elle ne me coupa pas une seule fois.

— Ce n’est pas que je ne te crois pas… mais bon, c’est un peu…, me dit-elle en hésitant, la main dans ses cheveux.

Je retirai mon bracelet et laissai apparaître au-dessus une légère flamme, ce qui la fit reculer immédiatement, surprise.

— N’aie pas peur…, dis-je en remettant rapidement mon bracelet pour la rassurer.

— Je ne maîtrise pas totalement mes pouvoirs, ce bracelet m’aide à les contenir, quant à cette bague elle me permet de cacher mon aura et d’atténuer mes crises, d’éviter de perdre le contrôle.

Je me mis à la tripoter nerveusement en repensant à l’interaction avec Theo.

— Je pense que sans elle aujourd’hui il y aurait eu des dégâts…

— Theo est au courant ? demanda-t-elle aussitôt.

Je fis signe que oui de la tête, ce qui la mit encore plus en colère.

— Et malgré les risques il a fait ça… ? lâcha-t-elle en serrant légèrement le bandage autour de mon poignet.

— Inès… je suis désolée de ne pas t’en avoir parlé…

— Je comprends, si ça venait à se savoir je n’imagine même pas ce qu’il pourrait se passer…, répondit-elle après un court silence.

— Oui…

Elle m’attrapa dans ses bras en me rassurant de ne pas en parler, et avec toute l’émotion de la journée je finis par éclater en sanglots, incapable de retenir ce que j’avais accumulé.

— Bon, je te dis à demain ?

Je l’accompagnai jusqu’à la porte d’entrée.

— Puis courage pour demain, même si je ne peux pas t’accompagner je te soutiens de loin.

Je lui jetai un grand sourire sincère avant de refermer la porte derrière elle.

Un poids immense venait de s’en aller, et cela me soulageait au plus haut point.

— Bon ! Il va arriver ?

Nous étions déjà le lendemain matin, et après m’être endormie sur le canapé devant la télévision sans même m’en rendre compte, je m’étais réveillée assez tard, avec cette sensation étrange d’avoir encore la tête ailleurs. J’avais pris une douche rapide, enfilé ce que j’avais heureusement préparé la veille, une longue chemise en jean légère et simple, attaché mes cheveux en une queue de cheval, enfilé un collant ainsi que des bottines, essayant de ne pas trop réfléchir.

— Il a peut-être fini par changer d’avis ? On devrait y aller, ajouta le directeur en regardant l’heure.

Je finis par mettre ma dernière toile dans le coffre de la voiture du directeur, en faisant attention de ne rien abîmer.

— Heureusement que vous avez un grand coffre !

Le directeur rigola légèrement en montant dans la voiture avant d’allumer le contact.

Je jetai un dernier coup d’œil vers le portail de l’entrée, espérant au fond voir Adrien arriver malgré moi, sans vraiment vouloir me l’avouer, mais bon… j’avais espéré pour rien, et même si je ne devrais pas, j’ai senti une légère pointe de déception s’installer en moi.

— Nous pouvons y aller.

Arrivée sur les lieux, je ne pouvais qu’être complètement impressionnée par l’entrée du château ainsi que par l’intérieur de la salle principale, qui avait été décorée avec soin pour l’occasion, donnant immédiatement une impression de grandeur et de prestige.

Mon attention se posa presque immédiatement sur l’immense lustre suspendu au centre de la pièce, qui attirait naturellement le regard, puis sur la scène un peu plus loin où un chef d’orchestre dirigeait ses musiciens, accompagnés d’une chanteuse d’opéra dont la voix remplissait parfaitement l’espace.

Les différentes peintures étaient soit accrochées aux murs, soit exposées sur des présentoirs soigneusement installés pour l’événement, chacune essayant d’attirer l’attention à sa manière.

On pouvait clairement distinguer les œuvres de grandes familles ou de grands noms, non pas forcément par leur qualité, mais plutôt par la manière dont elles étaient mises en avant, comme si la personne qui tenait le pinceau importait plus que ce qu’elle avait réellement peint.

D’un côté, de grandes représentations sans réel sens occupaient le centre de la pièce, tandis que de l’autre, un peu plus loin, se trouvaient des artistes plus discrets, souvent moins connus, invités presque pour être mis de côté, alors que certaines de leurs œuvres dégageaient bien plus de travail, d’émotion et de sincérité.

— J’avais pourtant réservé un stand proche de l’entrée…, lâcha le directeur en regardant autour de lui.

— Il y a dû avoir une incompréhension, monsieur, votre stand est plus loin, proche de la porte de service.

— Vous vous moquez de moi ? Ce n’est pas la première fois que j’assiste à cet événement et je sais très bien comment les réservations fonctionnent, de plus no…

Un homme vêtu d’un costume bleu, accompagné d’une jeune femme élégamment habillée, arriva et le coupa sans gêne.

— David… quel plaisir de te voir !

— Tomas…

— Je ne pensais pas te voir cette année, comme d’habitude, ajouta-t-il avec un sourire.

— Je suppose que tu dois être derrière ça…, répondit le directeur, agacé.

— Quoi donc ?, répondit l’homme avec un sourire au coin des lèvres, comme s’il se moquait ouvertement.

Mon regard se posa sur la jeune femme à ses côtés, qui semblait ailleurs, comme si elle cherchait quelqu’un du regard sans vraiment écouter la conversation.

— Je n’ai pas fait grand-chose voyons ! Il s’agit de ma place habituelle !

— Et comme tous les ans, du risque de te ridiculiser.

Son visage changea immédiatement, laissant apparaître la colère qu’il tentait de contenir.

— Nous allons gagner au moins une place sur le podium cette année, je te le garantis !

Il reprit avec assurance en invitant la jeune femme à s’avancer.

— Enchantée, je m’appelle Alexandra Lacoste.

Ce nom de famille me disait quelque chose, sans que je sache vraiment pourquoi.

Son regard se posa alors derrière moi, et un grand sourire se dessina sur son visage.

— Dy… Adrien.

Je me retournai immédiatement et vis Adrien s’avancer jusqu’à nous.

— Tu en as mis du temps à arriver.

— C’est la grande sœur de Dylan Lacoste de Lincole ?, demanda le directeur.

— Oui.

— Enchanté, monsieur, et vous, vous êtes ?

— Sarah Ibelte.

Adrien s’avança jusqu’à Alexandra et la salua en l’embrassant sur la joue.

— Adrien est aussi un peu de la famille.

Elle n’avait pas l’air méchante, bien au contraire, elle dégageait quelque chose de différent des autres, plus naturel, ce qui m’intriguait malgré moi.

Par contre, une chose me dérangeait, et cela me contraria immédiatement.

Mon regard se posa alors sur Adrien, et je ne manquai pas de lui lancer un regard froid.

— Sar… je le coupai immédiatement.

— Allons-y, monsieur… nous sommes bien là-bas, je vous assure.

Le directeur me regarda avec une certaine tristesse.

— Puis proche de la porte de service des cuisines ! Nous pourrons en profiter pour nous régaler avant les autres, ajoutai-je avec un grand sourire pour détendre l’atmosphère.

— Sarah…

— Allons-y !

Je finis par devancer le directeur en attrapant mes toiles que je tenais dans mes bras maladroitement.

— Laisse-moi t’en porter quelques-unes !

Je lui donnai alors les deux plus grandes, qu’il attrapa en faisant attention à ne pas les abîmer.

— Regardez ! C’est pas si mal !

Un immense miroir accroché au mur se trouvait juste derrière notre stand, entouré de décorations travaillées qui donnaient presque l’impression d’agrandir l’espace.

— Effectivement, ce n’est pas mal.

— De plus…

J’attrapai une des grandes toiles ainsi qu’un pupitre que je plaçai juste devant le miroir, avant de retirer le voile qui la protégeait.

— Whaaa… Sarah, tu ne me l’avais pas montrée…

— C’était une surprise.

C’était ma plus grande toile, et sans doute la plus importante à mes yeux.

Une jeune femme aux cheveux aussi blancs que les miens, à la peau pâle, avec de grands yeux bleus qui semblaient pouvoir lire en toi… De longues ailes tombaient jusqu’au sol, un sourire se dessinait sur son visage, mais des larmes coulaient le long de ses joues.

Dans ses bras, un enfant lui souriait, tendant les bras vers elle comme s’il cherchait à la rejoindre.

En fond, un champ de bataille, sombre et lourd… une scène que je voyais souvent en rêve.

Le tableau était à la fois magnifique… et profondément triste.

— À quoi pensais-tu lorsque tu l’as réalisée ?, demanda le directeur en s’approchant.

— Un rêve lointain…, répondis-je simplement.

Il resta quelques secondes devant la toile.

— Moi, j’y vois un sacrifice… pour un bonheur.

Mon regard se posa sur lui.

— Alors c’est que du bonheur, répondis-je avec un sourire sincère en posant ma main sur son épaule, comme pour le rassurer.

— Qui a peint ce tableau ?

Un homme s’était approché du stand, entouré de deux autres, le regard fixé sur la toile.

Il me regarda avec un sourire qui n’avait rien de sincère, bien au contraire… quelque chose chez lui me mit immédiatement mal à l’aise.

— Enchanté… je me présente... Isac Nantos.

— De même… Sarah Ibelte.

— Je sais…

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