19 - La chute du silence

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— J’en suis certain… lançai-je en jetant ma chemise sur le canapé avant de me vautrer lourdement dessus, encore tendu par tout ce qui venait de s’enchaîner. — Ce n’est pas une simple teinture ? — Comment une teinture pourrait s’estomper en quelques minutes seulement ? — Je ne sais pas… mais tu n’as toujours rien ressenti ? — Non. — Donc tu n’es sûr de rien.

Un silence s’installa, lourd, presque oppressant, et la scène avec Theo et Sarah me revint immédiatement en tête avec une précision troublante, comme si je venais de la revivre. Alors qu’elle me parlait, mes yeux étaient restés fixés sur la racine de ses cheveux qui, lentement, redevenaient blancs sous mes yeux, ce qui m’avait immédiatement rappelé ce que le vieux m’avait montré ce jour-là au café.

— Je raccroche.

— Dyl…

Je coupai l’appel sans attendre la suite et composai immédiatement le numéro d’Alexandra, qui devait être rentrée depuis peu.

— J’étais sur le point de t’appeler, me dit-elle dès qu’elle décrocha.

— Passe-moi le vieux au téléphone, Alexandra, dis-je en me redressant brusquement, stressé par les réponses qu’il pourrait me donner.

— Il n’est pas là.

— Comment ça ?

— Je ne sais pas… je suis rentrée il y a deux heures, et lorsque j’ai demandé le rapport des deux derniers jours, on m’a informée de son absence soudaine.

Je frappai violemment sur la table, pris de frustration, avec cette impression désagréable que chaque fois que je me rapprochais d’une réponse, quelque chose venait m’empêcher d’aller plus loin.

— Mais j’ai peut-être plus important que le vieux…

— Tu as des informations sur Isac ?

— Oui.

— J’arrive.

Je raccrochai immédiatement, attrapai un pull ainsi que mon casque, et en me dirigeant vers le garage, une légère tension s’installa dans mon ventre.

« Pourquoi maintenant… ? » me dis-je intérieurement.

Arrivé sur place, Alexandra ne perdit pas une seconde et me tendit directement un dossier contenant les informations qu’elle avait récupérées : les personnes interrogées, les déplacements d’Isac, ainsi que les individus avec qui il avait été en contact.

— Comment t’as eu tous ces renseignements ?

— Je vais te ramener en salle d’interrogatoire.

Arrivé devant la pièce, je m’arrêtai net, surpris de voir le vice-président attaché sur une chaise, le visage complètement abîmé, dans un état plus que préoccupant.

— Que…

— Nous avons intercepté un appel entre lui et Isac.

Elle s’avança et le secoua brusquement, ce qui le fit reprendre connaissance en sursaut.

Il regarda autour de lui, complètement perdu, avant de poser les yeux sur moi.

— Qui êtes-vous… ?

Je levai la main et claquai des doigts.

— Monsieur Lacoste…

— C’est ça.

— C’est un malentendu…

Alexandra alluma un briquet et approcha lentement la flamme de son visage.

— Tu es bien sûr de toi ?

— NON, NON… OK, j’ai été forcé ! s’exclama-t-il. Je n’avais pas le choix !

— Ce n’est pas l’impression que ça donnait lors de votre discussion au téléphone.

Elle me lança une cassette d’enregistrement que je mis immédiatement en route.

Il s’agissait bien d’une conversation entre lui et Isac, où ce dernier demandait des informations sur nous en échange d’argent et d’une protection.

— Tu t’es bien foutu de ma gueule…

— Je cherchais seulement à protéger mes arrières… puis je vous ai dit tout ce que je savais…

— Ce n’est pas assez !

Je m’avançai, me plaçai face à lui et commençai par le soigner brièvement.

— Oh… merci…

L’instant d’après, j’attrapai le briquet, l’allumai et fis danser la flamme sur ma main avant de la faire remonter lentement le long de son bras, ce qui le fit hurler de douleur.

— OK ! JE VAIS VOUS DIRE TOUT CE QUE JE SAIS !

— Voilà…

J’attrapai une chaise et la plaçai juste en face de lui avant de m’asseoir calmement.

— Parle.

— Il a appris, par le biais de ses recherches, qu’une certaine Sarah avait les mêmes facultés que vous…

— Comment l’a-t-il appris ?

— L’ex-mari de sa tante…

Pris de colère, je me redressai brusquement, balançai le briquet contre le mur et frappai violemment la table avant de l’attraper par le col.

La peur était clairement visible dans son regard.

— Il sait quoi à son sujet ?

— Il cherche à savoir où elle réside… mais l’ex-mari n’en sait rien, il dit qu’elles sont parties sans donner d’informations sur leur destination… mais…

Il marqua une pause.

— Tu as une information importante…

Alexandra s’avança.

— Je te conseille de parler.

— Il a réussi à récupérer des informations via les réseaux sociaux… une toile…

Je sentis mon cœur se serrer immédiatement.

— Une jeune fille, Inès, avait posté une toile qu’ils ont retrouvée dans le logement qui a brûlé…

Je me redressai brusquement.

— C’est exactement la même toile… mais ce n’est pas cette Inès-là, c’est une connaissance à elle… et elle participe à un conc…

Je le coupai immédiatement.

— Le concours des beaux-arts ?

— Oui, c’est ça…

— Alexandra…

— C’est déjà fait. Un vieux excentrique cherchait un peintre mais n’avait trouvé personne, je m’y suis inscrite.

— Je t’accompagnerai.

— Tu ne dois pas accompagner Sarah ?

— Si… mais si un membre de la famille Lacoste se présente à ses côtés, il ne pourra pas agir librement… et je ne veux pas qu’il me file entre les doigts.

— Ok.

Elle se dirigea vers le prisonnier et le tua sans hésiter.

— Tu es impitoyable…

— Effectivement, répondit-elle en essuyant le sang sur son sabre.

— Allons-y.

Le lendemain, nous avions placé un traceur sur la voiture du directeur et déployé plusieurs hommes en surveillance.

Je ne savais pas de quoi Isac était capable, et même si je voulais rester discret, je ne pouvais pas me permettre de prendre des risques.

— C’est pas juste… je voulais y participer.

— Si tu viens en plus de ma sœur, il ne viendra pas, Matheo.

— Tu as bien déplacé son stand là où je te l’ai demandé ?

— Oui, proche des portes de service de la cuisine, trois agents infiltrés en serveurs, caméras reliées à notre système, des micros à chaque stand et des snipers sur trois toits.

— Ok… je te tiens au courant.

Mon cœur se serra en voyant Sarah et le directeur hausser le ton, visiblement frustrés, tandis qu’elle, de dos, semblait tendue malgré ses efforts pour rester droite.

Même lorsqu’elle me vit arriver accompagné d’Alexandra, son silence pesa plus que tout le reste.

— Merci pour votre aide à ce concours, madame Lacoste…

Le vieux excentrique… je comprenais pourquoi elle l’appelait comme ça.

Mes yeux balayaient constamment la salle à la recherche du moindre détail suspect, mais rien ne semblait sortir de l’ordinaire.

— Tu devrais faire le tour, Dylan, murmura Alexandra.

— Ça se voit tant que ça ?

— Oui… et ça pourrait tout faire foirer.

— Ok… surveille Sarah.

Elle hocha la tête.

— Excusez-moi, jeune homme…

À peine eus-je le temps de me retourner que je sentis une aiguille traverser mon bras.

Une femme.

Son visage m’était familier.

L’instant d’après, mon corps commença à céder.

— Vous allez le regretter…

Puis tout devint noir.

Je me réveillais en sursaut. — Vous êtes bien résistant, Monsieur Lacoste… La dose que je vous ai injectée pourrait endormir un éléphant.

— Qui êtes-vous ?

— La tante de Sarah.

Elle s’assit juste en face de moi.

— Et vous… ? reprit-elle en s’avançant légèrement face à moi. — Que voulez-vous à ma nièce ?

Un rouge vif brillait dans son regard, capable de faire trembler n’importe qui.

— Pour qui travaillez-vous ? lui répondis-je sans détour.

— Cela ne vous regarde pas.

— Vous n’avez pas peur ?

— Non, et je ne veux pas perdre mon temps. Vous allez dire à vos hommes de s’en aller, ainsi que vous-même. Vous risquez de créer des problèmes.

Je finis par me redresser et m’avancer jusqu’à elle.

— C’est vous qui mettez votre nièce en danger… Vous ne l’empêchez pas de participer à l’un des plus grands événements organisés par le pays, sans même l’accompagner en tant que tutrice.

— Je surveille de loin.

— Et vous pensez que c’est la bonne manière de faire ?

— La discrétion, Monsieur Lacoste… vous connaissez ? Ça serait une toute autre personne, je l’aurais déjà tuée depuis longtemps… Le fait qu’elle m’ait reconnue voulait dire qu’elle était au courant pour tout le reste.

— Bien mieux que vous !

Cette remarque ne lui plut clairement pas. Ses yeux virèrent au rouge vif, une couleur emplie de colère, les nerfs à vif.

Je repris en passant ma main dans mes cheveux, m’éloignant légèrement.

— Si vous avez une once de conscience, vous sauriez très bien que vous cacher sans arrêt, l’éloigner des siens… finirait par créer sa propre perte. Vous pourrez toujours essayer de contenir son pouvoir, de cacher son existence… ça reste une personne.

Je marquai une pause, mesurant mes mots avant de les laisser sortir.

— Je ne juge pas votre manière d’agir… mais je ne pense pas que la cacher indéfiniment soit une bonne chose.

Elle ne répondit pas. Son visage changea pour laisser paraître un air agacé… inquiet.

— Je ne souhaite que la protéger.

— Je n’en doute pas, madame…

Elle me regarda sans dire un mot.

Lorsqu’un tremblement, suivi de hurlements et d’un bruit sourd… une explosion nous sortit de notre état pour nous faire courir jusqu’à la pièce principale.

Les gens couraient en hurlant vers la porte de sortie. Un feu se propageait le long des murs alors que l’alarme sonnait.

Mes yeux se posèrent sur la grande porte d’entrée, où Isac, le visage en sang, tenait son bras. La manche de son costume était complètement brûlée, ainsi que son bras noirci par la brûlure. Il contenait sa douleur quand son regard se posa sur moi, qui voyais la scène en hauteur, puis détourna les yeux vers trois silhouettes en plein milieu des flammes. Quant à lui, il s’en alla, soutenu par deux hommes.

— DYLAN !!!

La voix d’Alexandra, plus bas, en plein milieu des flammes, qui hurlait, me fit tressaillir de peur. La tante de Sarah me secoua.

— Je t’en prie… je ne peux pas descendre et les sortir tous de là.

L’instant d’après, je sautai et me dirigeai vers Alexandra et le directeur, qui semblait perdu dans sa frayeur.

Sarah… Elle était assise. Son bras semblait blessé. Son regard était plongé dans le vide. Ses yeux rouges reflétaient les flammes qui nous entouraient, qu’elle essayait de contenir malgré elle. Un léger soupir sortit de sa bouche, suivi d’une phrase simple :

— Sors-les d’ici…

Alexandra me regarda.

— Je peux m’en sortir.

— Elle est blessée à la jambe, reprit le directeur, qui avait repris conscience.

— Non Dylan !!! hurla Alexandra quand je la pris dans mes bras.

Quant au directeur, il se releva avec beaucoup de mal.

— Je vais rester avec Sarah le temps que tu reviennes…

J’acquiesçai de la tête avant de me créer un passage rapidement à travers les flammes et finis par faire sortir Alexandra.

La tante de Sarah m’attendait déjà à l’accueil.

— Je suis désolé… dis-je, honteux d’avoir laissé Sarah derrière moi.

— Sarah peut tenir… occupe-toi des autres, lança sa tante en attrapant Alexandra, qui avait perdu connaissance.

— Je vais vous la ramener…

Elle me regarda, un léger sourire au bout des lèvres, avant de s’éloigner.

Je fis demi-tour, attrapai le directeur et posai mon regard sur Sarah, qui tremblait et respirait avec difficulté.

— Je reviens tout de suite, Sarah…

Elle hocha légèrement la tête.

— Je t’en supplie…

Une légère larme vint accompagner ses derniers mots avant mon départ précipité.

Arrivé à l’entrée, prêt à repartir, je sentis une main m’arrêter.

— Prends ça, tu en auras besoin…

— C’est quoi ?

— Si la situation dégénère, injecte-lui cela au niveau de sa nuque…

Je regardai la tante de Sarah, qui semblait bien préparée.

— Vous… vous inquiétez de ce que je pourrais lui faire ?

— Non… de ce qu’elle pourrait vous faire, à vous…

Un léger silence s’installa malgré le bruit des personnes hurlant et des gyrophares des pompiers.

— Ok…

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