21 - Au chevet des regrets
— Ramène-moi aussi les CV que tu as reçus.
— Oui, bah j’espère bien que cette fois tu vas choisir une des candidates..
— Je ne prendrai pas n’importe qui comme secrétaire.
Matheo souffla avant de déposer les chiffres d’affaires du mois de janvier sur le bureau.
— J’en ai vraiment ras le cul d’être ta secrétaire, tu le sais, ça ?
Dylan le regarda de travers.
— Me regarde pas comme ça, ça ne changera rien ! Tu vas te trouver une secrétaire, rapido.
— Oui, oui…
Il faisait déjà nuit. Son regard se perdit sur la grande vitre qui donnait vue sur la ville.
— Tu y retournes ce soir ? dit Matheo avec hésitation.
Dylan se leva de son bureau, attrapa sa veste avant de s’avancer vers lui.
— Tu ferais une très bonne secrétaire. Il te manque plus que la robe et les talons.
Il s’en alla avant même que Matheo ne prenne le temps de s’énerver à ces mots.
Eric l’attendait déjà à l’entrée de l’immense bâtiment de l’entreprise.
— Comme d’habitude ?
— Oui.
Il lui donna le bouquet de fleurs qu’il avait, comme chaque soir, acheté avant de venir le chercher pour le conduire jusqu’à l’hôpital.
— Allez-vous dormir cette nuit ou vous rentrez ?
— Viens pour 22 heures.
— D’accord, répondit Eric.
Dylan referma la portière arrière avant d’entrer dans le hall de l’hôpital, où l’attendait le chef de service de réanimation.
— Bonsoir, Monsieur Lacoste.
Dylan répondit avec respect, écoutant les informations du médecin qui l’accompagnait jusqu’à la chambre, à l’étage le plus haut, gardée 24h sur 24.
— Donc… je suis navré, mais je ne veux pas vous donner de faux espoirs… la débrancher serait plus judicieux.
Dylan posa un regard froid dans celui du médecin, qui se contenta de le saluer avant de s’en aller.
Il se retrouva alors seul face à cette porte, avec cette angoisse qui, chaque fois, revenait s’installer en lui.
Après de longues minutes d’hésitation, il finit par l’ouvrir.
— Monsieur Philipe…
Le vieil homme se tenait assis sur une chaise. Une lueur verte illuminait toute la pièce.
— Dylan…
L’instant d’après, elle avait disparu.
— Navré de vous avoir interrompu.
— Aucun souci. De toute façon, j’ai terminé pour aujourd’hui.
— Je n’en doute pas… comment est son état ?
Les yeux de Dylan se posèrent sur Sarah, allongée sur ce lit d’hôpital, inconsciente depuis maintenant six mois.
— Pas d’amélioration… même avec une immense quantité de mana, je n’y arrive pas.
Il se redressa en soignant sa tenue blanche qui tombait jusqu’à ses pieds, une tenue qui reflétait la sagesse.
— Merci…
Il regarda longuement Dylan avant de répondre :
— Ne tarde pas trop… tu as besoin de repos.
Puis il quitta la pièce.
Dylan retira sa veste, qu’il déposa sur le canapé. Il enleva les fleurs fanées pour y mettre le nouveau bouquet, qui égayait légèrement la pièce plongée dans une atmosphère lourde malgré la lumière.
— Ça fera sept mois demain…
Il attrapa le chiffon posé à côté sur la table de chevet et s’essuya les mains avant de prendre place sur la chaise, face à elle.
— Bon…
Il remonta ses manches et posa ses mains sur le ventre de Sarah, fermant les yeux pour se concentrer.
Une lueur envahit la pièce.
Lorsqu’il les rouvrit, comme à chaque fois, les bras de Sarah avaient viré du teint de sa peau au noir, parcourus de longs filets dorés remontant jusqu’à son cou.
Il tenta de se concentrer davantage, espérant que sa puissance puisse soigner ce poison qui semblait l’engloutir.
Mais l’instant d’après, il fut violemment projeté contre le mur.
Il se redressa avec difficulté, remit la chaise en place, observant ses bras revenir à la normale.
— Tu sais que même endormie, tu me crées du souci…
Il se rassit et l’observa longuement. Elle semblait sereine, contrairement au jour où il l’avait sortie des flammes.
Ce jour-là, alors que les sirènes retentissaient, elle puisait au-delà de ses forces pour contenir les flammes qu’Isac avait créées pour la piéger.
Quand il était arrivé jusqu’à elle, il avait compris pourquoi sa tante lui avait donné cette seringue.
Elle avait changé du tout au tout.
Ses yeux reflétaient la peur, l’angoisse, la tristesse… au milieu des flammes.
Ses bras étaient entourés de flammes violettes, quelque chose qu’il n’avait jamais vu auparavant, lui qui avait pourtant déjà vu de nombreuses personnes capables de manier le mana du feu.
Jusqu’à ce jour, il n’avait vu qu’un feu puissant de couleur bleue. Celui de son père.
Sans hésiter, il lui avait injecté le produit, avec difficulté.
Aujourd’hui, il se disait qu’il n’aurait peut-être pas dû.
Il aurait dû essayer autre chose… la calmer, utiliser son mana pour éteindre le feu, faire n’importe quoi… sauf ça.
Il laissa finalement ses larmes couler le long de son visage, celles qu’il retenait chaque jour et qu’il ne s’autorisait à laisser sortir qu’ici, devant elle.
— Tu n’y es pour rien… sèche tes larmes, tu veux ?
Il se retourna.
Sa tante se tenait derrière lui.
Il la salua brièvement avant de lui ramener une chaise.
— Tes soins n’ont toujours rien donné ?
— Non… son corps, ou je ne sais quoi, m’en empêche encore.
— C’est la première fois que ça arrive… dit-elle, les yeux emplis de tristesse.
— Tu avais raison… je n’aurais pas dû la cacher comme ça… l’empêcher d’être celle qu’elle est.
— Vous l’avez protégée comme vous pouviez.
— Pas assez… elle ne serait pas ici si c’était le cas…
Un long silence s’installa.
Dylan finit par se relever.
— Moi non plus…
Et il sortit de la pièce, le cœur lourd, rempli de désespoir…

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