9. Ayah

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Askapor était particulièrement animée en cette douce matinée, et les conversations, déjà agitées. Ayah remarqua une ombre sur le sol et leva la tête pour trouver un groupe de cigogne qui planait au-dessus du village, à la recherche d’un point haut où faire leur nid. L’arrivée des cigognes signifiait une chose : c’était la fin de la saison de pêche.

Ayah dévala les escaliers pour retrouver Fyn. A cette période de l’année, la plupart des pêcheurs se dirigeaient vers la Cité Royale de Lyisstad pour vendre leur produit les plus frais et unique. Les revenus de cette vente étaient l’unique source d’or pour la famille durant six cycles lunaires. Ayah insistait chaque année pour voyager avec Fyn ; depuis l’histoire qu’avait raconté Yasser, elle avait soif de voyage, de découvrir des contrées lointaines et plus que tout, d’enfin comprendre ce qu’il s’est passé à sa mère et aux siens.

Ayah espérait que cette fois serait la bonne. Elle avait préparé pendant des semaines son discours, ses arguments, ses armes de conviction. Elle s’était assurée que Raly serait là pour défendre son propos, et il n’avait pas manqué à sa parole. Après une longue conversation et beaucoup d’hésitations, Fyn finit par accepter.

La cité Royale se situait à un peu moins d’un cycle lunaire à cheval du village, mais avec la lourde caravane faite de Druska, un matériel particulier pour garder le poisson frais, cela prendrait sans doute plus de temps. Ils chevauchèrent le long du Chemin Royal menant directement à Lyisstad. Un sourire ne quittant jamais ses lèvres, Ayah contemplait les vastes champs de blé et de fruits multicolores. Ils traversent des petits ruisseaux où ils s’arrêtèrent pour se rafraichir et se reposer.

Ils arrivèrent non loin du petit village de Nagbor où ils passèrent une nuit dans un joli gite. Il y avait beaucoup d’autres pêcheurs qui faisaient le voyage jusqu’à Lyisstad. Certains venaient du village de Larne, au sud d’Askapor.

Le lendemain matin, Ayah se réveilla plus tôt que Fyn et sortit prendre l’air. Elle contempla la forêt dense au loin. Les arbres aux épaisses écorces et nombreuses branches rendait la visibilité quasi-nul. Elle s’imagina se perdre dans cette forêt la nuit et eut des frissons. Pourquoi avait-elle peur ? Elle se souvenait des bois sur son île natale, des lunes entières passés à jouer dans la végétation sauvage, à poursuivre des écureuils.

« Petit conseil : ne mets jamais les pieds là-bas. »

Elle se retourna et vit un jeune garçon plus âgé qu’elle. Elle se demanda s’il n’avait pas le même âge que Raly.

« Pourquoi ça ? »

« C’est la forêt de Dzinka. Là-bas, les bêtes sauvages te mangeraient cru ! »

« Des bêtes sauvages ! »

« Oh oui. On raconte qu’il y a là une horde de bisons très territoriaux, des pythons mangeurs d’homme et pire encore, des Ghoules assoiffés de sang qui raffolent des petits enfants perdus dans la forêt ! »

Elle lui lança un regard alarmé. Était-ce vrai tout ce qu’il racontait ?

« Arrête de faire peur à la pauvre petite » s’exclama un vieil homme, sortant du gite.

C’était le pêcheur du village de Nekta qui faisait le voyage avec eux. Fyn suivit derrière lui.

« Il faut repartir si l’on ne veut pas arriver trop tard. »

Après plusieurs lunes, Ayah commençait à apercevoir une énorme tour au loin, s’élevant presque dans les nuages.

« La Citadelle légendaire de Lyisstad » déclara Fyn en réponse à son regard interrogateur. « C’est un lieu sacré, un lieu de savoir. C’est un peu comme la Mémoire des trois royaumes : on y archive et étudie des milliers de manuscrits anciens et récents. »

« Pour quelle raison ? »

Fyn haussa les épaules.

« Qui sait ce que les nobles veulent de tous ses vieux bouquins poussiéreux, certainement se vanter d’avoir des milliers de vieux bouquins poussiéreux »

« Veux-tu t’arrêter à Dumeir ? » demanda le vieux pêcheur à Fyn.

« Je ne préfère pas perdre plus de temps. Nous y sommes presque. »

Ils traversèrent une rivière et contournèrent la cité de Dumeir avant d’arriver enfin à la Cité Royale. D’énormes murailles en pierre couleur crème encerclaient la cité, et ils atteignirent une porte gigantesque déjà ouverte devant eux. Ils s’arrêtèrent, bloqués par les nombreux carrosses.

« Il y a toujours autant de monde à Lyisstad ? » demanda Ayah en voyant, abasourdie, les va-et-vient incessants et la longue file pour entrer dans la cité.

« La cité est plus vivante que jamais maintenant que la saison de pêche est définitivement terminée. Les pécheurs de tout le royaume viennent vendre leurs poissons. La concurrence est rude. »

Ils parvinrent enfin à entrer dans la cité bondée de monde. Ayah contempla les ruelles devant elle, émerveillée. Lyisstad était un lieu de rêve. Elle était gigantesque, festive, unique. De nombreux vendeurs étalaient leurs babioles en espérant attirer des acheteurs. Il y avait de tout : des tableaux d’art, des instruments de musiques qu’elle n’avait jamais vus avant, des ustensiles de cuisine, des légumes et des fruits qu’elle n’avait jamais goutés. Fyn se dirigea vers l’espace des poissonniers et y prit une place qui lui était réservé. Il y posa sa marchandise et attendit. Ayah continua sa balade, observant chacun des vendeurs et demandant par ci par là à quoi servaient certains des objets qu’ils vendaient.

Pendant qu’elle gambadait dans les ruelles, un impressionnant carrosse tiré par de magnifiques chevaux blancs traversa l’allée. Elle le suivit du regard, bouche bée, et sans prendre conscience de ses gestes, elle s’élança derrière, curieuse de savoir où il se dirigeait.

Elle vit alors une horde d’hommes en curieux uniformes courir dans la ruelle et se disperser dans les allées. Ayah les scruta, intriguée, et continua son chemin derrière le carrosse qui pénétra dans l’enceinte de ce qui semblait être un palais, à travers un portail géant couvert de dorure, se refermant sur son passage.

Ayah rebroussa chemin vers le coin des pêcheurs, s’arrêtant à chaque vendeur, émerveillé par ce qu’ils vendaient. Elle se retrouva un moment sur une vaste place où se tenait une représentation. Il y avait une scène en hauteur et de nombreuses personnes regardaient les hommes et femmes déguisés sur la scène. Ayah n’avait aucune idée ce qu’il se passait mais cela semblait captivé toutes les personnes présentes.

Elle aurait tant aimé venir dans cette cité plus souvent. En fait, Ayah aurait tant aimé ne pas avoir à la quitter. L’idée même de devoir retourner dans son village l’attristait déjà, alors qu’elle avait encore toute la journée à passer à Lyisstad.

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