Chapitre 13 : Retrouvailles
Voilà quatre mois qu’AXEN a rejoint la tournée musicale et que Jared a entamé le tournage de son film. Il me manque terriblement. Nos messages et appels ne sont qu’une maigre contrepartie, bien qu’ils nous rapprochent chaque jour un peu plus. Mais nous avons enfin un week-end de libre pour nous retrouver. Il a tout organisé en secret, préservant le mystère pour que la surprise soit totale.
Il fait froid en ce début décembre, mais je me détends dans le calme glacial de la nuit, appuyée au balcon de notre hôtel, un verre à la main. La vue est magnifique : les lumières de la ville scintillent et le vacarme de la circulation s’est tu, laissant place à un silence propre aux grandes métropoles. Je savoure une gorgée de whisky. Le liquide glisse le long de ma gorge, y déposant la chaleur caractéristique de l’alcool. De la buée s’échappe de ma bouche. Mon blouson en cuir ne suffit pas à me réchauffer, mais j’aime sentir le froid sec qui me traverse : il porte l’odeur du givre annonçant la chute de la neige.
Dans mon dos, le son de la télévision ne couvre pas les chamailleries des garçons, qui se battent comme à leur habitude. Je ne m’interpose pas. Le spectacle de leurs jeux me fait rire et j’aime essayer de deviner, à chaque bataille, lequel sera le vainqueur.
Quelques minutes plus tard, je vide mon verre d’un trait, marquant la fin de ma petite échappée. Je l’annonce aux garçons : je vais me coucher. Blottie dans la chaleur moelleuse de mon lit, je me tourne et caresse l’oreiller de satin à mes côtés. Mon shampoing à la fleur d'oranger a imprégné le tissu d’un doux parfum. Comme chaque nuit, mes pensées se tournent vers celui qui parsème ma vie de mille étoiles scintillantes. Mes doigts glissent instinctivement sur mon collier comme pour sentir sa présence. Je compte les minutes. Demain, à cette même heure, je serai dans ses bras. Rien ne saurait m’en empêcher. Je m’endors, son image gravée derrière mes paupières closes.
Dix-sept heures. Je trépigne d’impatience en l’attendant. Mes bagages sont prêts depuis des heures et je fais les cents pas. Un enfant à l’approche de l’ouverture de cadeaux ne serait pas aussi impatient que moi à cet instant. Mon cœur s’emballe lorsque j’entends frapper à la porte. Dans ma précipitation, je manque de chuter : chaque meuble semble vouloir se dresser sur ma route. Lyam avait déjà ouvert lorsque je suis arrivée, ce qui lui a valu d’être poussé sans ménagement. Je m’arrête un instant pour réaliser qu’il est réellement là. Je ne peux retenir mes émotions. À sa vue, mes yeux brillent de joie.
J’avais tant imaginé cet instant. Je m’attendais à me jeter dans ses bras, à m’agripper à son cou, ses bras me soulevant comme à l’accoutumée. Au lieu de cela, je m’approche lentement et prends son visage entre mes mains. Il est là. Sa légère barbe est rugueuse sous mes doigts, et pourtant ce contact m’apparaît si doux. Je le regarde à travers le voile de mes larmes. Et son parfum… comme il m’avait manqué : ses effluves de bois et de cuir se mêlent si bien à sa peau. Sa main sur ma joue, son pouce essuyant une larme qui ruisselle… ce geste est ma bénédiction. Il me sourit, attendri, et m’embrasses de ses lèvres impatientes. Je me sens entière à nouveau, comme s'il m’avait rendue à moi-même.
Les présentations à mes frères et membres du groupe se font en hâte avant de quitter la chambre pour rejoindre notre destination, dont lui seul a le secret. J’attrape ma valise et lui prends la main. La porte se referme derrière nous, et le couloir, empli du parfum du linge propre, nous éclaire de ses LED, comparable à une piste d’aviation. Nous avançons côte à côte, puis je m’arrête. Ma valise freine dans un bruit étouffé sur la moquette. Il se retourne vers moi, se demandant la raison de cet arrêt. Je m’élance vers ses lèvres, passionnément, entourant sa nuque de mes bras, bien déterminée à ne plus le lâcher. Mon corps se soulève contre le sien, mes jambes s’enroulent autour de sa taille tandis que nos langues se rencontrent. Son corps me plaque contre le mur ; celui-ci est tapissé de motifs géométriques gris et bleus, éclairé par des lampes dressées sur des tables d’appoint en demi-cercle. Un éclairage chute lorsque tu m’assois sur l’une d’elles. Pourtant, rien ne nous arrête.
Je passe la main dans ses cheveux - plus courts pour le tournage. La caresse de ses doigts sur mes collants me donne envie de les déchirer pour plus de proximité. Mon haut remonte sous ses doigts, découvrant leurs chaleurs sur ma peau, contraste divin avec la fraîcheur de la mienne. Sa main parcourt mon dos, tandis que mes doigts redécouvrent la dureté de ses pectoraux. Je mets fin à notre baiser fougueux avant qu’on ne nous aperçoive. Nos regards se croisent, rappelant qu’entre nous, les mots sont superflus.
Je descends de la table et replace la lampe.
Nous reprenons notre trajet jusqu’à Victor, qui nous attend près d’une Mercedes grise aux lignes courbes et raffinées. La ville gronde au crépuscule : klaxons, protestations, bruits de circulation, portières qui claquent. Les gaz d’échappement agressent mes narines. Victor se précipite, me salue chaleureusement. Ma valise glisse de ma main pour se loger dans le coffre sous l’œil attentif de notre chauffeur. Destination : l’aéroport.

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