Chapitre 14 : Au cœur de la neige, un week-end hors du monde

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En une petite heure de vol, nous sommes arrivés en Suisse. La nuit s’est installée et quelques d’étoiles s’offrent à nos yeux. Un taxi nous prend en charge pour la suite du trajet. Il serpente entre les virages, gravissant la montagne jusqu’à ce qu’un manteau épais de neige recouvre le paysage. Quand il s’arrête, j’observe les environs et ne voit aucun hébergement à l’horizon. Le regard amusé de Jared me laisse deviner une surprise. Je respire l’air frais de la montagne, parfumé de neige et de sapins. J’adore le craquement sous mes pas, ce son grave et satisfaisant. Je ne résiste pas à l’envie, forme une boule de neige et vise Jared. Le projectile lui éclate dans le dos. Sa riposte est immédiate et le froid mord mon cou malgré mon écharpe. Nous rions, un élan d’enfance persiste au-delà de nos responsabilités d’adultes.

Seuls bâtiments alentours : une cabane étroite et un abri contigu. Des bâches dissimulent quelque chose. L’endroit paraît délabré : le bois est fissuré, des tuiles manquent, l’escalier menace de s’effondrer. Jared me tend un sac. Devant les housses, il les soulève et révèle deux motoneiges. Mes yeux s’ouvrent en grand. Un ouragan de joie m’envahit. J’ouvre le sac : des vêtements adaptés à l’activité. En moins de cinq minutes, je suis prête et j’enfourche l’un des engins. Moteurs lancés, je suis mon guide sur des sentiers balisés qui montent sans fin. Le vent frappe mon casque, les skis dérapent sous mes accélérations, mais je n’arrive pas à le dépasser. L’adrénaline monte, et dans un élan audacieux, je quitte le sentier balisé pour me placer devant Jared, juste à temps avant la fin du parcours.

Nous arrivons au pied d’un escalier menant à un charmant chalet. Il est si haut que je dois lever la tête pour en admirer le sommet. J’enlève mon casque. « Bienvenue dans notre résidence du week-end », me susurre-t-il à l’oreille. La chaleur de son souffle caresse ma nuque et ses lèvres y déposent un baiser suave. Je descends de ma motoneige, les yeux fixés sur notre refuge, promesse de moments tendres et complices. Les marches en bois craquent sous nos pas, résonnent dans le silence suspendu entre ciel et forêt. Une vague de chaleur me submerge quand la porte s’ouvre. Nos bagages, comme par magie, ont déjà été déposés sur le pas de la porte. Le lieu est baigné par la lueur rougeoyante du feu de cheminée. La flamme danse dans l’âtre, illuminant le mobilier : un grand canapé en velours vert émeraude fait face au feu. Un tapis en fausse fourrure sépare les espaces, et deux guéridons à grosses bougies beiges complètent la scène.

Jared enlève mon manteau couvert de neige tandis que j’admire le décor. Je suis enivrée par les arômes de cannelle et de bois de santal qui imprègnent le chalet. Une playlist romantique enveloppe l’atmosphère, la touche finale qui ancre l’instant. Nous sommes seuls, pas l’ombre d’un majordome ou d’un employé, cependant on sent leur implication dans les préparatifs. Sur notre gauche, de grandes baies vitrées en arc, structurées de métal noir, forment une grille élégante composée de plusieurs panneaux de verre. L’une d’elles s’ouvre sur une terrasse en bois sombre, supportant un bain à remous dont la vapeur s’élève dans le ciel.

Jared se love dans mon dos, m’enlace de ses bras et enfouit son visage dans ma nuque pour y respirer mon parfum. « Que dirais-tu de commencer par un verre dans le jacuzzi ? » chuchote-t-il à mon oreille, me décochant un frisson. Il relâche son étreinte pour me laisser enfiler mon maillot de bain. À mon retour, il est déjà prêt, vêtu pour l’occasion, deux verres de vin rouge et des serviettes à la main. La vue de son torse nu me distrait. J’ouvre la porte qui mène à la terrasse et nous prenons place dans l’eau chaude. Les bulles roulent sur ma peau ; le contraste avec l’air givré me fait frissonner. La musique diffusée dans tout le chalet nous parvient en murmure. Je m’assieds à ses côtés, puis me tourne pour lui faire face. Il me tend mon verre, et nous trinquons aux prémices de ce week-end. Nous évoquons tout ce que nos appels hebdomadaires et nos messages quotidiens n’ont pas permis de mentionner, rions des anecdotes amusantes, retrouvons notre complicité. Nos regards se dévorent avec une intensité égale : une heure s’écoule dans une détente profonde.

Jared prend mon verre vide. « J’ai encore une surprise pour toi », annonce-t-il, le regard tendre, sourire en coin. Il sort du bain à remous ; je le suis, m’enroulant d’une serviette pour me protéger du froid mordant. Nous nous hâtons vers la chaleur du foyer. Il me ressert du vin.

« Tu as bien emmené ta robe ? » Demande-t-il en me tendant mon verre.

« Oui je l’ai » acquiesce-je en souriant.

« Je vais aller me préparer d’abord, tout sera prêt lorsque tu auras fini de t’apprêter à ton tour »

« Tu as vraiment tout prévu dans le détail ? » m’étonnai-je, portant le nectar à mes lèvres. Ce vin rubis aux notes de fruits noirs est aphrodisiaque.

« Ce n’était que le début du programme » rétorque-t-il, confiant et satisfait.

Je souris de gratitude, flottant dans une bulle de tendresse. Il m’offre sans retenue tout ce qu’il est et tout ce qu’il a.

Je savoure mon verre. Le bruit de sa douche s’ajoute à la musique tandis que j’observe les flammes des bougies disséminées dans le chalet. Je vois que mon tour vient de me préparer lorsque je le vois revenir : Une serviette l’enveloppe, Jared s’approche, dépose ses lèvres chaudes sur mon front, sa main caresse ma joue et l’éclat de ses yeux brille d’impatience.

Je découvre la salle de bain : plafond de bois sombre, carrelage gris anthracite. Deux vasques en céramique blanche, en forme de bols, reposent sur un plan de travail en bois clair aux bords irréguliers. La douche, à paroi de verre et encadrement noir, révèle des murs en béton poli ; le pommeau pluie est fixé sous un plafond en bois. L’ensemble allie minimalisme et chaleur. Le miroir est embué de la douche précédente, et le savon amande-coco inonde mes sens. Une fois lavée, je rejoins la chambre où j’avais précédemment sortie ma robe qui m’attends sur le lit au cadre de bois brun.  Je m’émerveille à nouveau devant sa facture soignée et son élégance. Je l’accessoirise d’escarpins noirs légèrement pointus à fines brides, quelques bijoux argentés et une brume de parfum. Mes cheveux, naturellement ondulés, n’ont besoin que d’un simple démêlage.

Je m’avance d’un pas lent, chaque pas claquant sur le bois. Un cône d’encens fume doucement sur son support. Lorsque j’arrive devant Jared, il m’observe, les mains dans les poches, avec une fascination déconcertante. Il est à couper le souffle dans sa chemise blanche à manches longues, col légèrement entrouvert, rentrée dans un pantalon de costume ajusté et clair. Des mocassins modernes, une montre au poignet gauche et un bracelet fin au poignet droit complètent son allure. Aucun de nous ne prononce un mot ; nos regards émerveillés se passent de commentaires.

Il me tend la main, passe à la piste suivante et m’invite à danser. « Chasing cars », de Snow patrol, commence. Il me connaît si bien : cette chanson me fait frissonner et me serre le cœur. J’enroule mes bras autour de sa nuque. Ses doigts glissent le long de mon dos nu, laissant derrière eux une douce chaleur, puis élisent domicile au creux de mes reins. Mon corps se plaque au sien. Jamais on ne m’a regardée ainsi. Il me fait sentir comme la personne la plus précieuse de l’univers. Ses yeux graves portent la peur qu’on nous arrache l’un à l’autre, comme si à tout instant tout pouvait basculer. Nos pas s’accordent dans une rotation sensuelle, sans jamais nous quitter des yeux. Alors que la chanson touche à sa fin, je ressens un pincement au cœur. Je lui demande de relancer le titre, de prolonger cette danse. Il ne répond pas et relance la musique, dépose un baiser tendre sur mes lèvres avant que je ne pose ma tête contre son torse, respirant son parfum.

Me revoilà dans un état de plénitude semblable à celui d’il y a quelques mois ; je voudrais arrêter le temps : que cette soirée ne s’achève jamais…

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