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Elle se réveilla l'esprit embrumé et la bouche pâteuse. Les discussions de la veille avaient été longues et particulièrement animées, les membres du Conseil se déchirant sur la marche à suivre.
Syvantha avait dû hausser la voix plus d'une fois, chose qu'elle détestait faire. Mais certains membres du Conseil Mondial de la Résistance Puciphobe étaient d'une prudence qui frisait la lâcheté. Ils voulaient attendre, toujours attendre, comme si attendre allait changer quoi que ce soit.
Le temps de l'attente était révolu. Il fallait agir.
Machinalement et encore à moitié endormie, elle s'adressa à son CPA :
─ Antoine, les nouvelles.
─ Du jour ou de la semaine, répondit l’assistant.
─ Du jour.
Le mur-fenêtre devint instantanément un écran de télévision géant. Syvantha cligna des yeux, aveuglée par la luminosité. Un speaker au sourire artificiel et au costume impeccable commença à détailler les dernières nouvelles. Les informations habituelles : le Gouverneur Général qui inaugurait une nouvelle centrale d'énergie, le Conseil Restreint qui votait de nouvelles mesures de sécurité, des arrestations de puciphobes dans plusieurs provinces d'Europe.
─ Rien d’intéressant. Tu peux couper.
L'écran s'éteignit, redevenant un mur opaque.
─ Bien. Faut-il préparer un petit déjeuner ?
─ Non. Café seulement, bien fort.
Antoine s'activa dans la cuisine ouverte. En quelques instants, l'arôme du café, pas excellent mais acceptable, emplit l'appartement.
Syvantha avala son café rapidement. Elle avait besoin de caféine pour se réveiller complètement, pour faire fonctionner son cerveau encore engourdi.
─ Ouvre, dit-elle en posant sa tasse.
Le même mur devint transparent et elle put jeter un coup d’œil sur la ville. Le soleil était déjà haut et un voile de brume s’étendait sur la ville.
Syvantha ne pouvait s'empêcher de trouver Manhattan magnifique. Cette jungle d'acier et de verre était le seul endroit où elle était vraiment chez elle.
─ Appel entrant.
La voix d'Antoine la tira de sa contemplation.
─ Qui ?
─ Maxime.
─ Je prends.
Le visage de Maxime apparut sur une partie du mur-fenêtre. Il avait l'air fatigué. Ses cheveux bruns étaient ébouriffés, sa barbe de trois jours plus fournie que d'habitude.
─ Syvantha, il faut absolument prévoir une nouvelle réunion, la situation va nous échapper.
─ Pourquoi ? On a déjà passé des heures à discuter hier soir.
Syvantha sentit une pointe d'irritation monter en elle. Elle était épuisée, elle avait besoin de repos, pas de nouvelles crises.
─ Il faut avancer la date de l’attaque à la fin du mois de juin, c’est-à-dire dans quinze jours, au lieu de septembre.
Syvantha se figea. Quinze jours ? Ils n'étaient pas prêts.
─ Maxime, c'est de la folie. Nous ne serons jamais prêts dans quinze jours.
─ Nous n'avons pas le choix. Notre arme est pratiquement au point et les services secrets sont sur les dents. Nous risquons d'être découverts avant d'avoir agi.
Il ajouta d'une voix plus basse :
─ J'ai des informations selon lesquelles l'ACI a infiltré plusieurs cellules. Ils se rapprochent de nous, Syvantha. Si nous attendons septembre, nous serons tous en prison. Ou pire.
Syvantha réfléchit rapidement, pesant le pour et le contre. Maxime avait raison
─ Tu as raison, admit-elle finalement. Il faut réunir le bureau dès ce soir.
─ Je m'en occupe. 20 heures à l'endroit habituel ?
─ Non. Trop risqué.
Syvantha réfléchit un instant. Leur lieu de réunion habituel, un entrepôt désaffecté dans le Bronx, avait peut-être été compromis. Ils devaient être plus prudents.
─ Trouve un autre endroit et ne le dévoile qu'au dernier moment, par message codé.
─ Compris.
L'image de Maxime disparut du mur-fenêtre qui redevint transparent, laissant Syvantha seule avec ses pensées.
Quinze jours. Dans quinze jours, tout allait changer. Soit ils réussiraient et libèreraient l'humanité de l'emprise totalitaire du Gouvernement Mondial, soit ils échoueraient et leur résistance serait écrasée.
Il n'y avait plus de place pour le doute, plus de temps pour l'hésitation.
Syvantha se leva et retourna vers son écran de travail. Elle avait du travail à faire, des programmes à finaliser, des algorithmes à perfectionner.
Quinze jours pour sauver le monde.

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