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Près de deux siècles après le Grand Orage, bien des choses avaient changé dans le monde souterrain qui abritait les derniers survivants de l'humanité.

La Nouvelle Langue avait remplacé l’Ancien Parler qui avait été complètement oublié par les nouvelles générations. Scipion était l'un des rares à pouvoir encore le lire et le comprendre.

La vie souterraine s'était organisée autour de nécessités impérieuses. Les institutions qui régissaient leur société étaient proches d'un régime dictatorial, mais cette structure autoritaire avait été imposée par la nécessité de survie. Ou du moins, c'est ce que répétaient les autorités. Scipion avait parfois ses doutes.

En 180 pGO, John n'était alors qu'un gamin de dix ans, maigrichon et trop curieux. Ses parents le grondaient constamment pour son habitude de s'aventurer dans des endroits interdits, mais rien ne pouvait freiner sa soif d'exploration.

Ce jour-là, John s'était introduit dans une galerie en zone interdite, un de ces anciens tunnels du métro que les autorités avaient condamnés après plusieurs éboulements. Les panneaux d'avertissement ne manquaient pas, mais pour un garçon de dix ans avide d'aventure, c'étaient plus des invitations que des interdictions.

Il progressait prudemment dans le tunnel mal éclairé, sa lampe torche dessinant des ombres inquiétantes sur les murs. Et puis il le vit : un coffre métallique coincé dans une anfractuosité du mur, à moitié recouvert de débris.

Le cœur battant d'excitation, John dégagea le coffre. Il était fermé par trois cadenas rouillés mais encore solides. Trop solide pour ses petites mains.

Le lendemain, il revint avec un marteau dérobé dans l'atelier de son père. Trois coups bien placés et les cadenas cédèrent.

Le coffre, une fois ouvert, révéla un trésor inespéré.

De nombreux disques argentés de dimension identique, John ne savait pas ce que c'étaient, mais ils brillaient joliment à la lumière de sa lampe. Des livres en Langue des Anciens qu'il ne put déchiffrer, un gros cahier, et d'autres plus minces.

Il feuilleta le gros cahier avec précaution. Les pages étaient couvertes d'une écriture fine, élégante et très lisible, très différente de l'écriture carrée qu'on leur enseignait à l'école. Beaucoup de chiffres et de formules mathématiques parsemaient le texte. John reconnut quelques symboles, addition, multiplication, égalité, mais le reste lui échappait complètement.

Tout au fond du coffre, sa main rencontra un petit objet. Plat, léger, parfaitement hermétique. Une des faces était constituée de ce qui paraissait être une vitre noire, lisse et froide au toucher.

John avait entendu des adultes discuter d'objets de l'époque pré-stormienne, en particulier d'objets capables de communiquer et de montrer des images animées. Des « smartphones », disaient-ils avec un mélange de fascination et de crainte. Il estima qu’il venait d’en trouver un et décida de le garder.

Il garda aussi le cahier, referma le coffre, le poussa dans un endroit sombre et le recouvrit d’objets divers pour le dissimuler complètement. Puis il partit en emportant son butin qu’il s’empressa de dissimuler dans sa cache secrète, un espace sous le plancher de sa chambre que ses parents n'avaient jamais découvert.

Cinq ans plus tard, John Isselam était devenu un adolescent qui avait terminé brillamment son deuxième cycle d’études.

Il avait passé ces cinq années à étudier le cahier en secret, déchiffrant peu à peu les équations, comprenant intuitivement des concepts mathématiques que même ses professeurs ne maîtrisaient pas. Le cahier était devenu son professeur particulier, son guide vers des connaissances que le monde souterrain avait perdues.

Et puis il avait adressé au Comité Scientifique un long exposé de sa théorie sur le continuum espace-temps en complément des théories d’un grand savant de l’époque pré-stormienne nommé Einstein dont il avait entendu parler pendant ses études.

La convocation était arrivée deux jours plus tard.

John s'était retrouvé face à cinq des plus grands scientifiques de leur civilisation, des hommes et des femmes d'âge mûr avec des expressions sévères.

Le président du Comité, un homme austère au visage ravagé par l'âge, avait posé la première question :

─ Jeune homme, d'où tiens-tu ces théories ?

─ Je les ai développées moi-même, Monsieur, avait répondu John avec l'assurance de la jeunesse.

─ Menteur !

Le mot avait claqué comme un fouet. Un autre membre du Comité, une femme aux cheveux gris, s'était penchée vers lui avec un regard accusateur :

─ Nous savons que tu as copié ces théories quelque part. Où est le document original ?

─ Il n'y a pas de document, avait insisté John, sentant la panique monter. J'ai fait les calculs moi-même.

L'interrogatoire avait duré des heures. Ils le pressaient de questions, cherchant à le piéger, à lui faire avouer qu'il avait volé ces travaux. Et quand John continuait à affirmer son innocence, les menaces avaient commencé.

─ Si tu ne nous dis pas la vérité, nous te mettrons en prison.

C'est là que John avait eu une idée.

─ Donnez-moi un tableau, avait-il demandé d'une voix tremblante mais déterminée. Je vais refaire mes calculs devant vous.

Les membres du Comité s'étaient regardés, surpris. Puis ils avaient fait apporter un tableau noir et des craies.

Et John s'était mis au travail.

En quelques minutes, sous leurs yeux stupéfaits, il avait reconstitué ses démonstrations. Les équations s'enchaînaient avec une logique implacable, ses mains traçant les symboles mathématiques avec rapidité et assurance.

Le Comité, bien que composé d'éminents scientifiques, avait eu beaucoup de mal à suivre. Certaines étapes étaient trop avancées, certains raccourcis trop audacieux. Mais l'ensemble tenait debout. C'était brillant, révolutionnaire même.

Ils l'avaient fait sortir pour délibérer. Le débat avait été vif et très long, John l'avait entendu à travers la porte. Certains voulaient le punir pour son arrogance. D'autres étaient fascinés par son génie. Tous étaient troublés par ce qu'ils venaient de voir.

Au bout de trois heures, ils l'avaient fait revenir.

Le Président du Comité Scientifique avait pris la parole, et pour la première fois, il y avait quelque chose comme du respect dans sa voix :

─ John Isselam, nous te croyons et nous sommes tous très impressionnés par tes connaissances en mathématiques.

John poussa un soupir de soulagement.

─ Merci Monsieur.

─ Comment vois-tu ton avenir ?

La réponse de John avait été immédiate, sans hésitation :

─ Je veux faire de la recherche sur le temps.

Un murmure avait parcouru le Comité. Le temps ? Le voyage dans le temps ? C'était de la science-fiction, pas de la science sérieuse.

─ Nous avons une proposition à te faire.

John attendit, retenant son souffle.

─ Tu vas étudier pendant deux ans dans une école spéciale réservée aux surdoués. Si tes résultats sont satisfaisants, tu pourras, à seulement 17 ans, diriger ton propre laboratoire de recherche. Qu’en penses-tu ?

─ Je pourrai recruter mes collaborateurs ?

Le Président avait haussé un sourcil, amusé par tant d'aplomb :

─ Tu as l’air bien sûr de toi.

─ Oui Monsieur.

Le Président regarda ses collègues et dit :

─ Nous sommes d’accord. Tu commences demain.mmences demain.

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