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John Isselam avait terminé à 17 ans le cursus exigé par le Comité Scientifique et ses résultats avaient dépassé tous les espoirs.

Il était haï par les enseignants qu’il avait plus d’une fois repris pour leurs erreurs de raisonnement ou de calcul. Quand un professeur faisait une erreur de raisonnement ou de calcul au tableau, John ne pouvait s'empêcher de lever la main et de la signaler poliment. Les enseignants, humiliés devant leurs élèves, ne lui pardonnaient pas ces corrections, aussi justifiées soient-elles.

Mais le dernier jour d'examens, John avait accompli quelque chose d'extraordinaire. En quelques heures seulement, travaillant sur un tableau pendant que les membres du jury le regardaient avec incrédulité, il avait démontré l'hypothèse de Riemann, un problème mathématique resté sans solution depuis le XIXe siècle de l’ancien calendrier.

Le jury était resté bouche bée. Certains avaient demandé à vérifier ses calculs, d'autres avaient sorti leurs propres notes pour essayer de suivre son raisonnement. Mais tout était correct. Brillant, même.

Il avait gagné son pari et le Comité Scientifique le convoqua pour organiser la suite de sa carrière.

Le Comité Scientifique le convoqua une dernière fois pour organiser la suite de sa carrière. Les cinq membres étaient là, mais cette fois leur attitude avait changé. Il n'y avait plus de scepticisme dans leurs regards, peut-être une pointe de crainte devant ce jeune prodige qu'ils ne comprenaient pas tout à fait.

Le Président prit la parole :

─ John, vous avez terminé vos études et il est temps maintenant de décider de votre avenir. Avez-vous quelques idées ?

John n'hésita pas une seconde :

─ Oui Monsieur. Je veux travailler sur le voyage dans le temps.

Les membres du Comité échangèrent des regards inquiets. Le voyage dans le temps ? C'était de la science-fiction, pas de la science sérieuse. C'était un fantasme, un rêve impossible.

─ Vous êtes sérieux ? demanda le Président avec une pointe d'incrédulité.

─ Vous êtes sérieux ?

─ Parfaitement. J’ai eu le temps (!) d’y réfléchir pendant ces deux dernières années et j’ai de nombreuses pistes à explorer qui ne nécessitent pas de matériel sophistiqué.

─ Tout cela ne paraît pas très raisonnable, intervint un autre membre du Comité, un homme chauve au visage sévère.

John se tourna vers lui, et pour la première fois, une pointe d'irritation dans la voix :

─ Vous m'aviez fait une promesse il y a deux ans. J'ai fait ma part du contrat. Maintenant, c'est à vous de tenir la vôtre.

Le Président soupira. C'était vrai qu’ils s'étaient engagés. Et John avait largement dépassé leurs attentes.

─ C'est exact. Vous pouvez sortir, nous allons en débattre.

Deux heures plus tard, John fut rappelé. Il avait passé ce temps à faire les cent pas dans le couloir, essayant de ne pas laisser l'anxiété le submerger. Tout son avenir se jouait maintenant. S'ils refusaient de lui donner son laboratoire, s'ils décidaient que ses idées étaient trop farfelues...

Mais quand il entra dans la salle, il vit immédiatement à leurs expressions qu'il avait gagné.

─ John, voici notre décision. Vous allez avoir un laboratoire et une équipe réduite. Vous pourrez recruter vos collaborateurs.

John sentit son cœur bondir de joie, mais le Président leva une main pour l'empêcher de parler.

─ Cependant, il y a des conditions. Nous ferons le point de vos travaux dans six mois. Si vous n'avez pas de résultats tangibles à nous présenter, l'expérience sera terminée. Sommes-nous d'accord ?

Six mois. C'était très court pour développer une théorie révolutionnaire et construire un prototype. Mais John n'avait pas le choix.

─ Nous avons besoin d'une réponse immédiate, insista le Président.

John prit une profonde inspiration. Il pensa au cahier caché sous le plancher de sa chambre, aux équations qu'il avait passé des années à déchiffrer. Il savait qu'il pouvait y arriver.

─ J'accepte, mais j’ai aussi une condition, dit-il finalement.

Le Président haussa un sourcil, surpris par tant d'audace.

─ Oui ?

─ Si mes résultats sont concluants, je veux pouvoir étoffer mon équipe et obtenir des crédits importants et du matériel de qualité.

Un silence. Les membres du Comité se regardèrent. Puis le Président hocha lentement la tête.

─ Nous sommes d'accord.

John sentit un sourire se dessiner sur ses lèvres. Il venait de négocier avec le Comité Scientifique comme un égal. A dix-sept ans.

─ Alors j'accepte, dit-il simplement.

Les débuts furent beaucoup plus difficiles que John ne l'avait imaginé.

Il avait d'abord fallu recruter des scientifiques de valeur suffisante pour comprendre ses théories, mais suffisamment motivés pour tenter l’aventure. Beaucoup de ceux qu'il contactait refusaient poliment, ne voulant pas associer leur nom à un projet qu'ils jugeaient voué à l'échec.

John avait finalement constitué une petite équipe de cinq personnes – trois physiciens, un mathématicien et un ingénieur. Tous jeunes, tous idéalistes, tous prêts à risquer leur carrière sur un rêve fou.

La recherche de matériel fut encore plus ardue. Ils avaient besoin d'équipement de précision, de composants électroniques spécifiques, d'instruments de mesure délicats. Tout devait être récupéré parmi ce qui avait survécu de l'époque pré-stormienne, car leur technologie actuelle n'était pas encore assez avancée pour fabriquer certaines pièces essentielles.

John passait ses journées à fouiller dans les entrepôts d'archives, à négocier avec les responsables des réserves techniques, à convaincre les uns et les autres de lui prêter tel ou tel appareil ancien.

Au terme des six mois, John avait pu prouver que ses théories étaient solides et que ses recherches méritaient d'être poursuivies. Il avait réussi à créer une distorsion temporelle mesurable dans un champ électromagnétique confiné. Ce n'était qu'un début, un effet minuscule, mais c'était la preuve que le temps pouvait être manipulé.

Le Comité, impressionné malgré ses réticences, avait augmenté ses crédits de recherche et lui avait permis de recruter trois nouveaux membres pour son équipe.

Mais il fallut encore près de dix ans de recherche et de travail acharné, avec du matériel hétéroclite récupéré de l'Ancien Monde, pour démontrer la dilatation du temps. La théorie du temps inversé qui en découlait permettait d'envisager le voyage dans le passé dans un avenir raisonnable.

John Isselam, à vingt-sept ans, était devenu l'un des scientifiques les plus respectés de leur civilisation.

Et il n'avait pas encore révélé son secret le plus important : le cahier mystérieux qui guidait ses recherches depuis le début.

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