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Scipion avait décidé de terminer la traduction du premier feuillet du Journal. Il avait relu ses dernières notes et commençait à trouver sympathique cette femme d’une autre époque qui, en quelque sorte, se confiait à lui.
Il reprit sa traduction là où il l'avait laissée.
Journal de Syvantha Prom
Je fus contactée par un certain Georges Brousse qui me proposa d’intégrer et de diriger une équipe de recherche sur l’AI. Je venais de terminer mon deuxième cycle et je n’avais pas encore entamé d’études supérieures, aussi j’ai été effrayée et en même temps très flattée par cette proposition que j’acceptais sans hésitation.
Je fus chargée de développer un programme qui devait être implanté sur des robots domestiques, des androïdes capables de mémoriser et d’apprendre au contact des humains. Mais ce programme n’était qu’un galop d’essai, la partie émergée de l’iceberg.
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Scipion s'arrêta sur le mot « iceberg ». Il avait lu sur ces masses de glace flottantes dans les océans de l'Ancien Monde, dont seule une petite partie était visible en surface.
Il continua sa lecture.
Journal de Syvantha Prom
Trois mois plus tard, le premier androïde était équipé de mon programme et les premiers essais furent particulièrement concluants. Brousse vint me féliciter et m’annonça que j’allais être mutée dans l’équipe du professeur Martino pour l’aider à finaliser un autre projet. Quand, avec Martino, il m’a exposé une partie du projet Biotel, j’ai compris qu’il s’agissait là d’un projet gouvernemental. J’étais piégée et il ne m’était plus possible de reculer. Mais il m’était impossible de saboter le travail, aussi ai-je décidé de dissimuler dans mon programme d’AI quelques instructions, comprises par moi seule, qui pourraient me permettre d’intervenir plus tard.
Scipion se redressa sur sa chaise. Voilà ! Dès le début, Syvantha avait prévu une porte dérobée dans son propre programme. Elle avait senti qu'elle participait à quelque chose de dangereux et avait pris ses précautions.
Il n'avait toujours pas compris la finalité exacte de Biotel, le Journal restait vague sur ce point, comme si Syvantha présumait que ses futurs lecteurs connaîtraient déjà le contexte. Mais l'association de « bio » et de « tel » lui faisait sentir confusément qu'il s'agissait de quelque chose de profondément invasif.
Une technologie qui violait l'intimité la plus fondamentale de l'être humain.

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