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Le professeur Martino avait réuni ses collaborateurs dans la salle de conférence. L'ambiance était tendue, tout le monde sentait qu'une annonce importante allait être faite.

Martino attendit que tout le monde soit assis, puis prit la parole d'une voix grave :

— Mes chers amis, nous devons parler de l'étape suivante du projet Biotel.

Des murmures parcoururent l'assistance. L'étape suivante ? La puce fonctionnait déjà à merveille en laboratoire. Que restait-il à faire ?

Martino poursuivit :

— Grâce à votre travail, nous avons fait un bond technologique exceptionnel. Je pense que vous avez déjà une petite idée de la complexité de ce qui nous attend : il s'agit, en effet, d'implanter la puce dans la tête des humains.

Un silence de mort accueillit cette déclaration.

Dans la tête des humains.

Certains avaient deviné, bien sûr. Mais entendre les mots prononcés à voix haute rendait la chose terriblement réelle.

En l'absence de réactions immédiates, Martino reprit :

— Il faut d'abord travailler à la miniaturisation de la puce. Elle doit devenir suffisamment petite pour être implantée sans chirurgie lourde. Il faudra ensuite réduire la taille des logiciels de téléphonie et d'intelligence artificielle, les comprimer sans perdre de fonctionnalités. Nous devrions pouvoir faire des essais sur l'animal dans trois mois au plus.

Un des membres de l'équipe leva la main :

— Pourquoi implanter la puce chez les humains ? Pourquoi ne pas se contenter de smartphones améliorés ?

C'était la question que tout le monde se posait mais que personne n'osait formuler.

Martino répondit avec un sourire qui se voulait rassurant :

— Cela permettra d'arrêter la production de smartphones et d'orienter l'industrie électronique vers d'autres tâches. C'est plus économique, plus efficace, plus écologique même.

La réponse sonnait faux. Personne n'y croyait vraiment.

Un autre collaborateur osa la question suivante :

— Alors l'implantation sera obligatoire ?

Martino hésita une fraction de seconde avant de répondre :

— Oui. C'est une décision du Gouvernement. Dès que nous serons prêts, la mise en place commencera par les enfants de moins de 16 ans, puis sera étendue à toute la population. En un an au plus, tout le monde aura sa puce.

Les enfants.

Le mot résonna dans la salle comme un glas.

— Un apprentissage ne sera pas nécessaire, continua Martino rapidement, sentant le malaise monter. C'est l'AI qui s'en chargera. Les enfants s'adapteront naturellement, comme ils s'adaptent à tout.

Tout le monde se mit à parler en même temps. Les pour, les contre, les inquiets, les enthousiastes. Certains voyaient là une révolution positive, d'autres une violation inacceptable de l'intégrité corporelle.

Syvantha restait muette, les mains crispées sur les accoudoirs de sa chaise.

Martino finit par demander le silence d'un geste.

— Tu ne dis rien, Syvantha. Tu n'as pas d'avis sur la question ?

Tous les regards convergèrent vers elle. Syvantha prit une profonde inspiration, sachant que ses prochains mots allaient définir comment ses collègues la percevraient.

— Quand je lis le cahier des charges de l'AI à programmer dans la puce, dit-elle d'une voix calme mais ferme, je me rends compte que nous allons transformer la population mondiale en un troupeau de moutons.

Un silence glacial s'abattit sur la salle.

— Mais je suis certaine, continua-t-elle en regardant Martino droit dans les yeux, que certains privilégiés vont pouvoir y échapper, n'est-ce pas ?

Tout le monde se tut, attendant la réponse de Martino.

Le professeur réfléchit longuement avant de répondre. Son visage trahissait un conflit intérieur. Devait-il mentir pour préserver le moral de l'équipe, ou dire la vérité et risquer une rébellion ?

Il choisit l'évasion :

— Nous n'avons pas le choix.

— Alors j'ai vu clair, insista Syvantha. J'ai raison ?

Martino ne répondit pas directement. Il se leva, signalant la fin de la réunion.

— Allons, allons, nous avons du travail. Tout le monde à son poste.

Chacun, pensif, retourna sans un mot à son poste de travail.

Mais un malaise venait de s'installer de façon durable. Une fissure s'était créée dans l'équipe, une fissure qui ne ferait que s'élargir avec le temps.

Et Syvantha venait de se révéler au grand jour. Elle n'était plus la jeune femme timide et effacée. Elle était devenue une voix de dissidence.

Martino la regarda s'éloigner, inquiet. Il allait devoir la surveiller de près.

Très près.

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