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Syvantha
Le professeur Martino avait convoqué Syvantha dans son bureau.
— Bonjour Syvantha. Est-ce que tout va bien ?
— Oui, professeur, répondit-elle avec une désinvolture étudiée.
— J’ai eu l’impression, hier, que tu désapprouvais l’évolution de Biotel.
— J’avoue que j’ai été surprise.
— Et ?
Elle hésita.
— J’ai réfléchi. Je crois que le projet offre beaucoup d’avantages.
— Je reconnais que j’ai eu moi-même quelques réticences quand j’ai été informé du but final du projet.
— Vraiment ?
— Oui et je comprends tes hésitations. Il est clair que sur le plan de l’éthique et du respect de la vie privée, on est plutôt borderline.
— Je suis d’accord, mais nos résultats représentent un bond technologique spectaculaire.
— Donc pas de scrupules ?
Elle sourit.
— Pas suffisamment pour renoncer. L’aventure est trop excitante.
— Et les autres, comment tu les sens ?
— Je pense qu’ils vont marcher, d’autant que les primes promises sont plutôt séduisantes.
— Je vois que tu connais bien la nature humaine. Tu peux retourner à tes algorithmes.
Syvantha sortit de cet entretien, satisfaite d’avoir pu convaincre le professeur de sa loyauté, car il n’était pas question d’attirer les soupçons. Mais il fallait absolument qu’elle ait un entretien sérieux avec Maxime pour le garder dans son camp. Il était impératif de le convaincre de rester, de ne pas démissionner quoi qu’il en coûte, et de collaborer à ce projet scandaleux, pour pouvoir le combattre le moment venu. Elle lui téléphona immédiatement et lui demanda de la rejoindre dans la salle de repos pour boire un café.
— Maxime, j’ai eu ton message. Je te remercie pour ton soutien, j’apprécie ton implication.
— Ecoute, j’ai failli envoyer ma lettre de démission, mais j’ai réfléchi et je crois que tu as raison et qu’on peut être beaucoup plus efficace à l’intérieur qu’à l’extérieur.
— C’est aussi ce que je pense.
Elle lui raconta son entretien avec le professeur et ajouta :
— Il va sûrement te convoquer aussi, ainsi que tous les collègues. Tu devras le convaincre de ta loyauté et de ton désir de contribuer à la réussite du projet. Ne manifeste aucun scrupule, même s’il te tend la perche.
— Je suivrai tes conseils. Qu’a donné ton contact avec l’association ?
— Echec total : ils me prennent pour une cinglée. Il va falloir être très patients. Quand la mise en place des puces sera lancée, il sera plus facile de les convaincre.
— Tu as raison. On reste en contact.
— Oui, mais soyons très discrets.

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