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Le projet Biotel, qui avait bénéficié d'énormes moyens matériels et humains, avait progressé à une vitesse foudroyante.

En moins d'un an après le succès du prototype, des centaines de milliers de serveurs interconnectés avaient été installés dans des centres de données répartis sur toute la planète. Ils étaient destinés à recueillir les données transmises par les puces, des milliards d'informations chaque seconde, un déluge de données sur la vie de chaque être humain.

Des algorithmes extrêmement puissants avaient été développés pour traiter ces informations. Ils pouvaient analyser les comportements, prédire les actions futures, identifier les « éléments perturbateurs », c'est-à-dire tous ceux qui ne pensaient pas comme il fallait.

La puce elle-même avait été miniaturisée pour devenir une petite bille d'un millimètre de diamètre à peine. Un pistolet injecteur spécial, semblable à ceux utilisés pour les vaccinations, permettait de l'insérer sous le cuir chevelu en une fraction de seconde, sans la moindre douleur.

Les premiers essais humains avaient été effectués sur des prisonniers de droit commun. On leur avait proposé un marché : accepter l'implantation volontaire de la puce en échange de remises de peine substantielles. La plupart, n’ayant rien à perdre, avaient accepté.

Les résultats avaient été supérieurs aux attentes. Les prisonniers avec la puce devenaient dociles, obéissants, facilement manipulables. On pouvait littéralement leur faire croire n'importe quoi en ajustant les paramètres de leur AI personnelle.

En parallèle, une grande campagne dans les médias préparait l'opinion publique à l'implantation généralisée de ce qui s'appelait désormais le « Biophone ».

Les publicités montraient des gens heureux, souriants, communiquant par la pensée, accédant instantanément à toutes les connaissances du monde. Des enfants qui réussissaient brillamment à l'école grâce à l'enseignement nocturne. Des couples qui se retrouvaient grâce à une connexion plus intime que jamais possible.

« Biophone : pensez-le, vivez-le ».

« Biophone : l'avenir est dans votre tête ».

« Biophone : la connexion parfaite ».

Les slogans envahissaient les écrans, les affiches, les espaces publics. Une propagande massive, incessante, écrasante.

Les campagnes de promotion insistaient sur la gratuité totale de l'implantation. Un cadeau du gouvernement à ses citoyens. Un service public, comme l'éducation ou la santé.

Ce qu'elles ne disaient pas, ou qu'elles mentionnaient en tout petits caractères dans les documents officiels que personne ne lisait, c'était le caractère obligatoire de l'implantation. Refuser signifiait la prison, voire pire.

Le logiciel avait été amélioré et permettait des mises à jour à distance. De nouvelles fonctionnalités pouvaient être ajoutées pendant le sommeil de l'utilisateur, sans qu'il s'en rende compte. On pouvait modifier les comportements, ajuster les croyances, façonner les opinions.

La puce allait permettre d'enregistrer les faits et gestes de son porteur, minute par minute, jour après jour. Chaque conversation, chaque pensée exprimée, chaque image vue, chaque endroit visité, tout serait archivé, indexé, analysable.

Le contrôle total.

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