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Le professeur John Isselam était obsédé par un problème qui, s'il n'était pas résolu, condamnerait tout son travail à rester une curiosité théorique sans application pratique.

Il avait démontré qu'on pouvait envoyer quelque chose dans le passé. Les jeunes souris envoyées plusieurs mois en arrière étaient revenues saines et sauves. Le premier aphorisme des paradoxes du temps était validé.

Cependant, le retour restait un problème crucial.

Si ses calculs lui donnaient la certitude de pouvoir voyager vers le passé, le problème du retour semblait insoluble. Comment ramener un voyageur qui était parti deux siècles en arrière ? Comment s'assurer qu'il ne reste pas coincé dans le passé pour toujours ?

John passa en revue les données de sa dernière expérience pour la centième fois peut-être.

Il avait mis sous la cloche une souris âgée de cinq jours et avait réglé les circuits pour un saut en arrière de sept jours, soit avant sa naissance. La souris avait bien disparu au moment prévu. Mais elle n'était jamais revenue.

Était-elle morte dans le passé ? S'était-elle perdue ? Ou existait-il un problème fondamental avec le voyage retour que ses théories n'avaient pas anticipé ?

Il avait discuté de cette expérience pendant des heures avec Agnès Fournier-Laffricain. Leur collaboration était devenue essentielle au projet. Agnès avait une compréhension intuitive de la relativité que même John enviait parfois.

C'est elle qui avait réalisé en premier que le vortex temporel qu'elle étudiait était un chemin à sens unique. Une fois créé, il permettait de traverser vers le passé, mais pas de revenir par le même chemin.

Au cours de leurs discussions, ils avaient envisagé plusieurs hypothèses sans parvenir à en trouver une suffisamment solide. Le problème semblait insurmontable.

Jusqu'à ce que Scipion, mis au courant de leurs difficultés, pose une question apparemment naïve qui allait tout changer.

C'était lors d'une réunion informelle de l'équipe, autour d'un café synthétique tiède. Scipion avait écouté patiemment John expliquer le problème, puis avait demandé d'une voix hésitante :

— Peut-on aussi aller dans le futur ?

John avait levé les yeux de ses notes, surpris par la question.

— Oui, en théorie. La dilatation temporelle permet d'avancer dans le temps. Mais quel rapport avec notre problème ?

— Eh bien, avait dit Scipion avec un haussement d'épaules, si on peut aller dans le futur... il faut partir dans le passé avec une machine permettant d'aller dans le futur, donc de revenir. Non ?

Le silence qui avait suivi cette suggestion avait duré plusieurs secondes. Puis Agnès avait éclaté de rire, un rire de joie pure.

— Bon sang, Scipion ! C'est brillant ! C'est tellement évident que personne n'y avait pensé !

John était resté bouche bée. La solution était aussi simple et évidente que l'œuf de Christophe Colomb, une référence qu'il avait trouvée dans un vieux livre d'histoire. Une fois qu'on la voyait, on se demandait comment on avait pu ne pas la voir plus tôt.

Il fallait envoyer le voyageur dans le passé avec une seconde machine, une machine capable de le ramener dans le futur, c'est-à-dire dans son présent.

Mais cette solution élégante posait au minimum trois nouveaux problèmes, chacun potentiellement insurmontable.

Le premier problème, et non des moindres, était d’emporter la machine qui devait ramener le voyageur. Ils devraient construire un dispositif assez grand pour contenir à la fois le voyageur et la machine actuelle. Techniquement faisable, mais cela nécessiterait une source d'énergie considérable.

Le deuxième problème était de savoir où allait atterrir le voyageur. La Terre tournait, se déplaçait dans l'espace. Un point fixe dans le temps n'était pas un point fixe dans l'espace. Il fallait pouvoir calculer avec précision les coordonnées spatiales du point d'arrivée pour ne pas envoyer le voyageur au milieu de l'océan ou dans l'espace.

Le troisième problème était peut-être le plus grave : ni une souris ni aucun animal ne pourrait actionner la machine de retour. Il faudrait donc envoyer un cobaye humain, avec le risque qu'il reste coincé dans le passé si quelque chose tournait mal.

John, habituellement optimiste, se sentit submergé par l'ampleur de la tâche. Ils étaient dans une impasse.

Mais Agnès posa sa main sur son épaule et dit doucement :

— John, tu as déjà accompli l'impossible. Tu as prouvé que le voyage dans le temps était possible. Ces problèmes sont techniques, pas théoriques. Nous les résoudrons. Ensemble.

John sourit faiblement. Elle avait raison. Il n'était pas question d'abandonner maintenant. Il décida de tout reprendre depuis le début, méthodiquement.

Ils allaient y arriver. Ils devaient y arriver.

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