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Syvantha et Maxime se rencontraient maintenant régulièrement, toujours dans des endroits différents, toujours avec précaution. Ils avaient développé un système de communication rudimentaire mais efficace : des messages codés laissés dans des boîtes aux lettres mortes, des appels depuis des téléphones publiques, qui existaient encore, vestiges d'une époque révolue.

Ce jour-là, ils s'étaient retrouvés dans un parc public et pouvaient passer pour un couple en promenade. C'était un dimanche ensoleillé, le parc était plein de familles, de joggers, d'enfants qui jouaient. Un endroit parfait pour se fondre dans la masse.

— Nous sommes objectivement les complices d'un crime contre l'humanité, dit Syvantha à voix basse alors qu'ils marchaient côte à côte. Mais nous ne serons bientôt plus seuls. Nous devons aider et même intégrer la résistance puciphobe qui se manifeste de plus en plus et dont, au fond, nous partageons les idées.

Maxime hocha la tête. Depuis leur première conversation, il s'était engagé complètement dans la résistance. Sa vie professionnelle continuait normalement, il était toujours un collaborateur loyal du projet Biotel. Mais chaque soir, dans le secret de son bureau à domicile, il travaillait à saboter ce qu'il construisait le jour.

— Je suis d'accord, dit-il. Mais comment ?

Syvantha s'arrêta devant un banc et s'assit, faisant mine d'admirer les fleurs. Maxime s'installa à côté d'elle.

— J'ai réfléchi et je pense à plusieurs axes, commença-t-elle. D'abord, sécuriser nos propres communications. Nous devons rendre indétectables nos conversations téléphoniques pour que la Centrale ne puisse pas les enregistrer.

— Je pense être en mesure de le faire, répondit Maxime avec confiance. J'ai déjà quelques idées sur des algorithmes de cryptage qui seraient impossibles à casser, même pour les supercalculateurs de l'ACI.

— Parfait. Ensuite, il faut penser aux futurs résistants. Beaucoup de gens vont refuser la puce, ou voudront s'en débarrasser une fois qu'ils comprendront ce qu'elle fait vraiment. Nous devons pouvoir leur fournir des smartphones fiables et indétectables.

— On peut récupérer des vieux smartphones qui vont être mis au rebut, suggéra Maxime. Les transformer, les modifier pour rendre leur usage transparent aux systèmes de surveillance.

— Exactement. Mais il y a un problème plus important, continua Syvantha. Même avec un smartphone sécurisé, ceux qui ont une puce resteront vulnérables. La puce envoie des informations en permanence sur leur localisation, leurs activités. Il faut que nous puissions modifier le microprogramme de la puce pour qu'elle envoie de fausses informations.

Maxime la regarda avec inquiétude :

— Cela me paraît beaucoup plus difficile. Comment accéder à la puce de quelqu'un à distance sans que les autorités le détectent ?

Syvantha sourit.

— J'ai disséminé dans le module d'AI des instructions cachées qui me permettent d'avoir accès à la puce de mon choix et de modifier son microprogramme. C'est une porte dérobée que je suis la seule à connaitre

Maxime resta silencieux un moment, impressionné et un peu effrayé par la prévoyance de Syvantha. Elle avait planifié tout cela depuis le début, avait intégré des capacités de sabotage dans le système même qu'elle construisait.

— Formidable, dit-il finalement. Par où commences-tu ?

— Je vais d'abord intervenir sur la puce de mon contact de l'association contre l'hyper-connexion. Une fois que je l'aurai sécurisé, je pourrai discuter avec lui sans risque et commencer à organiser une action future.

— Est-ce qu'on essaye de recruter parmi nos collègues ?

Syvantha secoua la tête fermement :

— Non, ce serait imprudent et même dangereux. La situation ne semble pas les choquer outre mesure et les augmentations de salaire qu'ils ont reçues les ont particulièrement réjouis. Je crois d'ailleurs qu'il faut qu'on manifeste un peu plus d’enthousiasme pour la réussite de Biotel. Il faut même proposer de petites améliorations à apporter aux puces. On doit être absolument insoupçonnables.

— Tu as raison, acquiesça Maxime. Je vais jouer le jeu du collaborateur zélé. Ça me rend malade, mais c'est nécessaire.

— Je me mets au travail dès ce soir, dit Syvantha en se levant. Je devrais avoir un programme capable de modifier les smartphones d'ici 48 heures.

Ils se séparèrent sans se dire au revoir, juste un couple qui termine sa promenade et part dans des directions différentes.

Mais dans le cœur de chacun, une détermination farouche brûlait. Ils allaient se battre. Contre le système le plus puissant que le monde ait jamais connu, certes. Contre des forces qui les écraserait sans hésitation s'ils étaient découverts.

Mais ils allaient se battre quand même.

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