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Scipion pensait encore au smartphone que le professeur Isselam lui avait montré lors de leur dernière conversation autorisée quand il reprit la traduction du Journal.

Ce petit objet mystérieux fascinait Scipion. Comment quelque chose d'aussi petit, d'aussi simple en apparence, avait-il pu jouer un rôle si crucial dans l'effondrement d'une civilisation ?

Il secoua la tête pour chasser ces pensées et se concentra sur le texte devant lui.

Journal de Syvantha Prom

La situation s’était aggravée d’heure en heure. Les services de renseignement étaient sur les dents depuis qu’ils avaient constaté qu’un mouvement de résistance organisé émergeait.

Les associations contre l’hyper-connexion furent dissoutes et plusieurs de leurs membres emprisonnés. Mais le mouvement commença à se structurer tout en restant discret et en évitant les manifestations, le problème des communications n’étant pas encore complètement résolu.

Je travaillais toujours à l’amélioration des modifications des puces pour fiabiliser les communications. Et je devais trouver une parade à la nouvelle arme qui allait être mise en place.

Scipion s'arrêta. La nouvelle arme. Les fragments qu'il avait traduits à la fin de la première page mentionnaient une « impulsion mortelle ». C'était donc ça, une arme intégrée directement dans la puce.

L'horreur de cette idée le frappa à nouveau. Transformer un outil de communication en arme d'exécution. Donner aux autorités le pouvoir de tuer n'importe qui, n'importe où, d'une simple pression sur un bouton.

La deuxième page du Journal s'arrêtait là et Scipion, fébrile, prit la troisième avec des mains légèrement tremblantes. Il était impatient de savoir quelle était cette arme exactement et comment Syvantha comptait s'y opposer.

Il s'aperçut que seule la moitié de la troisième page était couverte de l'écriture maintenant familière de Syvantha. Le reste était vierge, comme si elle avait été interrompue en plein travail.

Il en conclut que le mystère du Grand Orage ne serait pas encore résolu avec ces trois pages. Mais il espéra vivement que le Comité lui communiquerait la suite du Journal, si la suite existait.

Journal de Syvantha Prom

Le professeur Martino, dont je faisais partie de l’équipe de recherche et développement, nous a informé de la nouvelle exigence du Gouverneur Général : donner aux agents de l’ACI la possibilité de TUER un individu par l’intermédiaire de la puce en lui envoyant l’ordre de générer un signal ultra-sonique mortel.

L’équipe n’a pas fait de commentaires et s’est remise au travail en trainant les pieds, mais tous ont compris que le piège s’était refermé sur nous et qu’il était rigoureusement impossible de faire machine arrière.

Scipion reprit plusieurs fois sa traduction pour être sûr d'avoir bien compris le texte. Mais il n'y avait aucun doute possible : le système politique de l'époque pré-stormienne avait développé une arme capable de tuer à distance en utilisant les puces implantées dans le crâne des gens.

Un ultra-son suffisamment puissant pouvait détruire le cerveau. Scipion avait lu sur les ultra-sons dans ses recherches, des vibrations sonores au-delà de la capacité auditive humaine, mais qui pouvaient causer des dommages physiques importants à certaines fréquences.

Il comprenait maintenant le rôle stratégique du téléphone dans la mise au pas et le contrôle de la population mondiale. Mais il ne voyait toujours pas le rapport avec le Grand Orage.

Comment une arme de contrôle individuel pouvait-elle causer une catastrophe planétaire ?

A moins que...

A moins que quelqu'un n'ait trouvé un moyen de retourner cette arme contre le système lui-même. Un virus, peut-être, qui désactiverait toutes les puces simultanément ?

Mais même cela ne pouvait pas expliquer le Grand Orage tel qu'il avait été décrit dans les archives. Les missiles nucléaires, la destruction totale, les radiations qui avaient rendu la surface inhabitable depuis deux siècles.

Non, il manquait encore quelque chose. Un élément crucial que Syvantha n'avait pas encore révélé dans son journal.

Scipion mit sa traduction de côté et rédigea son rapport quotidien. Il était maintenant convaincu que le Journal contenait les clés pour comprendre le Grand Orage. Mais il avait besoin de la suite.

Il allait devoir convaincre le Comité de poursuivre les fouilles, de chercher les pages manquantes du Journal.

Ou peut-être...

Scipion se souvint soudain de l'endroit où John Isselam avait trouvé le smartphone. Cette galerie abandonnée en zone interdite. John avait mentionné un coffre métallique avec d'autres objets.

Et si le reste du Journal s'y trouvait encore ?

C'était une possibilité. Une possibilité dangereuse, les zones interdites l'étaient pour de bonnes raisons, les éboulements y étaient fréquents. Mais peut-être que cela en valait la peine.

Scipion décida d'attendre. Il devait d'abord finir son travail officiel, satisfaire le Comité. Ensuite, peut-être, il pourrait envisager une expédition non autorisée.

Pour l'instant, il continua sa traduction et ses commentaires, documentant minutieusement chaque découverte.

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