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Le professeur Isselam accueillit Scipion avec plaisir et se réjouit de son désir de réintégrer son équipe, car s’il n’avait pas des connaissances scientifiques aussi étendues que celles de son épouse, il avait le don de suggérer des solutions aux problèmes les plus complexes, même s’il ne savait pas forcément comment les mettre en œuvre.
— John, j’aimerais bien t’emprunter le smartphone que tu m’as montré l’autre jour.
— Pour en faire quoi ?
— Je ne sais pas encore, mais comme tu le sais je m’intéresse aux objets de l’époque pré-stormienne
— C’est vrai. J’ai récupéré une lampe à UV mais je n’ai pas encore eu le temps de m’en servir comme on l’avait imaginé.
— Je peux m’en occuper. Comme tu le sais, j’ai terminé la mission dont je n’ai pas le droit de parler et j’ai donc tout mon temps.
— Pourquoi pas.
Il ouvrit un tiroir de son bureau et en sortit le smartphone et la lampe.
— Voilà, tu peux l’emporter. Mais je m’aperçois qu’il y a autre chose que je voulais te confier.
Il sortit du même tiroir le cahier qu’il avait découvert, enfant, en même temps que le smartphone.
Scipion le regarda avec curiosité et l’ouvrit. Il resta bouche bée :
— Mais c’est en Langage des Anciens ! Où l’as-tu trouvé ?
— J’avais dix ans quand j’ai fait cette découverte, je pense qu’il y en a d’autres.
— Ce cahier contient, d’après les explications que je peux comprendre, des algorithmes destinés à une machine que nous ne connaissons pas et dont j’avoue ne pas comprendre l’utilité. Tu te souviens de l’endroit ?
— Je pense, oui, mais c’est en zone interdite.
— Aucune importance, je suis prêt à prendre le risque.
— Alors, nous irons cette nuit, je te montrerai l’endroit et je te laisserai te débrouiller. Je ne veux pas d’ennuis et je ne veux pas perdre mon laboratoire.
— Tu as raison, je ne veux pas te créer de problèmes. Ce soir, 23 heures ?
De retour chez lui, Scipion avait placé le smartphone dans sa chambre sous la lampe à UV et l’avait abandonné, partant du principe qu’il faudrait plusieurs heures avant d’obtenir, peut-être, un résultat.
L’expédition nocturne s’avéra fructueuse.
Scipion, conduit par son ami, avait pu récupérer plusieurs cahiers et livres, ainsi que divers objets qu’il avait emportés sans avoir la moindre idée de leur utilité.
Il avait fallu faire vite car les patrouilles passaient toutes le heures et il n’était pas question d’être surpris dans une zone interdite. D’ailleurs, il ne comprenait pas pourquoi les autorités n’avaient pas exploité ces éléments qui pourraient apporter un éclairage nouveau sur le Grand Orage, surtout les documents manuscrits.
De retour à son domicile, Scipion s’empressa de dissimuler son butin en se promettant de l’inspecter soigneusement le lendemain ; à Agnès, son épouse, il dit qu’il s’était attardé avec John et qu’il lui raconterait leur discussion le lendemain.
En plus du cahier découvert par John, il y avait cinq autres cahiers. Sur les six cahiers, trois ne contenaient que des formules mathématiques et ce qui ressemblait à des algorithmes destinés à être traités par une machine de l’époque pré-stormienne dans un but qu’il n’arriva pas à saisir. Il décida de les confier à son épouse, beaucoup plus experte que lui dans ce domaine.
Quand il ouvrit le quatrième cahier, il tressaillit car il venait de reconnaitre l’écriture de Syvantha Prom. Les deux derniers cahiers étaient couverts, eux-aussi, de la même écriture et il les parcourut rapidement pour essayer de les mettre en ordre chronologique.
Il comprit qu’il venait de visiter un endroit qui avait dû appartenir à Syvantha.
Les cahiers étaient relativement en bon état de conservation. Dans l’un des cahiers, il reconnut le mot « puciphobes ». Il en déduisit qu’il avait en main une copie ou peut-être l’original de ce fameux journal.
Il était très excité à l’idée qu’il allait peut-être connaitre le fin mot de l’histoire et résoudre l’énigme du Grand Orage. Il décida de se mettre au travail dès le lendemain.

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