Chapitre 1 - Une journée presque comme les autres (partie 1/4)
Charlie émergea lentement du sommeil, bercée par le martèlement régulier de la pluie contre la baie vitrée. Un son lancinant, hypnotique, qui l’invitait à se réfugier plus profondément sous la couette, à prolonger encore un instant cette douce léthargie. Elle laissa échapper un grognement étouffé en se retournant, espérant grappiller quelques précieuses minutes de répit. Mais Lucky, son jeune Berger d’Anatolie, ne partageait pas son désir d’oisiveté. Déjà debout, frémissant d’excitation, sa queue battait le sol avec une impatience non dissimulée. Pour lui, il n’était plus temps de paresser : l’heure de sa sortie matinale, son rituel sacré, était arrivée.
Elle expira longuement, résignée. ‘’La pluie’’, pensa-t-elle. Elle détestait ça. Tout était plus gris, plus morne, et ça annonçait ‘’une journée de merde’’. Son pad, activé par le son de sa voix encore enrouée, projeta l’heure en chiffres lumineux : 8h27. ‘’Pas de cours avant l’après-midi’’. Mais Lucky attendait, et elle n’avait pas vraiment le choix.
Elle quitta son lit à contrecœur, frissonna en sentant le contact glacé du parquet sous ses pieds nus. Un long étirement, une tentative de s’éveiller un peu plus, avant de se diriger d’un pas traînant vers la cuisine. Ouvrant un placard, elle attrapa machinalement un paquet de croquettes qu’elle versa dans la gamelle. Le chien ne se fit pas prier, bondissant sur son repas, brisant le silence matinal par le bruit vigoureux de ses mâchoires affamées.
Soudain, un bip sonore retentit. Elle sursauta légèrement, avant de voir son pad s’illuminer, projetant un appel entrant en visio, au-dessus de son poignet. ‘’Maman… Merde’’.
Alors qu’elle s’apprêtait à s’affaler sur une chaise, elle hésita à décrocher, puis elle accepta l’appel en soupirant. L’image de sa mère apparut immédiatement devant elle, légèrement translucide mais bien nette. Une femme élégante, aux cheveux roux soigneusement attachés et aux traits stricts, la regardant avec un air mi-amusé, mi-exaspéré.
— Ma chérie, joyeux anniversaire !
Charlie cligna des yeux, son cerveau encore embrumé. ‘’Mon anniversaire ?’’. Elle jeta un regard vers le calendrier projeté sur le mur de la cuisine : « 18 avril 2068 ». ‘’Putain’’. Elle l’avait complètement oublié.
— Oh…merde… merci, maman.
— Tu avais encore oublié, c’est ça ? Sa mère haussa un sourcil, puis détailla son visage encore marqué par le sommeil. Regarde-moi cette tête… tu viens juste de te lever, pas vrai ?
Charlie pinça ses lèvres, refusant de répondre, son regard fuyant légèrement l’écran lumineux projeté devant elle. Un réflexe. De l’autre côté, sa mère l’observa un instant, puis laissa échapper un soupir, lourd de sous-entendus, empreint de cette exaspération familière qu’elle connaissait par cœur.
— À ton âge, même quand je n’avais pas cours, j’étais déjà en train d’étudier d’arrache-pied, à la première heure !
Charlie roula des yeux, mais se garda bien de répondre. Elle connaissait la rengaine par cœur.
— Bref, c’est ton anniversaire n’en parlons plus ! C’est une belle journée pour grandir n’est-ce pas ? Ce soir, dîner en famille. 20 heures précises. Pas de retard ma chérie.
Charlie se mordit la lèvre une seconde fois. L’idée de passer la soirée avec ses parents, sa sœur et son frère, à parler médecine et avenir la fatiguait déjà.
— D’accord, j’y serai.
— Eliott vient aussi ?
Son regard glissa sur la vitre, suivant distraitement les gouttes de pluie qui traçaient des sillons irréguliers sur le verre. Elle observa leur lente descente, comme si elles cherchaient à s’accrocher avant d’être inexorablement entraînées vers le bas. Un peu comme sa relation avec Eliott. ‘’Eliott…’’. Son copain, du moins en théorie. Une présence stable, un choix logique. Quelqu’un de bien, quelqu’un qui cochait toutes les cases. Poli, attentionné, intelligent. Un futur médecin brillant, celui que ses parents adoraient, celui qui disait toujours ce qu’il fallait dire, faisait toujours ce qu’il fallait faire. Un homme parfait sur le papier.
Mais pas pour elle.
Elle ne l’aimait pas. ‘’Pas vraiment’’. Il était là parce qu’il fallait bien quelqu’un, parce que l’idée d’être seule sonnait pire que l’ennui d’une relation sans passion. Parce qu’il était simple, prévisible, un repère dans une existence qui lui échappait.
Elle savait qu’il aurait dû être là ce soir, qu’il aurait voulu l’être. Mais l’idée même de sa présence l’oppressait. Une soirée de plus à sourire mécaniquement à ses côtés, à écouter ses compliments feutrés, ses questions sur ses études, ses projets d’avenir. Une soirée à jouer un rôle. ‘’Non. Pas ce soir’’. Elle resserra sa prise sur son t-shirt et inspira profondément avant de lâcher, d’une voix détachée.
— Non, il est de garde à l’hôpital.
Un mensonge glissé avec une facilité déconcertante. Elle n’avait pas envie qu’il soit là. Et il ne le serait pas.
— Dommage. Mais au moins lui est un bon étudiant, un interne qui doit faire plaisir aux médecins qui le forme ! Pas de réponse de la part de Charlie. Bien… À ce soir alors ma chérie. Je t’aime.
— Moi aussi, à ce soir.
D’un simple mouvement de poignet, l’écran se referma, plongeant la pièce dans un silence pesant. Charlie expira longuement, un soupir chargé de lassitude, avant de se détourner. Son regard tomba sur un jogging gris, un peu difforme et légèrement froissé, abandonné sur une chaise. ‘’Parfait’’. Elle l’attrapa et l’enfila rapidement, sans vraiment se soucier de son apparence, puis attrapa un manteau chaud qu’elle passa par-dessus. Pour compléter sa tenue, elle enfila un bonnet en laine, dissimulant tant bien que mal ses cheveux en bataille, refusant toujours de se discipliner.
Pas une tenue soignée, mais peu importe. ‘’On s’en fout’’. De toute façon, elle ne croiserait personne d’important au parc.
Son reflet dans le miroir du couloir lui renvoya une image familière, qu’elle n’avait pourtant jamais vraiment pris le temps d’analyser. Une silhouette élancée, fine, mais pas frêle. Son corps portait les marques d’une activité physique régulière, non pas par passion, mais par obligation. Une contrainte plus qu’un choix. C’était Eliott qui l’avait poussée à l’accompagner à la salle de sport, convaincu que cela leur ferait du bien à tous les deux. À force de séances imposées, son corps avait sculpté une musculature discrète mais bien définie, un subtil équilibre entre endurance et résignation. Ses épaules légèrement anguleuses, sa taille marquée, sa souplesse nerveuse, trahissaient son incapacité à rester en place.
Son regard remonta vers son visage. Des yeux verts perçants, légèrement en amande, dont l’éclat variait selon son humeur, lumineux, presque émeraude sous certaines lumières, froids et glacials lorsqu’elle était contrariée. Encadrés de cils sombres, ni particulièrement longs ni recourbés, ils lui donnaient cet air toujours un peu sévère. Un nez droit, légèrement retroussé au bout, qui lui conférait parfois un air effronté malgré elle. Des lèvres naturellement rosées, ni trop épaisses ni trop fines, mais souvent pincées, reflet de son agacement perpétuel.
Sa peau claire était constellée de quelques taches de rousseur éparses, vestiges d’une enfance où le soleil n’avait jamais eu beaucoup d’emprise sur elle. Ses joues, parfois teintées de rose, surtout lorsqu’elle s’agaçait ou était prise au dépourvu, ce qui ne faisait qu’accentuer son irritation, étaient tout ce qu’il y avait de plus banale.
Quant à ses cheveux… ‘’Un vrai foutoir’’. Un roux flamboyant, indiscipliné, toujours en bataille malgré ses tentatives désespérées de les dompter. Des mèches rebelles s’échappaient de son bonnet, encadrant son visage d’un désordre incontrôlable. Trop courts pour être attachés, trop longs pour être ignorés, ils lui tombaient sans cesse sur les yeux, l’obligeant à les repousser d’un geste agacé.
Elle se fixa un instant, détaillant chaque imperfection, chaque détail qu’elle jugeait insignifiant. ‘’Rien d’extraordinaire’’. Mais ce n’était pas totalement vrai.
— Lucky, on y va.
Elle attrapa les clés de sa voiture, ‘’pas question de marcher sous cette foutue pluie’’. Elle ouvrit la porte de son appartement, descendit les escaliers jusqu’au parking du bâtiment et s’engouffra dans sa voiture, Lucky prenant place sur le siège passager.
Le parc s’étendait devant elle, verdoyant malgré le temps maussade. L’air était humide, chargé de cette odeur de terre mouillée qu’apportait toujours la pluie. Malgré le crachin persistant, plusieurs personnes étaient présentes, emmitouflées dans leurs manteaux, promenant leurs chiens comme chaque matin. Charlie ouvrit la porte de sa voiture, Lucky bondit hors de l’habitacle, la langue pendante, excité à l’idée de rejoindre ses compagnons de jeu. Le parc était sécurisé, clôturé, un espace où les chiens pouvaient courir librement.
Sans attendre, elle détacha sa laisse. Le berger ne perdit pas une seconde et s’élança en direction d’un grand husky qui venait de remarquer son arrivée. Neo, un mâle à l’allure imposante, mais au caractère sociable et doux. Il bondit à son tour, engageant immédiatement une course joyeuse avec Lucky. Derrière eux, une petite chienne métisse au pelage marron trottina doucement avant de se joindre au duo. Lona, plus calme en apparence cependant agressive avec les inconnues.
Charlie s’approcha d’un banc légèrement humide et s’assit aux côtés des maîtresses de Neo et Lona : Ika et Miko. Comme toujours, elles étaient là, à la même heure, à la même place, un repère immuable dans la routine du matin.
Elle n’était pas amie avec ce duo. Pas au sens habituel du terme. Elles ne se confiaient pas, ne s’interrogeaient jamais sur leur vie en dehors du parc. Elles existaient simplement dans le même espace, des présences familières qui apportaient une certaine constance à ses matinées.
Ika, la plus expressive des deux, était une jeune femme hollandaise de trente ans, au visage solaire et à l’enthousiasme communicatif. Blonde cendrée, ses cheveux attachés en queue-de-cheval lâche, elle affichait toujours un air dynamique, comme si l’énergie coulait en permanence dans ses veines. Ses yeux bleus pétillaient, un éclat malicieux y flottait souvent, trahissant sa nature bavarde et extravertie. Mince mais tonique, elle était habituée à gérer des animaux de grande taille, un atout dans son métier de zoologiste. Vêtue d’un jean et d’un sweat-shirt confortable, elle dégageait une impression de simplicité chaleureuse, une femme qui mettait facilement les gens à l’aise, passionnée par son travail et engagée dans des associations de protection animale.
À ses côtés, Miko contrastait par sa présence plus réservée et pragmatique. Japonaise de naissance, des cheveux noirs très foncés, courts, souvent ébouriffés, elle ne s’embarrassait pas d’apparences, affichant toujours un style fonctionnel, à mi-chemin entre le jogging pratique et les vêtements techniques adaptés à son travail de vétérinaire. Plus petite, et moins athlétique, elle était tout de même taillée pour le mouvement, pour gérer les chiens les plus difficiles avec une assurance naturelle. Ses yeux noisette, plissés, donnaient l’impression qu’elle observait en permanence, analysant aussi bien les comportements canins qu’humains. Calme, posée, et sans détour, elle ne perdait jamais son temps en faux-semblants.
Charlie savait seulement qu’elles vivaient en colocation depuis des années, inséparables, fonctionnant comme une dualité parfaitement équilibrée. Ika, solaire et expansive. Miko, terre-à-terre et pragmatique. Deux personnalités opposées, mais étrangement complémentaires, liées par un amour inconditionnel pour les animaux et un quotidien partagé sans artifice ni hypocrisie.
Charlie ne s’était jamais demandé pourquoi elles étaient aussi fusionnelles. Peut-être parce que ça ne la regardait pas. Peut-être parce que, au fond, leur relation lui rappelait ce qu’elle n’avait jamais eu : un lien évident, simple, une complicité qui ne demandait pas d’explication.
— Il commence à faire froid. Lança Miko en resserrant son écharpe autour de son cou.
— Ouais, et avec toute cette pluie, ils vont nous ramener une sacrée pagaille à la maison. Ajouta Ika en regardant son husky rouler dans l’herbe détrempée.
Charlie soupira en songeant à l’état dans lequel Lucky allait être en rentrant. Il lui faudrait un bon quart d’heure pour nettoyer ses pattes et éviter qu’il ne transforme son salon en champ de boue.
— Au fait, demain, j’aurai un nouveau chien. Annonça Ika avec un sourire en regardant Charlie.
Charlie leva un sourcil distraitement.
— Un autre ?
— Ouais, un rescue de Roumanie. Il s’appellera Shami. Il a tellement de races mélangées qu’on ne peut même pas deviner ce qu’il est exactement. Noir et blanc, un vrai mystère.
— Il a l’air adorable ! Lucky va bien l’aimer j’espère. Répliqua Miko avec enthousiasme.
— Oui, j’ai trop hâte. J’espère juste que Neo, Lona et lui s’entendront bien aussi.
Charlie écoutait à peine. Elle n’avait jamais eu grand-chose à dire sur les chiens des autres. La discussion l’ennuyait, et elle n’avait qu’une envie : rentrer. Son regard se porta vers Lucky, désormais couvert de boue et trempé. ‘’Génial’’.
Après une heure de patience, elle se leva et siffla son chien.
— Allez, mon grand, on rentre.
— À demain peut-être. Lança-t-elle à Miko et Ika, qui lui firent un signe chaleureux.
Lucky accourut vers elle, joyeux et sale. Charlie grimaça. ‘’Impossible de le mettre sur le siège avant comme ça’’. Elle ouvrit le coffre et lui ordonna de sauter à l’intérieur. Le berger s’exécuta sans protester, et elle referma sur lui. Charlie regagna sa place au volant et démarra.
Elle roula des yeux en entendant Lucky gratter contre la séparation du coffre. Il était encore surexcité de sa sortie, et maintenant qu’il était enfermé, il n’avait qu’une obsession : passer à l’avant.
— Lucky, reste tranquille ! Cria-t-elle en jetant un coup d'œil dans le rétroviseur.
Mais le chien ne l’écoutait pas. Il poussait contre la grille de séparation avec obstination, sa langue pendante et ses yeux brillants d’excitation. ‘’Putain, quelle idée d’avoir un chien aussi têtu’’.
Alors qu’elle reportait son attention sur la route, son pied s’enfonça sur l’accélérateur au moment précis où le feu passa au vert. La pluie brouillait légèrement sa vision, mais la voie était dégagée.
Jusqu’à ce qu’un éclair noir surgisse dans son champ de vision. Elle n’eut pas le temps de comprendre.
Une masse métallique jaillit sur sa droite à une vitesse fulgurante, et l’impact la frappa de plein fouet. Un choc brutal, un bruit d’explosion sourde. Son corps fut projeté violemment contre la portière, son crâne heurtant la vitre avec une force qui fit vibrer ses os.
Le crissement atroce des pneus sur l’asphalte détrempé déchira l’air, un bruit strident qui vrilla ses tympans. La ceinture se tendit brusquement contre sa poitrine, lui coupant le souffle. Sa voiture pivota dans une gerbe d’eau et de métal brisé, un demi-tour incontrôlé qui l’envoya heurter le trottoir dans un bruit de tôle écrasée.
Pendant une fraction de seconde, tout sembla se suspendre.
Ses mains tremblaient encore sur le volant, son souffle court, erratique. Un sifflement sourd envahissait ses oreilles, couvrant momentanément les sons extérieurs. Ses paupières papillonnèrent, sa vision troublée par le choc. Elle prit une grande inspiration, mais l’air peina à entrer. Sa cage thoracique était comprimée, douloureuse sous la violence du coup. Son cœur battait à un rythme frénétique, cognant contre sa poitrine comme s’il tentait d’en sortir. Elle bougea légèrement, regarda son corps, mais pas de sang sur ses vêtements. ‘’Vivante’’. Mais sonnée.
Le premier son qui lui revint fut un aboiement affolé.
— Lucky !
Elle tourna aussitôt la tête vers l’arrière. Lucky était debout dans le coffre, déséquilibré, les oreilles en arrière, mais apparemment indemne. Elle sentit une vague de soulagement la traverser, mais immédiatement, son instinct professionnel reprit le dessus. ‘’Évaluation rapide des dommages’’. Comme elle l’avait appris en cours, elle se força à analyser son propre état. ‘’Pas de vision trouble, pas de nausées, pas de douleur aiguë à la tête, plus de sifflements dans les oreilles’’. Elle bougea ses doigts, puis ses jambes. ‘’Réflexes normaux. Pas de commotion cérébrale évidente. Pas de fracture. Seulement une légère douleur au bras gauche’’, probablement due au choc contre la portière. Elle prit une grande inspiration pour calmer son cœur qui battait encore trop vite.
Elle allait bien.
Puis, elle regarda dehors. Une voiture noire, massive, était encastrée dans la sienne, son flanc droit enfoncé par l’impact. Un homme en sortit d’un geste brutal, comme s’il arrachait la portière au passage. Il était immense, une stature de géant. ‘’Trop grand’’. Son ombre, projetée par les néons et le soleil, ruisselait sur le bitume mouillé. Il devait faire au moins deux mètres, et chaque détail de son corps respirait la puissance brute. Large d’épaules, une carrure imposante, pas le genre de musculation purement esthétique des hommes qui passent leur temps en salle, ‘’non’’. Le genre de muscles façonnés par la nécessité, par des années de travail.
Sa démarche était pesée, méthodique, comme un prédateur qui sait qu’il domine son environnement. Sa chemise sombre, trempée par la pluie, collait à sa peau, révélant des lignes fermes, dessinées avec précision, un torse qui semblait avoir encaissé des chocs plus violents que celui-ci.
Son visage, un mélange de dureté et de détachement. Une mâchoire ciselée, marquée par une tension constante, des pommettes hautes et des traits qu’on aurait presque pu qualifier de beaux s’ils n’avaient pas été aussi durs, aussi fermés. Ses cheveux noirs, trempés, retombaient en désordre sur son front, des mèches collées par l’eau qui ruisselait le long de sa peau légèrement hâlée.
Mais c’étaient ses yeux qui frappaient le plus. Bleu acier, froids, incisifs, comme des lames de glace qui vous dissèquent en une fraction de seconde. Pas une once de douceur dedans. Juste du calcul, de l’irritation et un mépris à peine voilé. ‘’Putain d’ours mal léché’’, voilà ce qu’il lui inspira immédiatement. ‘’Le genre de mec qui doit penser que le monde lui appartient’’.
— Putain, la caisse ! Pesta-t-il en constatant l’état du pare-chocs avant. C’est une blague ou quoi ?!
Et évidemment, sa première réaction ne fut pas de demander si elle allait bien. Charlie resta immobile une seconde. ‘’Sérieusement ?’’. Il venait littéralement de la percuter, et ‘’tout ce qui l’intéresse, c’est sa bagnole ?’’. Elle sentit un agacement profond lui nouer le ventre. ‘’Encore un pauvre con, un mâle dominant qui doit penser que sa précieuse voiture a plus d’importance que tout le reste’’. Elle ouvrit sa portière d’un geste sec et descendit sous la pluie battante. Il parlait toujours tout seul, jurant entre ses dents, l’air furieux en détaillant l’état de son véhicule.
— T’es sérieux là ? Lâcha-t-elle sans s’en rendre compte en levant les bras.

Annotations