Chapitre 1 —Quand l’acier se souvient

6 minutes de lecture

POV Vivian (Présent)

L’air était suffocant à l’intérieur du mausolée, mêlé à un froid mordant, éclairé uniquement par la lueur tremblante des torches. Nous étions tous là, en sanglots, attendant que tout se passe bien. Pour l’instant, tout le monde était en sécurité à l’intérieur, comme si nous nous étions réfugiés au cœur de la pierre pour laisser passer la tempête.

Nous faisions tous de notre mieux pour garder notre calme, pour ne pas effrayer les enfants.

Malgré la profondeur du mausolée, nous pouvions entendre une partie du fracas à l’extérieur. Les cris nous faisaient tous sursauter.

Tout va bien, allez… me murmura ma mère dans mon dos, me serrant fort contre elle.

Mais ses tremblements ne me convainquaient pas. J’attrapai sa main pour la garder contre moi, tandis que nous restions cachées près du cercueil de ma défunte grand-mère et de son armure, posée là comme un chien de garde silencieux. Même immobile, l’armure semblait veiller sur la tombe.

Un fracas retentit soudain en haut des marches.

Ils sont là ! lança une voix bourrue, accentuée par des rires et des cris de joie derrière cette annonce.

Le silence que nous avions tant bien que mal réussi à préserver jusqu’ici se brisa aussitôt.

Les hommes qui étaient avec nous, ainsi que mon grand frère, dégainèrent leurs épées et passèrent devant nous, se dirigeant vers les marches.

Cachez-vous dans un coin, vite ! nous dit-il en passant à côté de nous.

Mais en voulant me relever, je fus prise de vertige et de nausée. Mon cœur battait la chamade comme jamais. Ma mère refusait de me lâcher. Je nous tirai toutes les deux comme je pus contre un mur de la pièce.

En relevant la tête, je vis la peur sur les visages de ceux qui m’entouraient, recroquevillés comme ils le pouvaient.

Mes mains tremblaient d’incompréhension tandis que nous restions cachées derrière un muret. Le fracas du métal s’interrompit soudain, remplacé par des cris d’angoisse, plus forts encore, mêlés à des rires sadiques.

Je serrai ma mère aussi fort que je le pouvais, comme si j’étais redevenue un nouveau-né cherchant à s’extraire de ce monde. Je me répétais que ce n’était qu’un mauvais rêve… mais en rouvrant les yeux, la seule chose que je vis fut un homme que je ne connaissais pas, nous observant avec un air malicieux par-dessus le mur derrière lequel nous nous cachions.

Venez par ici, ma jolie, dit-il avec un sourire moqueur, tandis qu’il attrapait ma mère par les cheveux pour l’arracher à mon étreinte.

Je ne lâchai pas prise, quoi qu’il arrive. Ma mère criait à pleins poumons, suppliant de rester avec moi.

Mais au moment où je crus qu’elle revenait vers moi, une ombre surgit sur ma gauche. Un coup violent s’abattit sur ma tête et me projeta contre le mur.

Un voile noir tomba aussitôt.

Puis il n’y eut plus rien…

Ma tête était tournée sur le côté, et un bourdonnement incessant emplissait mes oreilles. En tentant de reprendre mon souffle, je pris une bouffée de poussière qui me fit tousser violemment. En m’appuyant contre le mur légèrement humide, je me redressai comme je pus.

Il n’y avait plus aucun signe de ma mère.

À travers ma vision trouble, j’apercevais encore des ombres s’emparant des personnes qui s’étaient réfugiées avec nous. Je tentai de marcher en me soutenant le long du mur, chaque pas étant une lutte.

Où comptes-tu aller… lança une voix sur le côté.

Avant même que je puisse réagir, je sentis mon bras saisi. J’étais encore désorientée par mon réveil.

Une ombre me plaqua dos au mur. Une poigne se referma autour de mon cou, m’empêchant de reprendre mon souffle. Alors que l’air me manquait, je fis la seule chose que mon grand frère m’avait apprise avant même de savoir manier une épée : je levai brusquement le genou et le plantai dans l’entrejambe de mon assaillant.

Il me lâcha en poussant un cri étouffé. Je repris une inspiration désespérée, mais cela ne dura qu’un instant.

L’ombre me regarda avec haine, puis me projeta au sol. Il se plaça au-dessus de moi et se mit à me frapper. Je ne pouvais que me protéger le visage avec mes mains, encaissant les coups.

Il plaqua sa main sur ma tête, tentant de l’écraser contre le sol. Je me débattais, essayant de le mordre, de me libérer…

Et soudain, tout s’arrêta.

Le poids de l’homme se volatilisa.

En tournant la tête, je fus pétrifiée par le spectacle devant moi.

L’homme qui me maîtrisait était suspendu dans les airs, saisi par la clavicule. Il hurlait de douleur.

L’armure.

Celle qui reposait dans le mausolée.

Elle était désormais recouverte d’une lumière verte, pulsante, qui se répandait autour d’elle. Deux yeux lumineux, verts eux aussi, semblaient émerger du fond de son casque.

L’armure souleva l’homme jusqu’à ce que ses pieds quittent le sol, puis le projeta violemment contre le mur.

Le bruit de la chair et des os se fracassant résonna dans toute la pièce.

Le silence qui suivit fut plus terrifiant encore.

Son corps gisait désormais au sol, ses membres tordus dans des positions impossibles.

Prise de convulsions, je regardai l’armure se diriger vers d’autres malfrats. Certains tentèrent de fuir par les escaliers, d’autres tombèrent sous sa colère silencieuse.

Je me relevai péniblement, m’appuyant de nouveau contre le même mur.

Autour de moi, seuls résonnaient désormais les cris d’agonie dans le mausolée.

L’armure quitta l’ombre des torches et gravit les marches menant à l’extérieur.

Je ravalai ma salive tandis que des flaques de sang et des corps étaient désormais répandus un peu partout dans le mausolée. Je tentai d’aider ceux que je pouvais, tout en cherchant ma mère et mon frère.

Rien.

Peut-être à l’extérieur, pensai-je en levant les yeux vers l’imposante armure qui montait les marches.

Je la suivis, comme les autres survivants, trop choqués pour parler, trop terrifiés pour détourner le regard.

Dehors, la nuit était déchirée par les flammes et les hurlements. Trois bandits se tenaient encore devant l’entrée du mausolée, trop confiants, trop lents. Ils n’eurent pas le temps de comprendre.

Une épée apparut dans la main de l’armure, parcourue elle aussi de glyphes verts. Elle s’abattit.

Un premier corps tomba.

Puis un second.

Le troisième tenta de fuir, mais s’effondra à son tour, fauché avant d’avoir fait quelques pas.

Autour d’elle, les autres bandits prirent peur. Certains lâchèrent leurs armes, d’autres s’enfuirent dans la nuit sans même se retourner.

Je remarquai alors que la lueur verte qui parcourait l’armure faiblissait. Les glyphes gravés sur le métal pulsaient de plus en plus lentement, comme un cœur à bout de souffle.

Chaque mouvement semblait lui coûter davantage, comme si une douleur la traversait à chacun de ses gestes.

Une fois les derniers ennemis à terre, l’armure se tourna de nouveau vers le mausolée. Elle sembla hésiter, puis entreprit de redescendre les marches, comme si sa tâche était terminée.

Nous restions tous immobiles, figés par ce que nous venions de voir, retenant notre souffle à son passage.

Lorsqu’elle passa devant moi, elle s’arrêta brusquement et me fixa de sa lueur verte assoupie sous le casque.

Le silence devint total.

Je sentis tous les regards se poser sur moi. Mon cœur battait si fort que j’en avais mal.

Son arme disparut dans une fumée verte, de la même manière qu’elle était apparue. Puis elle tendit une main vers moi.

Je restai pétrifiée.

Cette main venait de massacrer des hommes. Je ne fermai pas les yeux. Je l’observai, tandis que mon cœur résonnait dans mes oreilles comme un tambour de guerre. Et pourtant… son geste n’avait rien de menaçant.

Ses doigts de métal froid se posèrent sur ma joue avec une douceur irréelle.

Une voix résonna alors dans ma tête, claire et troublée, comme venue d’un autre temps.

Elowen… c’est bien toi ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Jérémy Chapi ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0