Chapitre 3 — Tu n’es pas Elowen

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POV Vivian (Présent)

Je venais de rêver.

Ce n’était pas possible.

Alors tout ce qui était écrit dans ce livre… était vrai.

— Vite, il est là ! Dépêchez-vous, il faut l’arrêter !

En me retournant vers l’origine des cris, je vis d’autres bandits arriver en courant vers nous, armes au poing.

L’armure tourna légèrement la tête dans leur direction, puis revint aussitôt à moi, sans rompre le contact.

— Je ne pourrai pas les battre seul. Nous devons y aller, ma vieille amie. Es-tu prête ?

Il me posa la question sans même attendre ma réponse. Je ne comprenais toujours pas ce qu’il voulait dire.

L’armure s’ouvrit alors devant moi, comme un cocon que l’on déchire en deux par le centre.

— Dépêche-toi, ils arrivent.

Il m’attrapa par la main et je glissai à l’intérieur de l’armure, qui se referma aussitôt sur moi. Mon corps se figea un instant. Une peur absurde me traversa l’esprit : venais-je de me faire engloutir par un monstre ?

Pourtant, je ne ressentais aucun danger.

Je ne voyais plus qu’à travers la visière du casque. En levant les bras, je constatai que je portais désormais les gantelets de fer de l’armure.

— Attention, sur ta droite !

La voix résonna dans ma tête.

Je tournai brusquement la tête et vis une épée s’abattre dans ma direction. Mon seul réflexe fut de lever le bras.

L’épée s’écrasa contre mon avant-bras dans un choc violent qui me fit tituber sur le côté.

— Qu’est-ce que tu fais ? Défends-toi ! hurla la voix dans mon esprit.

Un autre coup d’épée s’abattit sur moi. Sans comprendre ce qui se passait, mon bras gauche se leva contre ma volonté. Une fumée noire apparut devant moi, suivie d’un fracas métallique.

Un bouclier se trouvait désormais dans ma main gauche.

Un léger vertige me saisit.

— Que t’arrive-t-il ? Tu ne vas pas faillir pour si peu.

Les bandits avaient légèrement reculé.

— Une arme magique ! s’exclama l’un d’eux.

Je me redressai avec difficulté. Quatre bandits se tenaient désormais face à moi. Je me demandais encore ce que je faisais là.

— Prépare-toi. On va rentrer dans le tas.

Une épée se matérialisa cette fois dans ma main droite.

Je respirais difficilement. Mon corps se mettait en garde sans que je le décide. Le bouclier levé devant moi, mes muscles tendus.

— Pourquoi résistes-tu ? Si nous ne sommes pas unis, nous ne pourrons pas tout donner. Prépare-toi !

J’avançai malgré moi. L’un des bandits fonça vers moi.

Je levai le bouclier.

Mon bras se tendit de lui-même et projeta l’épée en ligne droite. La lame transperça le cœur de l’homme qui se trouvait en face de moi.

Il s’effondra au sol, hurlant de douleur.

— Il n’y avait pas assez de puissance. Il faut que tu m’accompagnes, sinon nous ne pourrons pas les tuer.

Deux autres bandits foncèrent vers nous.

Je tentai de balancer l’épée dans tous les sens, plus pour les effrayer que pour attaquer. Mais je sentais que mes mouvements n’étaient pas maîtrisés, que mon corps ne m’obéissait plus complètement.

Je levai encore une fois mon bras gauche pour bloquer une épée avec le bouclier…

Tandis que ma lame frappait le flanc de mon assaillant, il s’effondra au sol en se tenant comme il pouvait le côté du corps.

Les bandits encore valides reculèrent légèrement. Je levai mon épée. Alors que je m’apprêtais à l’abattre sur l’homme à terre, je criai :

— Arrête !

Mais le geste était déjà parti. Malgré mes efforts pour le retenir, la lame s’abattit.

La tête de l’homme roula sur le sol.

Je restai figée.

Une bile acide remonta dans ma gorge. Les bandits demeuraient immobiles, pétrifiés par la scène. L’armure voulut avancer pour les achever, mais cette fois je fis tout ce que je pus pour ne plus bouger.

Les survivants prirent la fuite sans demander leur reste.

Le silence qui s’installa dans mon esprit, alors que je restais figée, incapable de remuer le moindre muscle, me parut une éternité. Le bouclier et l’épée disparurent dans une fumée noire.

Puis, comme pour briser ce silence après la bataille, la voix résonna de nouveau.

— Tu n’es pas Elowen.

Il y avait du dégoût dans son ton.

D’un coup, ma vision, prisonnière de la visière, se dissipa. Je fus projetée au sol, violemment.

La boue, mêlée au sang du cadavre étendu à côté de moi, se colla à ma peau. En me redressant péniblement, je pris conscience des corps autour de moi… et du sang qui maculait mes mains.

Je vomis ce qu’il me restait dans l’estomac.

En m’essuyant maladroitement la bouche, je regardai derrière moi.

L’armure se tenait debout. Toute lueur verte avait disparu. Elle semblait me juger une dernière fois… avant de basculer en arrière et de s’effondrer lourdement sur le sol.

Plusieurs villageois me rejoignirent tandis que j’étais encore recouverte de boue, prenant soin de contourner l’armure et les cadavres étendus au sol. Des tremblements incontrôlables me saisirent alors que l’on tentait de me rassurer, me répétant que tout allait bien à présent.

Notre voisine s’approcha et me prit dans ses bras, m’aidant à me relever malgré mes jambes flageolantes.

En levant les yeux vers le village, nous pouvions voir plusieurs maisons en flammes. Nous y retournâmes timidement, constatant avec effroi, sur le chemin, les corps de plusieurs hommes du village tombés en tentant de le défendre.

Partout, les survivants s’affairaient à aider comme ils le pouvaient, soignant les blessés, appelant les disparus, tentant de sauver ce qui pouvait encore l’être.

Les bandits semblaient être partis. Après avoir saccagé le village et tué tant de gens… étaient-ils satisfaits ?

— Elowen, tu es là ?

J’entendis une voix m’appeler au coin de la rue. En me retournant, je vis un homme traînant mon père sur son épaule.

Je me précipitai vers eux.

— Papa, tu vas bien ?

En le voyant de plus près, mon cœur se serra. Il avait perdu sa main gauche et était couvert de profondes blessures par lesquelles le sang s’écoulait abondamment. Il toussait violemment.

— Dépose-le ici, dis-je en désignant un tas de foin qui me permettrait de m’occuper de lui.

Une fois mon père allongé, je remerciai l’homme, qui repartit aussitôt aider ceux qui en avaient besoin.

Je fis ce que je pus, récupérant des morceaux de tissu pour comprimer les plaies et tenter de ralentir le saignement.

— Ils ont emmené tout le monde… murmura mon père avant de cracher une gerbe de sang.

— Ils les ont traînés dans des chariots et sont partis… insista-t-il.

— Arrête. Ne parle plus. Repose-toi maintenant, lui dis-je en tentant de retenir mes larmes.

La nuit fut longue et éprouvante. Lorsque j’eus enfin fini d’aider ceux que je pouvais, je m’effondrai contre le mur d’une maison, incapable de tenir plus longtemps.

Une lumière m’éblouit tandis que j’étais appuyée contre le mur d’une maison. L’aurore se levait lentement, agressant mes yeux fatigués, tandis que ma tête me faisait terriblement souffrir.

En me redressant avec difficulté, je constatai avec horreur que tout cela était bien réel. Ce n’était pas un rêve dont j’aurais pu me réveiller.

En me retournant, je réalisai que mon père n’était plus allongé sur le tas de foin où nous l’avions déposé.

Une angoisse sourde me saisit.

Je me dirigeai vers le puits du village, espérant trouver quelqu’un qui l’aurait vu.

— Ton cousin l’a emmené chez lui, me dit la vieille dame.

Je la remerciai d’un signe de tête avant de partir aussitôt.

En longeant la rue, je constatai l’ampleur du désastre. Des maisons étaient vandalisées, d’autres entièrement brûlées. Les traces de la nuit étaient partout.

Arrivée devant la maison de mon cousin, j’entrai sans frapper. Une partie de la famille était rassemblée à l’intérieur. Mon oncle et ma tante m’accueillirent en pleurs, les bras ouverts.

Je me rendis immédiatement au chevet de mon père. Il était encore en très mauvais état, mais à ma vue, il reprit faiblement conscience.

— Je les ai vus… murmura-t-il. Ils sont partis vers le nord avec leurs charrettes. Il faut y aller… les récupérer.

Il pouvait à peine bouger.

En me retournant, je vis les visages fermés de ma famille. Leurs poings étaient serrés, comme s’ils s’étaient déjà résignés.

Je réalisai alors que je ne voyais personne d’autre de ma famille. Personne… à part mon père et moi.

Des larmes me montèrent aux yeux tandis que ma tante me prit dans ses bras.

— Ton grand frère est mort, dit mon cousin d’une voix brisée.

Mon frère… celui qui avait tenté de nous protéger dans le mausolée… n’était plus de ce monde.

Un vertige violent me saisit. La nausée remonta aussitôt.

J’étais impuissante.

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