Chapitre 4 — Ceux qui attendent

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POV Elowen (Passé)

Tandis que je descendais le long de la falaise à l’aide de la corde, je profitai du paysage qui s’offrait à moi. La forêt luxuriante s’épanouissait en contrebas, nourrie par une magnifique cascade dont le grondement lointain donnait à l’endroit une impression de vie permanente. Je commençais à comprendre pourquoi un peuple ancien avait choisi de s’installer ici.

— On peut descendre, Elowen ? demanda mon cartographe depuis le haut de la falaise.

— Pas encore. J’y arrive bientôt, répondis-je en reprenant ma descente.

Une fois arrivée à hauteur des ruines, je me balançai dans le vide au bout de la corde afin d’atteindre la structure accrochée au flanc de la falaise.

— Fais attention ! Nous ne survivrions certainement pas à une chute ! prévint Atlas.

Malgré le précipice, bien plus bas que n’importe quelle construction humaine connue, je continuai à me balancer jusqu’à poser délicatement le pied sur la pierre usée des ruines.

Sans attendre, je dégainai l’épée magique dans ma main et observai les alentours.

Passé les piliers donnant directement sur le vide, je découvris une vaste ouverture ornée de colonnes, dont la moitié s’était effondrée avec le temps. Je pris quelques instants pour m’assurer qu’aucune créature ne logeait dans ces lieux abandonnés, avant de revenir vers l’entrée et d’attacher solidement la corde à un poteau encore debout.

— C’est bon, vous pouvez y aller ! criai-je à mon équipe.

Je tendis ensuite la main devant moi.

— Atlas, tu pourrais…

Avant même que je termine ma phrase, une petite boule de feu apparut au creux de ma paume.

— Merci, lui répondis-je.

Tandis que j’observais la grande salle plus en détail en attendant que le reste de l’équipe me rejoigne, je pouvais déjà distinguer sur les murs des fresques presque magnifiques, bien que tristement brisées par le temps.

— Elowen, par pitié, viens m’aider… supplia mon cartographe, qui venait tout juste de descendre mais n’osait pas encore lâcher la corde.

Je soupirai intérieurement et me dirigeai vers lui pour l’accompagner sur les derniers mètres jusqu’au sol.

— Il ne fallait pas venir si tu avais le vertige, lui dis-je tandis qu’il reprenait son souffle.

— Moi aussi, j’ai envie de voir tout ça de mes propres yeux, répondit-il en s’accrochant encore à la corde, la voix légèrement tremblante.

Je l’aidai à poser enfin les pieds sur la pierre, avant de me tourner vers les autres membres de l’équipe pour les assister à leur tour.

— Ah… pourquoi faut-il toujours que ce soit dans des endroits impossibles d’accès ? râla ma tête de boulet pendant que je le soutenais.

— Tu sais très bien que les ruines les plus difficiles d’accès sont souvent les moins convoitées, lui répondis-je calmement.

La lumière se refléta un instant sur son crâne chauve tandis qu’il hochait la tête, résigné. Derrière lui, la prêtresse et un autre collègue sautèrent avec aisance à l’intérieur des ruines.

Une boule de lumière apparut alors dans les mains du cartographe, éclairant la pièce bien plus intensément que ma simple boule de feu. Les ombres reculèrent, révélant deux magnifiques statues dressées au fond de la salle, ainsi qu’une multitude de couleurs encore visibles sur les murs.

— Magnifique… c’est bien un temple de Diasipér, murmura la prêtresse.

Chacun se mit aussitôt à sa tâche. Ma tête de boulet s’occupa de surveiller les alentours et de dégager le passage, tandis que le cartographe identifiait les lieux et traçait une carte détaillée. De notre côté, nous fouillions l’intérieur, regroupant soigneusement chaque objet trouvé.

Chaque artefact était nettoyé avec précaution, identifié, puis mis de côté.

— Pourquoi fais-tu tout cela ? demanda Atlas, sa voix résonnant dans mon esprit.

— Je te l’ai déjà dit. C’est pour comprendre ce qui s’est passé, lui répondis-je en dépoussiérant un objet ancien, avant d’y infuser un peu d’énergie pour voir s’il réagissait.

— Et puis… je ne t’aurais jamais trouvé si je n’avais pas cherché à connaître le passé.

Atlas resta silencieux après cela.

Je continuai mon observation, attentive. La journée était passée à toute vitesse, si bien qu’il faisait à présent nuit noire à l’extérieur. Nous décidâmes de monter le campement à même les ruines, maintenant qu’une partie avait été dégagée et nous permettait d’installer nos sacs et un feu de camp.

Tête de Boulet se chargea de préparer la cuisine tandis que nous finissions l’installation. Mais des chutes de pierres, au niveau de l’ouverture donnant sur la falaise, attirèrent mon attention. Mon compère les remarqua également.

Je posai la main sur l’épaule du cartographe et de la prêtresse.

— Mettez-vous au fond de la salle.

Avant même que je termine ma phrase, plusieurs cordes apparurent à l’extérieur, en mouvement. Des silhouettes descendaient le long de la falaise.

Une dizaine d’humains, pour la plupart encapuchonnés, apparurent bientôt face à nous. Tête de Boulet attrapa aussitôt sa masse d’armes dans son sac et se plaça devant nous.

— Il semble que nous interrompions votre repas ? demanda l’homme qui se tenait en tête du groupe, manifestement leur chef.

— Que venez-vous faire ici ? demanda clairement mon compagnon.

— Oh, nous voulons simplement tout ce qui a de la valeur. Ensuite, nous vous laisserons tranquilles et repartirons comme nous sommes venus, répondit-il.

Derrière lui, son groupe éclata de rire. Certains posaient déjà sur moi et sur la prêtresse des regards lourds, dénués d’ambiguïté.

— Vous arrivez un peu trop en avance, messieurs. Nous n’avons encore rien découvert de valeur, répondis-je en me plaçant devant mon groupe, tandis que l’homme me détaillait de la tête aux pieds.

— Pourtant, il me semble bien voir deux objets de valeur face à moi, répondit le bandit avec un sourire entendu.

Je tournai légèrement la tête vers mon équipe. Ils comprirent immédiatement que la situation venait de basculer et saisirent leurs armes.

— Atlas… demandai-je mentalement.

Mon armure légère se dissipa aussitôt dans une fumée noire. Ma vision s’assombrit un instant, puis le poids familier de l’armure lourde intégrale se posa sur mon corps. Les glyphes verts s’illuminèrent le long du métal.

Je repris mon souffle, puis dégainai mon épée et brandis le bouclier devant moi, laissant seulement dépasser ma tête afin d’observer nos adversaires et de protéger mon groupe derrière moi.

— Je ne me lasserai jamais de ce spectacle, lança Tête de Boulet derrière moi.

Face à nous, les bandits dégainèrent leurs épées et leurs dagues. Le chef, lui, esquissa un léger sourire.

— Nous avons touché le jackpot… une armure magique.

Le statu quo s’installa. Personne ne bougeait.

Je jetai un regard au cartographe, qui comprit immédiatement. Je pris une grande inspiration, puis m’élançai.

Une vive lumière jaillit dans mon dos, aveuglant nos adversaires. Je chargeai aussitôt, bouclier en avant, percutai le chef des bandits et le projetai à la renverse.

Un coup d’épée arriva vers moi. Malgré l’encombrement apparent de l’armure, je me penchai légèrement pour l’éviter et embrochai son porteur d’un geste net.

Tête de Boulet se trouvait à ma gauche. Il écrasa la tête d’un bandit avec sa masse tandis que je continuais d’avancer, bouclier en avant, frappant sans hésitation tout pillard qui s’exposait sur mon flanc droit.

Leur chef, projeté au sol par ma charge, se releva péniblement tandis que nous continuions d’avancer progressivement. Derrière moi, mon compère tira plusieurs flèches pour empêcher les bandits de nous contourner par la gauche ou par la droite. De mon côté, je bloquais sans difficulté les couteaux lancés dans leur direction.

Leur chef tendit soudain la main et nous lança une boule de feu mineure.

Ce fut sa dernière erreur.

Je chargeai, bouclier en avant, encaissant l’impact de la flamme sans ralentir. Je m’arrêtai juste devant lui et transperçai son cœur d’un coup net. Son corps s’effondra à mes pieds tandis que je me retrouvais au milieu des pillards.

— Attention sur ta droite, prévint Atlas.

Je le laissai guider mes mouvements, l’accompagnant sans jamais lui abandonner le contrôle. J’évitai le marteau de guerre qui s’abattait sur moi, puis, dans une pirouette fluide, frappai l’homme à la tête avec le pommeau de mon épée.

Je repris aussitôt la formation avec mon groupe, me dégageant de la mêlée. Je redressai mon bouclier face aux pillards, tel un mur qu’ils ne pourraient jamais franchir.

Le doute se lisait désormais dans leurs yeux. Leur chef gisait au sol, agonisant, et le temps semblait suspendu.

Plusieurs d’entre eux lâchèrent leurs armes. D’autres se précipitèrent vers les cordes pour fuir.

— Devons-nous les tuer ? demanda Atlas.

— Inutile. La mort de leur chef les a suffisamment découragés pour qu’ils n’osent plus combattre, répondis-je calmement.

Tête de Boulet s’apprêtait à avancer, emporté par l’adrénaline. Je le bloquai aussitôt avec mon bouclier pour l’empêcher de poursuivre.

Je fis un simple signe de tête en direction des pillards.

Les survivants reprirent les cordes, abandonnant derrière eux une partie de leurs armes… et les corps de ceux qui n’avaient pas eu le temps de fuir.

— Pourquoi les épargner ? Ils pourraient très bien revenir nous attaquer dans la nuit, me dit Tête de Boulet.

— Il est préférable de leur laisser une issue plutôt que de leur offrir une mort certaine, qui ne ferait que les pousser à se battre par désespoir, répondis-je calmement.

Je rangeai mon épée.

— De plus… j’ai mes enfants qui m’attendent à la maison.

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