Chapitre 6 — Ce n’était pas un choix

5 minutes de lecture

POV Elowen (Passé)

Tandis que je tenais le dernier de mes enfants dans les bras — il venait tout juste d’apprendre à marcher, mais ne manquait jamais de s’agiter — ma grande fille s’approcha de moi en courant pour me montrer l’un de ses jouets, un petit cheval en bois.

— C’est un cheval, un cheval ! dit-elle en riant de tout son cœur, avant de me le tendre pour que je le récupère.

Je m’assis au sol pour les laisser jouer tous les deux, tout en gardant un œil attentif sur eux. Profitant de cet instant de calme, je saisis l’un des livres que j’étudiais encore régulièrement, parcourant les nombreuses runes et glyphes que j’avais découverts au fil de mes explorations, cherchant à comprendre cet art oublié.

— Dis, tu ne pourrais pas m’aider, ne serait-ce qu’un peu ? demandai-je à Atlas.

La tiare que je portais sur la tête s’illumina alors d’une faible lueur verte. Mon petit leva aussitôt les yeux, intrigué, puis me tendit les bras en babillant.

Je reposai le livre et l’attrapai contre moi. Il chercha aussitôt à saisir la tiare, attiré par la lumière.

— Non. Je ne possède aucune information à ce sujet, répondit Atlas de sa voix monotone.

Mon fils, dans mes bras, sembla surpris. Il tourna la tête de droite à gauche, comme s’il cherchait quelque chose, tandis qu’un léger claquement se fit entendre dans la pièce d’à côté.

— Serait-il possible qu’il t’entende ? demandai-je, intriguée.

— Possible, en cas de contact direct.

Au vu de la réaction de mon fils, il était évident qu’il pouvait percevoir Atlas. Je lui fis lâcher ma tiare, puis l’embrassai sur la joue.

— Petit chenapan, dis-je en soufflant de l’air sur son ventre, ce qui le fit rire aux éclats.

— Deuxième enfant disparu, constata Atlas.

Je me relevai aussitôt, mon fils toujours dans les bras, et passai dans la pièce d’à côté. Je constatai alors que mon mari venait de rentrer, portant notre fille contre lui.

— Comment vas-tu, chéri ? demandai-je en m’approchant pour l’embrasser.

— Ça va. La matinée a été légèrement dure, répondit-il.

Il reposa notre fille, qui partit aussitôt à sa suite, tandis qu’il se dirigeait vers la cuisine. Je déposai mon petit au sol ; il se mit à trottiner à son tour vers son père.

— Le forgeron est passé. Il a ferré les chevaux de ton côté. Tout s’est bien passé.

— Oui, ils ont été étonnamment sages. J’ai même pu faire deux ou trois courses au marché pour acheter un peu de viande, répondis-je en l’attrapant par derrière tandis qu’il se lavait les mains dans le seau.

Nous installâmes la table pendant que les enfants jouaient un peu ensemble.

— Les récoltes sont prometteuses cette année. Nous devrions commencer dans deux semaines, dit-il.

Je posai les assiettes et amenai la soupe encore chaude sur la table, tandis qu’il attrapait les enfants pour les installer.

Nous profitâmes ensemble de ce repas agréable, ces moments de convivialité que j’appréciais tant, pendant que je faisais de mon mieux pour aider le plus petit à manger sa soupe.

Mais un bruit de cloche nous interpella. Ce n’était pourtant pas celle du village.

Nous sortîmes pour comprendre d’où venait ce son. La plupart des habitants semblaient déjà avoir répondu à l’appel de cette cloche lointaine.

En regardant plus attentivement, j’aperçus quatre cavaliers s’approcher. Ils portaient l’étendard de la Cathédrale-Cité d’Atlantide, au sommet duquel pendait une cloche qui résonnait au rythme des pas des chevaux.

— Ce n’est pas bon signe, dis-je à mon mari.

Une fois arrivés au centre du village, près du puits, l’homme qui portait l’étendard le planta au milieu de la place. L’un des cavaliers mit pied à terre et déclara, la main posée sur le cœur :

— Le pays est attaqué par le royaume de Gargiga. La Reine appelle ses loyaux sujets à protéger la nation et à prendre part à la guerre !

Mon chéri se tourna vers moi alors qu’il tenait notre fils dans les bras, tandis que ma fille se pressait contre ma jambe.

Sans dire un mot, je rentrai dans la maison. Mon corps agissait déjà avant même que mon esprit n’ose formuler la décision. Je préparai un sac, y glissant le strict nécessaire pour le voyage.

— Que fais-tu ? demanda-t-il en me rejoignant, tentant de dissimuler l’angoisse qui nouait sa voix.

— Tu l’as entendu… Je dois y aller.

Ma fille se serra davantage contre moi et commença à pleurer doucement tandis que je terminais de fermer mon sac.

— Tu ne peux pas partir comme ça ! As-tu pensé à nous ? Aux enfants ? dit-il en posant une main chaude et tremblante dans mon dos.

Je pris ma fille dans mes bras. Elle avait compris, elle aussi.

— Je peux y aller à ta place, déclara-t-il soudainement, bien qu’il ne connaisse rien à ce monde.

— Tu mourrais si tu y allais, répondis-je en me retournant pour lui faire face, tandis que ma fille m’agrippait au cou.

— Et toi, alors ? lança-t-il, la voix brisée.

Je m’approchai de lui et l’embrassai tendrement, nos enfants toujours serrés contre nous.

— Tu es un fermier, mon amour… Moi, je sais ce que ce monde implique.

Je lui tendis notre fille pour qu’il la prenne dans ses bras, passai la sangle de mon sac sur mon épaule et me dirigeai vers la sortie. Je me retournai une dernière fois vers eux.

Une fumée noire m’enveloppa alors entièrement. Lorsqu’elle se dissipa, mon armure se révéla dans toute sa complétude.

— Je reviendrai, quoi qu’il arrive… parce que je vous aime.

Je sortis sans me retourner davantage. Si je m’étais arrêtée une seconde de plus, je savais que je n’aurais pas eu la force de partir.

Dehors, l’air semblait plus lourd. Les regards des villageois se posèrent sur moi en silence. Personne ne parla. Certains baissèrent les yeux, d’autres joignirent les mains comme pour une prière muette. Tous savaient.

Je pris l’un des chevaux dans l’écurie et l’équipai de sa selle. En le sortant, je vis mon mari me regarder. Dans ses yeux, je pouvais lire la peur de me perdre.

En posant le pied à l’étrier, je sentis le poids réel de l’armure tirer sur mes épaules, bien plus lourd que je ne me l’étais imaginé. Ce n’était pas seulement du métal. C’était une responsabilité.

— Je les protégerai, murmurai-je, sans savoir si je m’adressais au monde… ou à moi-même.

Je montai en selle et rejoignis les quatre autres silhouettes déjà prêtes à partir, tandis que quatre autres personnes du village semblaient nous accompagner.

Mon mari s’approcha une dernière fois de moi, me rappelant la dure réalité de mon départ. Il ne prononça pas un mot et me tendit nos enfants pour que je les embrasse une dernière fois avant de partir, me serrant légèrement le cœur.

— Reviens-nous vite, dit-il simplement.

Son regard devint plus calme, presque compréhensif. J’acquiesçai sans un mot de plus.

Aucun d’entre nous ne parlait. Seule la cloche attachée à l’étendard résonnait encore, battant le rythme de nos pas.

Lorsque nous quittâmes le village, je jetai un dernier regard en arrière. La maison disparaissait peu à peu derrière les arbres, avalée par la distance.

Avec elle, une vie que je laissais volontairement derrière moi.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Jérémy Chapi ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0