Aquila
Où se meurent les débris de son âme, semblables aux pétales asséchés de ses maux, débute l'inexorable chaos.
Aquila !
Dans mes rêves ne subsiste que la fragrance, fugace, de ta peau. Suave, comme l'arôme de tes maux.
Géhenne enflammée ; au gré des battements de mon cœur glacé se brisent les hurlements infernaux. Dans mon esprit – et ma folie – ne demeure que l'écho de tes mots.
Mots d'amour ; je t'haine, mon insubmersible tourment.
À l'aurore se heurtent les chœurs du diable contre les rochers d'argent. Le cri strident de mes souvenirs ardents. Comme la brûlure de ton derme sous mes doigts quémandant.
Je l'entends encore, ton plaisir en de faibles gémissements. Tes caresses sur mon être fragile – si docile, ton Ange gracile – comme des réminiscences subtiles.
J'ai chéri tes lèvres, espéré tes baisers jusqu'à l'aliénation de mon âme en perdition. Pourras-tu, dans l'ombre de ma vie, redevenir la lumière de mes chimères ? J'ai semé les graines de mes remords, engendrant la haine et cette petite mort. Si l'affliction dépasse l'affection, Aquila, que devient-on ?
Ta stèle est semblable à l'éclat de tes iris. Mon adonis.
J'ai déployé mes ailes, un envol pour une nuit frivole. Nectar acidulé sur ma langue, j'ai pansé chacune de tes plaies pour un instant de paix, ou ce funèbre moment lorsque s'écoulaient les larmes de nos secrets.
Dans la nuit ne régnait que cette envie de briser l'ennui. Jusqu'à laisser déferler l'éther, s'engouffrer la terre et ce relent amer d'une relation où ne triomphe que l'abomination. Sens-tu, sous la pulpe de mes doigts, céder les pulsations de nos si viles tentations ? Où est passée notre brutale passion ? Elle a pleuré des perles de sang lorsque disparaissaient nos âmes d'enfants.
J'ai déposé les fleurs du mal, si douloureuse étreinte, sur ta tombe éteinte.
Le marbre se fissure.
Comme mon cœur,
Aux nombreuses cassures.
Accorde-moi une dernière faveur !
Aquila !
Pars avec moi.
Dans l'infini, je serai à toi.
J'ai omis ces éraflures,
Sur mon corps s'étale la froideur,
De ma mort et ma rancœur.
On se reverra lors de l'ultime brûlure.
Où se reposent les martyrs et ses réminiscences, telles les plumes acérées de mon Aquila, demeurera mon être délaissé.
D'horreurs et de peine, je crois que je l'haine, ton âme qui saigne.

Annotations