Requiem
Deadly...
Sous les racines de mon arbre fatigué, je me bercerai de ces mots oubliés. De ceux effacés, évaporés dans un souffle de vent, semblables aux volutes de fumée de cette cigarette qui me brûle les doigts bien trop souvent. Le filtre s'est enflammé, je l'ai laissé s'envoler. Dans l'ombre de ma vie, je l'observe disparaître, comme ces larmes qui ne perlent plus sur mes joues creusées. Je crois que j'ai déjà trop pleuré, pour ce passé, ce présent, et ce vide que mon âme a vu s'engouffrer.
Devenu abysse, mon cœur se morfond, du soir au matin, de l'est à l'ouest, dans le noir d'un désespoir qui me laisse choir. Jusqu'à toucher le fond, le tréfonds ; mon esprit fait des bonds. Prisonnier d'un corps vêtu de lambeaux de peau, d'os brisés ou souillés – telle ma rose fanée que je fixe agoniser. Elle a connu la douleur et les peurs, les larmes et les armes. Dans un monde idéalisé, elle a rêvé d'épines bien plus acérées. Capables de battre l'atrocité, mais le mal a trop souvent triomphé. Répandant, sur une terre asséchée, les bribes d'un amour poussière, d'une vie de misère et d'un cœur de pierre.
Devenu glace, le sang dans mes veines cesse de s'écouler. Froid, comme le temps d'hiver et de mes souvenirs d'hier. J'ai tenté d'admirer, ce vaste monde, si beau – j'avais probablement mis des œillères. Il est si sombre, si plat, comme l'électrocardiogramme qui se meurt au rythme des pulsations de mon cœur. J'ai espéré l'accalmie, lorsque, dans l'ombre naissait l'étoile du berger. Celle que j'ai passé, de longues heures, à examiner. J'ai dessiné sa lumière, croqué ses rais de pureté, mais la noirceur s'étale plus vite encore que l'écho de mes maux.
Sous mon saule épuisé, je laisserai mes yeux s'éteindre. Et, la brûlure, cette souffrance qui ne cesse de m'étreindre.
Je mourais – et subissais – au rythme de leurs blessures criminelles.
Mon âme périt au chant, envoûtant, d'une berceuse mortelle.
Il ne restera, sur l'autel, que des cendres et cette triste ritournelle.
Symphonie cruelle.
... lullaby !

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