Prologue
Cette histoire est celle d’un démon, et de comment il a finit par sombrer seul dans le désespoir.
Le vent soufflait sur la vallée. Quand elle rouvrit enfin les yeux, seul le bruit des fleurs flottant au gré du souffle de l’air résonnait dans ses oreilles. Elle se leva lentement, sonnée, clignant lentement des yeux comme pour s’habituer à la lumière tapante d’un crépuscule de printemps.
Le soleil était au plus bas et ses rayons donnaient au ciel cette couleur rougeâtre si spéciale. Elle observa les alentours, émerveillée par ce spectacle. Elle se trouvait au milieu d’un magnifique champ de roses rouges s’étendant à perte de vue. Les nuages avaient revêtis cette couleur envoutante, contrastant avec le paysage qu’elle avait sous les yeux.
Que faisait-elle ici, en plein milieu de nulle part ? Seuls les dieux le savaient. Elle prit alors une rose et l’arracha délicatement du sol, prenant soin de ne pas toucher ses ronces. L’approchant de son visage, elle inspira, comme pour s’imprégner de son odeur.
Les yeux brillants de la jeune fille commencèrent à la scruter, observer ses moindres détails, comme si c’était la première fois qu’elle en voyait une.
Elle se mit alors à pousser un cri strident. La rose était tachée de sang, tout comme ses mains. Elle recula alors brusquement, la gorge nouée, fixant le liquide rouge coulant sur son bras.
La femme trébucha alors et tomba à la renverse sur les fleurs, allongée. Elle pouvait observer ce spectacle magnifique, les pétales des fleurs cachaient une partie du ciel, tout en mettant en valeur les quelques rayons du soleil qui arrivaient à se faufiler entre ceux-ci. Mais ces plantes pourtant si belles ne tardèrent pas à la piquer, les ronces se frottant à sa peau.
Elle se leva rapidement, la peau lui brûlant sous l’effet des piqûres. Elle s’avança lentement vers la chose qui l’avait fait tomber, une roche, sûrement. C’est alors qu’elle comprit que quelque chose n’allait pas.
Son sang ne fit qu’un tour. Le cadavre d’une jeune femme gisait entre les fleurs, les yeux grands ouverts, fixant le vide plus intensément que jamais. Si on se fiait à son expression désemparée, elle n’était certainement pas morte sans douleur.
La jeune fille regarda ses propres vêtements et remarqua qu’elle portait exactement les mêmes que ceux du cadavre ; une armure d’écailles en fer surplombant un hanfu martial rouge avec un pantalon ample. Elle défit le cadavre de son armure tout en faisant attention à ne pas se tacher de sang, pour mieux comprendre ce qu’il se passait.
Une rose noire était brodée derrière la tunique croisée rouge. Ce symbole lui disait vaguement quelque chose, mais quoi ?
Elle leva la tête et observa plus attentivement les alentours, avançant lentement au beau milieu de ce champ s’étendant à perte de vue. Elle cherchait au milieu de ses milliers de fleurs rouges d’autres cadavres, elle voulait savoir ce qu’il s’était passé.
Malheureusement, elle ne fut pas au bout de ses surprises quand elle vit des dizaines de corps gisants entre les fleurs tachées de leurs sang. Comment ses soldats sont-ils tous morts, que faisait-elle aussi parmi eux, vêtus comme eux ? Faisait-elle partie de ce groupe d’individus, et si oui, pourquoi avait-t-elle survécu alors que tous les autres avaient tous été emportés par la mort ?
La jeune femme comprit rapidement qu’elle allait devoir attendre pour avoir plus de réponses.
- Ça va, demanda la voix d’un homme derrière elle ?
Elle sursauta, avant de pousser un soupir de soulagement, ce n’était qu’un simple marchand.
Il était vêtu d’une longue robe bleue lui arrivant jusqu’aux chevilles. La main posée sur l’épaule de la jeune femme, il la regardait avec attention. Il lui tendit le bras, par signe de respect, avant de commencer :
- Je suis Pànzi, marchand de père en fils, et vous êtes ?
La jeune femme cachait son corps plein de sang. Elle était complètement perdue, elle ne savait pas quoi répondre.
-Je… je ne sais plus.
Le jeune marchand parut perdu.
- Une perte de mémoire, demanda-t-il ? Et vous ne vous souvenez de rien d’autre ?
Elle secoua la tête de gauche à droite, comme pour répondre à sa question.
Le jeune homme parut surpris, et se rapprocha encore de la femme.
- Il y a écrit quelque chose sur votre épaule gauche, assura-t-il. NUÒ ĚR WĒN, ou Nolwenn, c’est bien ton nom ?
Le vent se leva sur la vallée, emmenant les pétales de roses virevoltant dans les airs.
- C’est magnifique, dit Nolwenn, fixant ses pétales roses dansants au gré du vent.
Elle tendit la main pleine de sang, attendant qu’un de ces pétales se pose sur celle-ci, les yeux brillants d’un éclat si particulier. Elle sauta alors pour en attraper un, et rouvrit les mains pour observer ce qu’elle avait découvert, sans rien voir. Elle parut surprise, un peu énervée même.
Pànzi, qui n’avait pas quitté la jeune femme des yeux se mit à rire à gorge déployée.
- Viens, assura-t-il. Je vais nettoyer tes mains, comment un pétale venant d’une si belle fleur voudrait se poser sur des mains sales ?
Nolwenn acquiesça timidement.
- Mon chariot à boeufs se trouve à une vingtaine de mètres, plus haut sur cette colline, suis-moi.
En effet, une route était cachée du point de vue de Nolwenn, étant plus haute sur la colline.
Pànzi sortit alors tout son matériel à vendre et chercha dans les caisses de catégorie nettoyage, avant de frotter les mains de la jeune femme pendant plusieurs minutes.
Il lui raconta d’où il venait, en quoi consistait son travail, ses passions, et elle écoutait avec la plus grande attention sans le quitter des yeux.
- Après, si tu n’as nulle part où aller, tu pourrais me suivre, non, demanda Pànzi ? Je veux dire, où vas-tu passer la nuit, comment vas-tu retrouver du travail ?
- Je préfère chercher, assura-t-elle avec conviction.
- Que vas-tu chercher ?
Elle leva la tête, regardant les pétales passer au dessus d’eux, dansant au gré du vent.
- Moi.
- Et voilà, dit le jeune homme. Les voilà toutes propres. À voir si les pétales veulent bien de toi maintenant.
Nolwenn baissa la tête pour les observer, sa respiration se coupant pendant une fraction de seconde. Le dos de sa main droite était tatoué d’une rose noire, la même que celle qui était brodée sur les tuniques des cadavres.
Plus elle fixait ce tatouage, ses traits, plus sa vision se troublait. Elle arrivait à distinguer une vague image d’un sabre transperçant une guerrière en pleine gorge. Celle-ci la regardait dans les yeux, traduisant un mélange de pitié, d’horreur et d’incompréhension.
Elle regarda ses mains pleines de sang : c’était elle qui tenait l’épée.
- Pourquoi, demanda faiblement la victime ? Pourquoi a-t-il fallut qu’il te choisisse…
Elle sentit une larme couler le long de sa joue. Que s’était-il réellement passé ? Pourquoi avait-elle survécue ? Qui était-elle ?
- Nolwenn, dit Pànzi passant sa main devant les yeux de la jeune femme ? NUÒ ĚR WĒN, Tu m’entends ?
- Oui, dit-elle reprenant peu à peu ses esprits. Ça va…
Qu’était-ce ? Une vision ? Un cauchemar ? Ça avait l’air pourtant si réel.
Elle se tourna lentement, observant le soleil se coucher, laissant apparaître les premières étoiles du soir.
- Tout compte fait, commença la jeune femme… je n’ai nulle part où aller, et un peu de compagnie me ferait le plus grand bien.
Un grand sourire se dessina sur le visage du marchand.
- Alors allons-y, il commence à se faire tard.
Nolwenn jeta un dernier coup d’oeil aux cadavres du champ de roses, aux pétales flottant dans les airs, à la toute petite partie du Soleil qui illuminait encore la vallée. Elle se demandait si au final, il ne fallait pas mieux qu’elle n’en sache pas plus, au lieu de savoir ce qui s’était réellement passé.

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