Chapitre 20 - Felix
1er octobre – 2 heures 12
Kyoto
Suhua soupire et je sens son corps se détendre contre le mien. Elle pense vraiment que je l’abandonnerai ? Il me semblait pourtant avoir été clair sur le fait que je l’aimais, et que je resterai avec elle. Pourquoi a-t-elle si peu confiance en moi ?
Non.
Ce n’est pas un manque de confiance, me sermonné-je. Arrête de ne penser qu’à toi.
Elle a peur de se faire abandonner, merde, quand est-ce que mon cerveau le comprendra ? Pourquoi faut-il toujours que je mette quinze ans avant d’y repenser ? C’est normal qu’elle s’inquiète de mon absence, ce n’est pas un manque de confiance, mais un automatisme. Après avoir subi tous les abandons et toutes les mises de côté par sa famille, il est logique qu’elle reste méfiante là-dessus. Elle avait même peur de s’attacher à moi au tout début.
Je la serre contre moi et embrasse son front.
Je sens les mains froides de Suhua se poser sur mon torse, où elle s’amuse à planter ses doigts dans mes abdos ou à appuyer très fort sur mes pectoraux. Je hausse un sourcil mais la laisse faire, me demandant un instant si, là, elle souhaite aller plus loin que juste des câlins-bisous.
Est-ce qu’elle veut… non ?
Suhua s’arrête et se repositionne pour dormir.
Ah ok. Non. C’était juste un câlin. Respire, Felix.
C’est quoi cet esprit mal placé, là, sérieusement…
Ma petite amie n’arrête pas de bouger en soupirant, et elle finit par recommencer à jouer avec mon torse.
On a déjà vu des jeux plus passionnants quand on s’ennuie.
Je m’apprête à lui demander si elle ne préfère pas dormir, mais au lieu de ça, je glisse mes doigts sous son débardeur et lui effleure la taille, observant sa réaction. Elle semble surprise, puis elle se mord les lèvres et enfouit son visage dans mon cou.
Pourquoi est-ce que je ne comprends pas ce qu’elle veut, maintenant ? Je n’aime pas quand les choses sont trop ambiguës. Je mets donc ma gêne (qui n’a pas lieu d’être) de côté en évitant de penser à la honte qui va m’envahir si elle sort « bah non » et murmure :
- Est-ce que tu as envie que l’on… ?
Suhua lève ses yeux brillants vers moi, les lèvres serrées, et opine très très très timidement du chef.
La main toujours sous son débardeur, je caresse lentement son dos avant de faire glisser mes doigts le long de sa colonne vertébrale, jusqu’à son short. Je le retire lentement et pose ma main sur sa hanche, l’autre toujours accrochée à sa taille.
Mes doigts effleurent ses cuisses.
- Tu m’y autorises ? soufflé-je.
- Oui.
Je glisse timidement mon index en elle, ce qui lui arrache un petit geignement qu’elle s’empresse d’étouffer contre mes pectoraux, ses doigts s’agrippant à mes épaules. J’en ajoute un autre pour qu’elle ressente plus de plaisir, avant de reprendre mon exploration. Suhua se tortille comme un poisson hors de l’eau contre moi, ce qui est à la fois mignon et, je l’avoue, un peu excitant.
Quand je sens qu’elle est déjà au bord du paroxysme du plaisir, je retire lentement mes doigts d’elle. Juste pour la taquiner, je les approche lentement de mes lèvres et les mets en bouche de manière un peu lascive.
Les joues rouges et un sourire gêné aux lèvres, elle détourne le regard en marmonnant que c’est pas possible d’être aussi sexy tout en faisant n’importe quoi.
- Tu sais que… je vais me venger. Je suis scorpion.
Je hausse un sourcil et souris nerveusement, me demandant ce qu’elle va faire à part taper mon torse comme un punching-ball, ce qui est assez agréable, mais je suis habitué maintenant. Au lieu de ça, elle descend sa main jusqu’à mon bassin et effleure mon érection du bout des doigts. Je retiens ma respiration et me tends immédiatement.
- Suhua… soufflé-je.
- Ça te dérange ?
- Non… Mais je m’y attendais pas, je…
Je n’arrive même pas à terminer mes phrases, avec sa main… là où elle est. D’ailleurs, elle la bouge légèrement et je déglutis, totalement débordé, avant de pousser un petit gémissement.
- Je vais arrêter parce qu’après tu vas t’évanouir.
- Je… je…
Je laisse tomber l’idée de faire des phrases et Suhua retire ses doigts. Je pousse un soupir de soulagement puis roule sur le côté pour m’allonger au-dessus d’elle, reprenant le contrôle de mon corps.
Je l’embrasse dans le cou, sur les épaules et sur les joues, avant de presser mes lèvres contre les siennes. Je soupire quand sa langue se mêle à la mienne. Je me redresse un peu pour retirer mon bas et fouiller dans les étagères à la recherche d’un préservatif, puis j’enfile la protection et reviens vers ma petite amie.
- C’est bon ? lui soufflé-je.
- Oui.
J’entre en elle et Suhua pousse un petit gémissement, avant de bouger ses hanches au même rythme que moi. J’essaye de ne pas trop m’étaler sur elle, même si j’ai mal aux avant-bras et que j’use du peu de force qu’il me reste pour rester un peu surélevé et ne pas l’écrabouiller.
- Felix… soupire-t-elle.
Je l’embrasse, puis lui murmure que je l’aime.
- Moi aussi, répond-elle d’une petite voix en me serrant contre elle.
Je soupire contre ses lèvres lorsque je sens des spasmes me parcourir. Ce moment passé, Suhua se tend un peu puis se relâche. Je me retire et dépose un baiser sur son front, puis je pars jeter la protection.
Je me glisse ensuite dans le lit et reprends Suhua dans mes bras.
- On dors ? lancé-je.
- Je sais pas, je suis pas fatiguée. Tu veux pas qu’on fasse un truc ?
Je regarde l’heure sur mon portable, qui indique qu’il est deux heures trente.
- Qu’est-ce que tu veux faire à cette heure-ci ?
- Je sais pas, regarder un film…
Je frotte mon nez contre le sien puis remets ses cheveux.
- Il y en a un que tu veux voir ?
- Ça fait longtemps que j’ai pas vu Le château dans le ciel…
- Donc je suppose que tu veux le voir.
- Oui.
Je souris et me redresse, prêt à sortir de la chambre. Étant donné que pour rejoindre le pavillon avec la télé, il faut traverser pleins de jardins et qu’il risque de faire froid dehors, j’attrape dans le fond du lit un de mes sweats et le tends à Suhua, qu’elle enfile par-dessus son débardeur.
- Merci !
Alors qu’elle s’apprête à sortir, je l’attrape par le poignet pour l’arrêter. Elle se tourne vers moi.
- Quoi ?
Je tends lentement la main vers sa taille, pour lui donner l’impression que je vais l’enlacer, mais je lui pince au dernier moment. Elle lâche un petit cri et me regarde avec une fausse colère.
- Eh !
- Excuse-moi. Allons-y.
J’embrasse sa joue puis sors de la chambre, puis du pavillon.
* * *
Quand le film se termine, à quatre heures trente du matin, Suhua se dégage de mon étreinte avant de regarder dehors. Le ciel est encore noir, mais à l’horizon, il s’éclaircit imperceptiblement. Elle comme moi ne sommes pas fatigués, alors que nous avons à peine dormi, entre l’heure à laquelle nous nous sommes couchés, le film, et… notre petite séance de câlins.
- Tu veux faire quoi ? demandé-je.
- Aller dans la bambouseraie de Sagano. Tant qu’il n’y a personne ! Et après, on pourra aller dans la boulangerie franco-japonaise qui est à l’orée pour prendre le petit-déjeuner.
Le côté pratique, c’est qu’on a juste à sortir de la villa et à descendre un peu le mont Arashi, vu que la maison se trouve dans les hauteurs, et après on sera là où Suhua veut aller.
- Il faut aller s’habiller, alors.
* * *
Suhua marche un peu devant moi, les yeux rivés sur les bambous autour de nous. Même si ça fait trois ans qu’elle la voit tous les jours, elle continue de s’émerveiller devant la bambouseraie. J’aimerais être aussi joyeux qu’elle, après tout, je passe du temps avec ma petite amie… Mais je n’arrête pas de penser qu’à quatorze heures, je vais retrouver mon père. En plus, je vais me présenter avec une tête de déterré, après ma nuit… active, disons-le comme ça.
D’un certain côté, si ça me permet de lui faire encore plus honte…
Je soupire puis fais de grandes enjambées pour rejoindre ma petite amie. Je passe mes bras autour de son ventre, l’empêchant d’avancer plus, puis décale ses cheveux pour déposer un baiser sur son cou, appuyant son dos contre mon torse.
- Je t’aime.
Elle tourne la tête pour me voir et sourit. J’approche alors mes lèvres pour l’embrasser, mais elle se dérobe et s’enfuit en courant.
- Je t’aime aussi ! hurle-t-elle en se retournant.

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