Chapitre 4

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Priorité à ma priorité, récupérer mon nom. Delphine Boël est bien devenue Delphine de Belgique, j'y crois, j'y vais.

Je retrouve le texte de la nouvelle “Changement de nom”. Je le relis du début à la fin, avec cette sensation bizarre — entre tendresse et malaise — qu’on a parfois face à un souvenir qu’on pensait rangé.

À la troisième page, je bloque. La tirade sur Guillaume le Conquérant. Je m’en souvenais à peine, mais là, elle me saute à la figure. Trop démonstrative. Trop littéraire. On dirait que je cherche à montrer que je sais écrire.

Je pense à ceux qui vont la lire. Un service, une adresse mail impersonnelle, des gens dont je ne sais rien. Peut-être qu’ils liront en diagonale, peut-être pas du tout. Mais si, par hasard, ils s’arrêtent là-dessus ?

Je n’ai pas envie qu’ils se disent : « Elle en fait trop. »

Je n’ai pas envie qu’ils se disent : « C’est fabriqué. »

Parce que ce texte, je ne l’ai pas écrit pour faire joli. Je l’ai vécue dans mes tripes la cavalcade frénétique de Guillaume le Conquérant.

Je le relis une dernière fois.

J’ouvre ma boîte mail. Je respire un grand coup.

Destinataire : changementdenom@just.fgov.be

Objet : changement de nom

Je colle mon texte dans le corps du message. Puis je supprime le passage surexcité en espérant qu’ils entendront malgré tout ce que j’essaie vraiment de dire.

Je signe Nathalie Clin.

Il faut bien qu’ils me reconnaissent (eux, ;-)).

Je clique sur envoyer.

Pour changer de vie, pour désincliner la courbe de mon destin.

Tant qu’il est encore temps.

Je devrais me sentir mieux mais je bouillonne encore. Je me fais un café. Ça ne va pas aider mais j’ai pas envie de me calmer. Parce que si je me calme, le satané doute va s’infiltrer. Cette foutue petite voix.

La vengeance, c’est mal.

Il faut faire le bien autour de soi.

Ta gueule !

Je t’ai écoutée. Des années. Je ne me suis jamais rebellée. J’ai fait tout ce qu’on attendait de moi. J’ai été bien docile. Je voulais plaire à tout le monde. J’ai tout fait. Tout !

Et quand je pleurais le soir, quand je grelottais de honte, t’étais où ? Quand j’avais besoin de toi, tu la fermais ta petite bouche de merde, tu m’aidais pas à aller mieux. Tu m’as pas donné de conseil pour m’en sortir alors tu vas pas me faire chier à vouloir me faire être gentille avec les méchants ! C’est quoi ce scénario de merde ? C’est de toi ? Qui a envie de tendre la joue droite quand il vient de se faire défoncer la gauche ? Jésus ? Les cons ? Les débiles ? Je ne suis aucun des trois.

Alors j’ai ouvert un nouveau document. Titre de travail : Compatible. C’est l’histoire d’Hugues. Et de ce qu’il ose demander.

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