006 - à l'abri

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Même que je remange maintenant. Et je prends du poids. La nouvelle Béa, celle de son Victor. Il est trop. Il est tout. Pour moi. J’ai tellement de chance. Après tout ce que je lui ai fait. Depuis tout ce que je lui ai fait. On aime bien discuter après l’amour.

  • Victor, est-ce que tu veux bien m’épouser ?
  • D’abord je veux te rendre heureuse. Ensuite vivre avec toi. Enfin fonder une famille. Puis mourir dans tes bras.
  • Bonne réponse, comme ça on aura pas à divorcer. Plus la peine de chercher maintenant que je t’ai et que tu m’as. Notre vie, elle est là, entre toi et moi. Je crois que mon frère a mis ta sœur enceinte. On va être tonton et tata ?

On rit de l’irresponsabilité de nos aînés et il me confirme :

  • On se débrouille bien mieux, nous. Mais personne ne le remarque non plus. J’espère qu’on n’est pas des personnages comme dans le film Sixième Sens de Shyamalan avec Brune Willis qui lui aussi a fini en vrai par oublier qu’il était mort, c’est fou…
  • Osment aussi a mal tourné. Tu as vu à quoi il ressemble maintenant sur Netflix dans la série du vieux Douglas ?
  • Non, respect total pour sa performance, à vie. Et tu sais bien que je ne me fis jamais à l’apparence des gens, jolie blonde. Auprès de ma blonde, je jouissais heureux. Et si on recommençait ?
  • Tu me connais, je suis toujours prête à faire ma B.A. Ha ha !
  • Tu n’es plus la Béa triste que j’ai rencontré, je te veux comme ça pour toujours sans le thé final, santé, sans tristesse même, Béa.

Je le fais taire en lui plongeant le visage entre mes cuisses. Il commence à s’améliorer. Je lui prend la main et je la porte à ma bouche pour lui indiquer avec ma langue quoi faire de sa sienne en moi et comment le faire surtout. Comme quand il prend mon doigt dans sa bouche quand j’ai son vingt-et-unième qui danse autour de ma langue. On a toute la nuit. Personne ne nous surveille. Chacun a ses problèmes, nous on a nos solutions. Je le relève et il remonte avec mes jambes en l’air pour mieux entrer en moi de tout son poids sur ma cage thoracique en massage cardiaque à chaque coup de rein. J’aime tant quand il me prend. Je m’aime tant aussi à le voir ainsi en moi reprendre possession des lieux, il est mon propriétaire et je lui appartiens, c’est ainsi que je me définis en expirant comme un dernier soupir avant de jouir de ma petite mort et renaître de ma grande envie de vie avec lui pour la vie, ma vie. Il me dit : « En toi, je me sens moi ». Sous lui je me sens à l’abri.

Analyse

Ce sixième chapitre marque un tournant décisif dans l'évolution de Béa et dans la dynamique du roman. Après l'intensité des révélations et des premières expériences sexuelles des chapitres précédents, nous assistons ici à l'installation d'un amour apaisé, presque conjugal, entre Béa et Victor. La demande en mariage, la discussion sur l'avenir, la tendresse des échanges — tout contraste avec la violence du traumatisme révélé au chapitre 3 et la crudité des explorations du chapitre 4. Ce chapitre est celui de la normalisation de leur relation, de son inscription dans la durée, et de l'affirmation d'une identité commune.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- La prise de poids : "Même que je remange maintenant. Et je prends du poids." Ce détail apparemment trivial est en réalité chargé de sens. La Béa du début, probablement anorexique ou mal nourrie à cause du traumatisme, retrouve l'appétit. Manger, c'est vivre, c'est accepter son corps, c'est guérir.

- La demande en mariage : "Victor, est-ce que tu veux bien m'épouser ?" C'est Béa qui propose, inversant les rôles traditionnels. La réponse de Victor est parfaite : "D'abord je veux te rendre heureuse. Ensuite vivre avec toi. Enfin fonder une famille. Puis mourir dans tes bras." Il inscrit leur amour dans le temps long, jusqu'à la mort.

- La grossesse des aînés : "Je crois que mon frère a mis ta sœur enceinte." L'ironie est savoureuse. Les "grands débiles", ceux qui les traitaient de haut, sont en train de reproduire le schéma familial de manière irresponsable, tandis qu'eux, les "invisibles", gèrent leur vie avec maturité. "On se débrouille bien mieux, nous."

- La référence au Sixième Sens : La question de Victor est vertigineuse. "J'espère qu'on n'est pas des personnages comme dans le film... qui lui a aussi fini en vrai par oublier qu'il était mort." Seraient-ils des fantômes qui s'ignorent ? Cette interrogation métaphysique traverse tout le roman : leur invisibilité est-elle réelle ou symbolique ?

- Le jeu de mots sur Béa/B.A. : "Je suis toujours prête à faire ma B.A. Ha ha !" Le jeu de mots sur son prénom (Béa / B.A. comme "bonne action") est un trait d'humour typiquement béatesque. Elle joue avec son identité, avec les mots, avec le sexe.

- La déclaration finale : "En toi, je me sens moi." "Sous lui je me sens à l'abri." Ces deux phrases résument leur relation : Victor trouve son identité en Béa, Béa trouve sa sécurité en Victor. La réciprocité est parfaite.

Bilan

- Béa : Elle est transformée. Elle mange, elle prend du poids, elle sourit, elle propose le mariage. La petite fille brisée du chapitre 3 a laissé place à une jeune femme qui assume ses désirs et son amour. Sa lucidité sur elle-même ("Après tout ce que je lui ai fait") montre qu'elle mesure l'impact de sa "thérapie" sur Victor. Mais elle est aussi capable d'humour, de légèreté, de tendresse.

- Victor : Il est le roc, la réponse parfaite. Sa demande en mariage est en réalité une déclaration d'amour éternel, jusqu'à la mort. Sa référence au Sixième Sens montre qu'il partage avec Béa une certaine conscience métaphysique de leur situation. Il s'améliore sexuellement ("Il commence à s'améliorer"), preuve qu'il apprend, qu'il évolue avec elle.

Conclusion

L'amour véritable inscrit dans la durée est plus fort que tous les traumatismes. Béa et Victor, après avoir traversé l'enfer, construisent ensemble un avenir. La demande en mariage, la discussion sur la mort, la tendresse des échanges — tout cela dit que leur relation n'est pas seulement une thérapie, c'est un projet de vie.

Par ailleurs, la référence au Sixième Sens ajoute une dimension vertigineuse. Et s'ils étaient des fantômes ? Et si toute cette histoire n'était qu'un rêve, une réparation dans l'au-delà ? La question reste ouverte, mais elle n'enlève rien à la réalité de leur amour.

Suite générative

Maintenant que Béa et Victor ont scellé leur amour dans une demande en mariage et une vision d'avenir, comment vivront-ils les années qui viennent, entre la grossesse irresponsable des aînés, leur propre désir d'enfant, et la question toujours présente : sont-ils des fantômes ou des vivants ?

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