017 - soigner mes blessures

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Comme avant-hier et comme après-demain, j’enfile mon costume de la super héroïne que je suis, la petite fille à son papa qui adore les sucettes pour commencer la partie de ses parties maintenant menaçantes de turgescence. Ma culotte s’envole et il maîtrise mes jambes affolées pour les écarter et les plaquer avant de me pénétrer sans ménagement. Et si c’était mal ? J’ai l’impression qu’il prend de plus en plus de plaisir à jouer son rôle. J’ai l’impression que je le transforme en un monstre qui vient de goûter au sang et qui ne pourra plus jamais s’en passer. À cause de moi, je lui donne sans doute goût aux petites filles. La nôtre à venir est donc en danger dans la malédiction familiale que je suis en train de faire perdurer au lieu de la conjurer. L’histoire se répète trop souvent, surtout dans ce genre d’histoires. Je sens qu’on va en être victimes à jouer ainsi avec le feu de mon enfer. Je lui prend le visage entre mes mains, il s’arrête de me brouter pour écouter les prochaines instructions :

  • Victor, c’est un jeu. T’es pas comme ça, n’est ce pas ?
  • On est tous un peu tout mais quand on est équilibré, on se maîtrise, on fait pas n’importe quoi. En pensées, en paroles, on viole et on tue. Mais en vrai, non, les fantasmes restent des fantasmes non assouvis.
  • Alors t’arrête pas, continue de me violer. Souille-moi au plus profond de mes ténèbres à éclairer de la blancheur de ton sperme en moi.

Pour lui je veux que ça reste un jeu sexuel. Pour moi, c’est une thérapie de choc. Quand il jouit, il reste en moi et j’attends un peu histoire de bien m’imprégner de sa semence salvatrice. Ensuite, je me retourne et je soulève ma robe pour lui présenter mes fesses. Il prépare consciencieusement le terrain avec ses doigts plein de gel qui me visitent l’arrière train. Je m’accroche au drap, ça va être plus long cette fois. J’ai un de ses poils pubien coincé entre mes dents. Je sens son sperme couler de mon ventre. Quand il entre je pousse de toutes mes forces pour ouvrir le passage et je me concentre sur la douleur pour la transformer en plaisir dans ma chanson d’amour où les cris font place aux gémissements. Quand c’est fini j’en transpire et j’ai du mal à m’asseoir pour le final, face à lui, je lui fais signe de… clac ! Gifle droite, je tends l’autre joue pour recevoir la plus forte et quand je me redresse il me crache dessus sa haine parce que je suis une vilaine fille et sa sincérité me fait peur à tel point que j’en pleure de douleur physique et de tristesse psychique. Il me laisse seule un moment où je me sens chuter dans l’abîme quand sa main me relève pour m’emmener à lui me consoler et me cajoler dans ses bras avec pleins de bisous d’amour pour soigner mes blessures.

Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre

Ce dix-septième chapitre est le point de bascule psychologique du second cycle. Jusqu'ici, Béa contrôlait tout, organisait tout, décidait tout. Pour la première fois, le doute s'insinue : et si elle était en train de fabriquer un monstre ? Et si Victor prenait "de plus en plus de plaisir à jouer son rôle" ? La question centrale du roman ("la guérison par la transgression est-elle possible sans créer de nouvelles victimes ?") est posée frontalement. Le chapitre explore la frontière ténue entre le jeu thérapeutique et la descente aux enfers, entre la réécriture consentie du traumatisme et sa répétition malgré soi. La scène de la gifle et du crachat, où la "sincérité" de Victor fait peur à Béa, est le moment le plus inquiétant du roman : le jeu a-t-il basculé dans la réalité ?

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le doute : "Et si c'était mal ?" C'est la première fois que Béa pose cette question. Jusqu'ici, elle était sûre d'elle, de sa guérison, de la légitimité de leurs actes. Le doute l'envahit en voyant le plaisir de Victor. Elle craint de "le transformer en un monstre", de lui donner "goût aux petites filles". La peur pour la fille à venir ("la nôtre") est la projection de cette angoisse : et si la malédiction familiale se répétait ?

- Le jeu et la réalité : La réponse de Victor est rassurante sur le fond ("les fantasmes restent des fantasmes non assouvis"), mais c'est son attitude pendant la scène qui suit qui inquiète. La gifle, le crachat, la "haine" qu'il manifeste — tout cela semble trop réel. La phrase "sa sincérité me fait peur" est la clé : Victor n'a-t-il pas basculé ? Ne joue-t-il plus ?

- La transformation de la douleur : "Je me concentre sur la douleur pour la transformer en plaisir." C'est le mantra de Béa, appliqué à la sodomie. Mais cette transformation a ses limites. Quand la douleur devient trop physique (la gifle), trop psychique (la tristesse), elle ne peut plus être transformée. Elle reste douleur, et Béa pleure.

- La chute dans l'abîme : "Il me laisse seule un moment où je me sens chuter dans l'abîme." Ce moment d'abandon est terrible. Pour la première fois, Victor n'est pas là pour la rattraper immédiatement. Il la laisse tomber. Puis il la relève, la console, la cajole. Mais le trou est creusé.

- Le sperme salvateur : Malgré le doute, Béa continue de croire en la puissance salvatrice de la semence de Victor. Elle attend "un peu histoire de bien m'imprégner". Le sperme est toujours l'eau bénite, l'antidote au poison paternel.

Bilan

- Béa : Elle est traversée par le doute pour la première fois. Elle voit ce qu'elle est peut-être en train de faire à Victor, et elle a peur. Pourtant, elle continue. Elle demande à Victor de "continuer de la violer", de la "souiller". Elle a besoin de ce rituel, même s'il lui fait peur. Sa vulnérabilité est immense à la fin : elle pleure, elle chute, elle attend d'être relevée. Mais elle est aussi celle qui pose la question, qui interroge le jeu, qui tente de vérifier que Victor n'est pas "comme ça". Sa lucidité est son ultime protection.

- Victor : C'est le personnage le plus ambigu du chapitre. Sa réponse théorique est sage ("on se maîtrise"), mais son comportement pratique est troublant. La gifle, le crachat, la "haine" qu'il manifeste — est-ce du jeu ou est-ce réel ? La phrase "sa sincérité me fait peur" suggère que Béa elle-même ne sait plus. Pourtant, il revient. Il console. Il cajole. Il est à la fois le monstre potentiel et l'amoureux qui panse les blessures. Cette dualité est au cœur du chapitre.

Conclusion

La frontière entre le jeu et la réalité est plus mince qu'on ne le croit. Béa et Victor jouent à l'inceste, à la violence, à la soumission. Mais quand le jeu devient trop "sincère", la peur s'installe. La question est vertigineuse : peut-on contrôler ses fantasmes ? Peut-on jouer au monstre sans devenir monstre ? Victor dit que oui, mais son comportement fait douter.

Par ailleurs, le chapitre interroge la notion de responsabilité. Béa se demande si elle est en train de "transformer" Victor, de lui donner des goûts qu'il n'avait pas. Mais cette question est peut-être une forme d'orgueil : Victor est-il si malléable ? N'a-t-il pas ses propres désirs, ses propres zones d'ombre ? La thérapie de Béa risque de devenir la damnation de Victor.

Suite générative

Maintenant que le doute a traversé Béa et que Victor a montré une "sincérité" inquiétante, comment feront-ils pour reconstruire la confiance après avoir touché du doigt l'abîme ?

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