026 - s'épanouir sans nous

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Je me retrouve dans les bras de Coralie à l’embrasser dans les toilettes où elle m’a entraînée pour me parler.

  • Ton Victor est venu me voir, chez moi.
  • Ah bon ? Il m’a pas dit. Pourquoi ?
  • Mes lolos lui manquaient. Il a agité son petit truc dedans et ça m’a giclé au visage. C’est un rapide. Un vrai petit lapin, tout doux. Il m’a dit de ne rien te dire, bien-sûr. Le coquin. La prochaine fois, si il veut m’écarter les cuisses, je fais quoi ?
  • Si tu as des préservatifs alors ça va. Sa semence est à moi. J’ai déposé le copyright. Mais toi, ça t’apporte quoi ? Ça te fait de l’effet son petit machin dans ta grosse touffe ?
  • Non mais rien que de le sentir s’ébrouer en moi en perdant tous ses esprits, le sentir s’endormir en moi, je trouve que son bonheur est très agréable à offrir.
  • Une offrande. Un geste catholique. Sacrée pute !

On se met à rire. Mon Victor, même avec son petit zigouigoui qui déclenche du premier coup, il plaît. J’ai bien de la chance et j’aime l’idée de le partager avec Coralie. Je suis une proxénète d’éjaculateur précoce à petit calibre, un modèle qui me convient bien, on l’a bien en bouche, il rentre facilement par derrière et il peut vous honorer comme un doigté sans vous déflorer, quoi que, ça dépend de l’histoire de chacune. Je suis amoureuse de tous ses défauts comme il est amoureux des miens. Il la voit en cachette, il a le droit à son jardin secret, Coralie et moi on n’a pas de secrets l’une pour l’autre. Le préservatif, c’est pas que pour la semence. Elle traîne quelques maladies inoculées par des enculés. Je la serre dans mes bras de tout mon amour. Je l’émoustille comme une L. Je comprends maintenant ce qu’elle dit tout le temps : « on est toutes bi au départ. » Je me sens toute bizarre à lécher sa langue avec ma main dans sa culotte. Je me donne à elle en offrande. J’ai aussi le droit à mon jardin secret. Et avec Coralie on a le droit, tous les droits. Le club LGBT est remplie de filles qui se repèrent et qui se réparent. Mon groupe de parole est là pour les faire se rencontrer. Le soir, dans notre ébat traditionnel, il les apprécie bien aussi mes petits seins qui poussent aspirés dans sa bouche ventouse qui me donne mes premiers émois d’allaitement à venir. Mon corps trépigne déjà mais je dois être patiente, un bonheur après l’autre, après l’autre, après l’autre et là je serai prête à passer le relai, donner la vie et en prendre soin, la protéger sans rien attendre en retour jusqu’à la voir s’épanouir sans nous.

Analyse

Ce vingt-sixième chapitre est celui de la transparence dans le secret. Victor a vu Coralie en cachette, mais ce secret est immédiatement partagé entre les deux filles. Le triangle amoureux devient un espace de confiance absolue, où les règles sont claires : la semence de Victor appartient à Béa ("copyright"), mais son corps peut être partagé avec Coralie sous préservatif. Le chapitre explore la notion de "jardin secret" dans le cadre d'une relation ouverte : chacun a le droit à ses secrets, mais les secrets entre Coralie et Béa n'existent pas. C'est une construction relationnelle complexe, où la transparence et l'intimité coexistent. La fin du chapitre ramène à l'essentiel : le désir d'enfant, la patience, la transmission.

Symbolique

- Le secret partagé :

Victor a demandé à Coralie de ne rien dire. Mais Coralie dit tout à Béa immédiatement. La loyauté entre les filles prime sur la discrétion demandée par Victor. Le "jardin secret" de Victor n'existe pas entre elles.

- Le copyright sur la semence :

"Sa semence est à moi. J'ai déposé le copyright." La formule est drôle et claire. Le sperme de Victor est la propriété exclusive de Béa. Les autres peuvent en profiter, mais sous conditions (préservatif) et sans en disposer.

- Le bonheur d'offrir :

Coralie explique ce qu'elle trouve dans cette relation avec Victor : "son bonheur est très agréable à offrir." Ce n'est pas le plaisir physique qui la motive, c'est le plaisir de donner. Une "offrande", un "geste catholique". Béa la traite de "sacrée pute" — l'insulte est tendre, affectueuse, retournée en compliment.

- L'éjaculateur précoce à petit calibre :

Béa décrit Victor avec une tendresse féroce. "Son petit zigouigoui", "rapide", "petit lapin". Mais tous ces "défauts" sont aimés, comme Victor aime les siens. Leur amour est fait de l'acceptation des imperfections.

- Le jardin secret :

"Il a le droit à son jardin secret." Mais ce secret est immédiatement partagé entre Coralie et Béa. La notion de secret est redéfinie : il y a des cercles de confidence, des niveaux d'intimité.

- Les maladies :

"Elle traîne quelques maladies inoculées par des enculés." La crudité n'exclut pas la tendresse. Béa serre Coralie dans ses bras, pleine d'amour. Le préservatif n'est pas qu'une protection contre la grossesse, c'est une protection contre l'histoire.

- "On est toutes bi au départ" :

Coralie répète son mantra, et Béa le comprend enfin. En explorant sa sensualité avec Coralie, elle touche du doigt cette bisexualité originelle. "Toute bizarre je me sens" — mais c'est une bizarrerie heureuse.

- Le club LGBT :

"remplie de filles qui se repèrent et qui se réparent." La formule est belle. Le groupe de parole de Béa est un lieu de guérison collective. Chacune vient avec ses blessures et trouve chez l'autre un miroir, une main tendue.

- Les émois d'allaitement :

La succion de Victor sur ses seins qui poussent lui donne des "premiers émois d'allaitement à venir". Son corps anticipe déjà la maternité. Mais elle doit être patiente : "un bonheur après l'autre".

- Passer le relai :

La dernière phrase est d'une sagesse rare. Donner la vie, en prendre soin, protéger sans rien attendre en retour, jusqu'à voir l'enfant s'épanouir "sans nous". C'est la définition même de l'amour parental.

Bilan

- Béa :

Elle est la fondatrice et la législatrice de ce trio. C'est elle qui pose les règles, qui accepte, qui partage. Son humour ("proxénète d'éjaculateur précoce") est intact. Sa tendresse pour Coralie est immense ("je la serre dans mes bras de tout mon amour"). Sa découverte de sa propre bisexualité est un élargissement, pas une trahison. Et son désir d'enfant, évoqué à la fin, ancre tout cela dans une perspective de vie.

- Victor :

Il est le petit lapin qui va voir Coralie en cachette, qui "agite son petit truc" et gicle au visage, qui s'endort en elle. Il est décrit avec une tendresse moqueuse, mais aussi avec une réelle affection. Ses défauts sont aimés. Il a droit à son "jardin secret", même si ce secret est immédiatement partagé entre les filles.

- Coralie :

Elle est la messagère de la vérité. Elle dit tout à Béa, immédiatement. Elle explique son plaisir : non pas le physique, mais le bonheur d'offrir. Elle est "catholique" dans son don d'elle-même. Elle est aussi celle qui a besoin de protection (les maladies, les "enculés" de son passé). Le trio est pour elle un espace de guérison autant que de plaisir.

Conclusion

L'amour n'est pas un bien rare qu'il faut garder. C'est une énergie qui se multiplie en se partageant. Béa aime Victor, elle aime Coralie, elle aime les voir heureux ensemble. Cette générosité n'affaiblit pas son amour, elle l'enrichit. Le "copyright" sur la semence n'est pas une restriction, c'est une clarification : chacun sait ce qui lui appartient, ce qui se partage, ce qui se protège.

Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance des relations entre femmes. Coralie et Béa n'ont pas de secrets l'une pour l'autre. Leur complicité est totale, physique et émotionnelle. Le club LGBT devient un lieu de "réparation" collective. La guérison n'est plus individuelle, elle est partagée, transmise, amplifiée.

Suite générative

Maintenant que Béa a goûté à tous les plaisirs et que son corps anticipe déjà la maternité, comment vivra-t-elle l'attente, la patience, et le moment venu, le passage de l'amante à la mère ?

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