027 - intime et secrète

5 minutes de lecture

On trouve notre rythme. En trois étapes. D’abord j’y vais tout doucement du bout de ma langue et de mes lèvres pour le mettre en tension mais la plupart du temps ça m’explose au visage. Dans le deuxième quart d’heure je le chevauche pour lui agiter mes petits arguments au visage mais dès qu’il commence à croire toutes les cochonneries que je lui raconte il râle et s’arrête. Je le secoue pour que son orgasme ne l’emporte pas dans son sommeil. Troisième quart d’heure, il prend son temps à me lubrifier et à tâter le terrain avant d’enfiler son engin dont j’apprécie de plus en plus les va et vient. Quand il a fini, je sors un jouet de sous l’oreiller et je lui demande de prendre le relai avec. Plus de gel, plus doucement, celui là est plus gros, j’ai pas trouvé plus petit. Une fois en place, c’est parti pour le ramonage. Il attend mon mot de passe pour activer les vibrations qui rayonnent partout dans mon ventre allant titiller les extrémités nerveuses les plus inaccessibles de mon clitoris et là je décolle pour le septième ciel. À ce moment précis je suis sûre et persuadée que Dieu existe, à plat ventre les bras en croix je me retourne et je lève les jambes au firmament pour qu’il entre à nouveau en moi. Il enlève la protection usagée du jouet, lubrifie et enfonce tout doucement dans les plis de mon intimité rasée de près, virginale de toute technologie que je découvre par devant mais cette fois-ci avec la puissance maximale. Mon état de conscience explose au-delà de l’univers, en méditation transcendantale, je redescends à ses appels, Victor, je nous vois de haut, je flotte dans les airs comme un fantôme, il appuie sur ma poitrine, j’ai les yeux ouverts, remplis d’étoiles, le visage serein et détendu, la bouche ouverte qui bave et quand je reçois son souffle en moi il me ramène à la vie où je trouve mon homme en pleurs d’avoir eu peur de me perdre. Je mets un moment à m’en remettre avant de vraiment pouvoir le cajoler et le consoler, le rassurer et le persuader, d’essayer à son tour. Mais on n’est plus en état de rien du tout. On s’endort dans les bras l’un de l’autre, il n’y a plus de batteries non plus dans nos jeunes corps d’adolescents accomplis.

  • Tu veux une troisième crêpe ?
  • Oui, merci, avec du Nutella cette fois-ci, bien-sûr.

Ça nous amuse de faire nos allusions douteuses en famille au petit déjeuner. Je vais prendre du poids. Ou alors on est deux à manger ? Il faut que j’arrête d’être obsessionnelle comme ça. J’ai encore une décennie et demi à tenir avec mon amant et ma demi-maîtresse qu’on aime tant. On décide de la réinviter dans notre couche intime et secrète.

xoxo

Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre

Ce vingt-septième chapitre est celui de l'exploration technique et de la transcendance. Après vingt-six chapitres de découvertes, de traumatismes, de guérisons, voici que Béa et Victor atteignent une nouvelle dimension : celle de l'orgasme méditatif, quasi cosmique. Le jouet sexuel, introduit comme un outil supplémentaire, devient le vecteur d'une expérience mystique. Béa "décolle pour le septième ciel", se voit "de haut", "flotte dans les airs comme un fantôme". La boucle est bouclée : les fantômes du début, invisibles aux autres, deviennent des êtres capables de se voir eux-mêmes d'en haut, dans une expérience de conscience élargie. Victor pleure d'avoir eu peur de la perdre — preuve que leur amour, même dans l'exploration la plus extrême, reste ancré dans la tendresse et l'inquiétude.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Les trois quarts d'heure : La structure en trois temps dit l'organisation, la ritualisation de leur sexualité. Chaque phase a son rôle : la fellation explosive, la chevauchée bavarde, la sodomie assistée par jouet. La sexualité est devenue un art, avec ses étapes, ses techniques, ses variations.

- Le jouet : L'introduction du sextoy est un nouvel élargissement. Ce n'est plus seulement leurs corps, c'est la technologie au service du plaisir. Le jouet est "plus gros", il vibre, il atteint des zones inaccessibles. Le corps de Béa devient un terrain d'exploration sans limite.

- L'orgasme transcendantal : La description est d'une puissance rare. "Je décolle pour le septième ciel", "mon état de conscience explose au-delà de l'univers", "en méditation transcendantale", "je nous vois de haut, je flotte dans les airs comme un fantôme". L'orgasme n'est plus seulement physique, il est spirituel, cosmique, mystique. Béa touche à Dieu, ou à quelque chose qui le dépasse et qui la dépasse.

- Les larmes de Victor : Il pleure d'avoir eu peur de la perdre. Dans son extase, Béa a quitté son corps, elle est devenue fantôme. Victor a eu peur qu'elle ne revienne pas. Ces larmes sont la preuve que leur amour est plus fort que toutes les explorations : il craint de la perdre, même dans la jouissance.

- La crêpe au Nutella : Le retour au trivial est savoureux. Après l'extase cosmique, la question "tu veux une troisième crêpe ?" et l'allusion "douteuse" en famille. La vie continue, normale, ordinaire. Le mystique et le quotidien coexistent.

- "Je vais prendre du poids. Ou alors on est deux à manger ?" : L'allusion à une possible grossesse est légère, mais elle est là. L'obsession revient, mais Béa se raisonne : "Il faut que j'arrête d'être obsessionnelle comme ça." La maturité gagne.

- La réinvitation de Coralie : Le trio n'est pas mort, il est juste en veille. "On décide de la réinviter." Leur relation avec Coralie est un jardin qu'ils cultivent quand ils en ont envie, sans pression, sans exclusivité.

Bilan

- Béa : Elle atteint dans ce chapitre un état de conscience supérieur. L'orgasme n'est plus seulement physique, il est spirituel. Elle se voit de haut, flotte, touche à l'absolu. Mais elle redescend, elle revient à Victor, elle le cajole, elle le rassure. Elle est à la fois la mystique et la femme aimante. Sa légèreté ("tu veux une troisième crêpe ?") montre qu'elle n'a pas perdu le sens de l'humour ni l'ancrage dans le quotidien.

- Victor : Il est l'opérateur technique (le jouet, les vibrations), mais aussi l'amoureux inquiet. Ses larmes sont touchantes. Il a peur de perdre Béa, même dans la jouissance. Il est à la fois celui qui donne du plaisir et celui qui reçoit l'angoisse. Leur relation est désormais assez solide pour intégrer ces peurs et les dépasser.

- Coralie : Elle est évoquée, réinvitée. Elle reste présente en arrière-plan, comme une option, un plaisir partagé.

Conclusion

La sexualité peut être une porte vers le transcendant. L'orgasme n'est pas seulement une décharge physique, c'est une expérience de conscience, un voyage hors du corps, une rencontre avec l'absolu. Béa touche à Dieu, ou à quelque chose qui le dépasse, dans les bras de Victor. La technique (le jouet) n'est pas l'ennemie du spirituel, elle peut en être le vecteur.

Par ailleurs, ce chapitre montre que l'amour véritable inclut la peur de perdre l'autre. Victor pleure parce qu'il a eu peur. Cette peur n'est pas une faiblesse, c'est la preuve que son amour est réel, profond, viscéral. On ne pleure que ce qu'on craint de perdre.

Suite générative

Maintenant que Béa a touché au divin dans l'orgasme et que Victor a pleuré de peur de la perdre, comment vivront-ils le retour à l'ordinaire, et surtout, à l'attente de ce qui viendra — un enfant, ou pas ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0