030 - un nouveau parfum

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Je lui ai pris la main pour redescendre. Arrivés en bas, on rigolait déjà de notre aventure. Il ne s’est rien passé du tout mais depuis il est très gentil avec moi et le moment venu moi aussi je serai très gentille avec lui, il se sait, il le sent, très fort entre nous. Je suis son autrice préférée quand je lui envoie des mots doux pleins d’allusions excitantes sur nos messageries cryptées. Je le retrouve en ville dans une chambre clandestine, comme celles que les prostitués ont. Gouges est peut-être un gigolo ou un truc dans le genre, ça expliquerait bien des choses. Il ne m’embrasse pas. Je ne le suce pas. Préservatif plus gel, il me fait mal, ça ne rentre pas. Elle est bien trop grosse pour moi. Je sens comme un malaise. Il me retourne et c’est encore pire. Je me mets à pleurer et ça lui coupe toute ardeur supplémentaire. On se fait un gros câlin. Un dernier baiser tout tendre et je m’en vais. C’est fini. Je ne suis pas prête, non. Pas avec lui, c’est sûr. Trop mâle. Trop « image du père ». Victor, lui, c’est ma chose et j’adore ses faiblesses. Je suis pas hétéro en fait, c’est clair. Je suis juste V, comme victoire. Merci monsieur Gouges pour votre éducation. Je sais qui je suis maintenant. Reconnaissance éternelle. C’est ce que je lui envoie comme dernier message crypté même si je n’y crois qu’à moitié. Lui, il ne demande qu’à croire. En fait, on n’est pas compatibles. Je suis un petit gabarit et lui un gros. Comme en sport, je manque d’entraînement, je risque la déchirure. Mais j’ai pas du tout envie de m’orienter vers les plus gros modèles. Je préfère rester comme je suis. Victor me convient parfaitement. Il m’est même idéal. J’ai bien de la chance de l’avoir. Et c’est en priant, en remerciant le ciel que je donne des coups de rein avec son échantillon en moi, parfaitement à sa place. « Je t’aime mon Vic, je serai toujours là pour toi et je te veux toujours à moi, on est faits l’un pour l’autre. » Il est ma sexualité et je suis ma sienne, sauce Coralie, nous les mutants déviants du club LGBT. Il jouit et devient mélancolique, comme souvent après l’amour, comme s’il regrettait quelque chose. Je caresse son visage et je lui embrasse le front avant de me dégager de lui et de me coller son corps chaud et transpirant pour me toucher et me finir en enfonçant mes ongles sans sa chair pour qu’il m’aide à me frotter, à me mettre des doigts entre les fesses, à gober ma langue mais ça ne vient pas jusqu’à ce que je pense à Coralie. C’est elle qu’il lui faut aussi, il sera moins triste le visage entre ses deux mamelles de vache laitière soviétique qui bat tous les records. Je me sens si bien. Mes cheveux sont encore trop longs. Je pense que je peux être plus sexy, plus rousse encore. Il me faut un nouveau parfum.

xoxo

Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre

Ce trentième chapitre est celui de la confirmation et de la clarification. L'expérience avec monsieur Gouges se solde par un échec physique et émotionnel, mais cet échec est une victoire pour la connaissance de soi. Béa comprend qu'elle n'est pas faite pour les "gros modèles", qu'elle n'est pas "hétéro" au sens conventionnel, qu'elle est "V, comme victoire" — définie par Victor, pas par une catégorie. La tentative avortée avec le professeur poète est le dernier test avant l'affirmation définitive de son identité sexuelle et amoureuse. Le chapitre se termine sur un retour à Victor, à Coralie, à la vie partagée, avec le désir toujours présent de se transformer, de s'embellir, de se parfumer. La boucle est bouclée : après avoir exploré l'ailleurs, Béa revient à son centre, plus sûre d'elle.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- La redescente main dans la main : Le geste est beau. Après l'échec, après les larmes, ils redescendent main dans la main. Une forme de réconciliation, de tendresse retrouvée.

- Les messageries cryptées : La technologie au service du désir, mais aussi de la distance. Les "mots doux pleins d'allusions excitantes" maintiennent le lien, préparent les rencontres.

- La chambre clandestine : L'image de la chambre de prostitué est forte. Béa projette sur Gouges une identité de gigolo. Cela expliquerait son aisance, son détachement, son manque de tendresse.

- La douleur : "Il me fait mal, ça ne rentre pas." "Je me mets à pleurer." Le corps dit non quand la tête avait dit oui. La douleur est un signal, un stop.

- Le câlin final : "On se fait un gros câlin. Un dernier baiser tout tendre." La scène se termine dans la tendresse, pas dans la violence. Gouges n'est pas un monstre, juste un homme avec qui ça ne marche pas.

- "Trop mâle. Trop 'image du père'." : La révélation est capitale. Ce qui bloque avec Gouges, c'est qu'il incarne trop le masculin, trop le père. Victor, lui, est "ma chose" — il est apprivoisé, aimé dans ses faiblesses, désiré dans sa douceur.

- "Je suis juste V, comme victoire" : La déclaration d'identité la plus forte du roman. Elle n'est pas hétéro, pas bi, pas lesbienne. Elle est "V" — définie par Victor, par la victoire sur elle-même, par la guérison.

- La mélancolie de Victor : "Il jouit et devient mélancolique, comme souvent après l'amour." Ce détail est nouveau. Victor a peut-être ses propres zones d'ombre, ses propres questions. Mais Béa est là pour lui, elle pense à Coralie pour le consoler.

- Coralie, la vache laitière soviétique : L'image est crue mais tendre. Coralie, avec ses gros seins, est une ressource, un réconfort. Elle bat "tous les records" de générosité maternelle.

- Le désir de transformation : La fin du chapitre montre que Béa n'a pas fini d'évoluer. Ses cheveux sont "encore trop longs", elle veut être "plus sexy, plus rousse", elle veut un nouveau parfum. La quête de soi est infinie.

Bilan

- Béa : Elle sort de cette expérience grandie, clarifiée. Elle sait maintenant ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas. Elle n'est pas faite pour les "gros modèles", elle est faite pour Victor, pour sa douceur, ses faiblesses, sa mélancolie. Sa déclaration ("Je suis juste V") est un aboutissement. Elle a trouvé son identité, non pas dans une case, mais dans une relation. Sa tendresse pour Victor, même quand il est mélancolique, est infinie. Elle pense à Coralie pour le consoler, elle est prête à partager.

- Victor : Il est présent dans la seconde partie du chapitre, comme réceptacle, comme partenaire, comme objet de désir. Mais sa mélancolie post-coïtale est nouvelle. Peut-être sent-il que Béa s'éloigne, ou qu'elle change, ou simplement qu'il a ses propres démons. Béa le console, le caresse, l'embrasse. Leur lien est assez solide pour intégrer ces zones d'ombre.

- Monsieur Gouges : Il est l'anti-Victor. Trop grand, trop mâle, trop "image du père". L'expérience échoue, mais il se comporte correctement : il s'arrête quand elle pleure, il fait un câlin, un dernier baiser. Il n'est pas un prédateur, juste un homme incompatible. Béa lui envoie un dernier message de "reconnaissance éternelle" — ironique mais pas méchant.

- Coralie : Elle est évoquée comme un recours, un réconfort pour Victor. Ses "mamelles de vache laitière soviétique" sont une image comique et tendre. Elle est la troisième roue indispensable, celle qui permet au couple de respirer.

Conclusion

La connaissance de soi passe par l'expérience de l'autre. Béa ne savait pas vraiment ce qu'elle voulait avant d'essayer avec Gouges. L'échec de cette tentative lui a révélé l'essentiel : elle n'est pas faite pour la masculinité traditionnelle, pour la domination, pour la taille. Elle est faite pour Victor, pour sa douceur, pour ses faiblesses, pour sa mélancolie. Elle est "V, comme victoire" — définie par lui, par eux, par leur histoire.

Par ailleurs, ce chapitre montre que le désir est toujours situé, contextuel, relationnel. Ce qui est bon avec Victor ne l'est pas avec Gouges. Ce qui est bon avec Coralie ne l'est pas avec n'importe quelle fille. Le désir n'est pas une essence, c'est une rencontre.

Suite générative

Maintenant que Béa a clarifié son identité et son désir, et que Victor a montré sa mélancolie, comment vivront-ils ensemble les années à venir, entre transformations personnelles, présence de Coralie, et l'ombre toujours possible d'un enfant ?

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Ce chapitre compte 2 versions.

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