033 - réviser aussi

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Je décide d’arrêter de me raser pour mieux coller à la scène histoire d’améliorer le visuel la prochaine fois. Ce sera sans les nattes aussi, ma coiffure conviendra parfaitement. Il en faudra beaucoup pour arriver à la perfection mais on a tout le temps, jusqu’à mon âge légal où il me verra partir dans un autre établissement. J’aimerais bien le voir faire avec sa sœur. J’en pouffe de rire rien qu’à l’idée de lui demander. Dans les livres les histoire avancent au ralenti. Dans les séries c’est encore pire. Dans ma vraie vie, c’est tout le contraire. Juste une semaine pour en arriver là : elle est trop belle. On dirait la Venus de Milo. Plantureuse. Sensuelle. Affirmée. Elle m’ouvre ses bras et je la rejoins pour un câlin tendre. Je me surprend à l’embrasser et à me réfugier dans sa voluptueuse poitrine avant d’en ressortir pour l’aider à son ouvrage traditionnel familial interdit. À la fin, on se donne en spectacle devant le prof agrégé et le magnifique visage de sa sœur disparaît entre mes cuisses pour m’amener jusqu’à l’extase, tout en force et délicatesse. Monsieur Gouges fini par s’endormir et on discute, entre femme.

  • Olympe, ça ne s’invente pas.
  • Non ? C’est vrai ? C’est le pseudo que j’ai choisi dans télégramme pour commu « niquer » avec lui.

On en rit. Et on s’embrasse. Olympe est accomplie. Son anneau en place, deux enfants, un mari cocu, je suis son bonbon quand elle me bouffe le bonbon. Quelle histoire ! Finalement quand je rentre chevaucher mon frère par alliance, je me sens tout à faire normale. C’était peut-être ça le but de l’exercice ? Monsieur Gouges me fait avancer dans tous les domaines, littéraire et sexuel dans deux mondes où l’on peut tout faire sans vraiment le faire, ça, c’est de la pédagogie ! Monsieur Gouges a inventé rien que pour moi les travaux pratiques de son cours, option inceste fraternel en direct live. Rien que pour moi ? J’en doute. Son bezenvil a du, doit et en verra d’autres, c’est sûr. Mais en attendant, c’est mon tour et je mesure ma chance. Ça ferait une chouette dissertation. À ce jour, c’est mon plus grand accomplissement. Je suis prête à candidater pour Yale. Mais j’ai encore deux années à patienter avant d’aller à Carnot en hypokhâgne. Je m’installe à mon bureau et je regarde mon cahier de textes pour sagement finir tous mes devoir en sérieuse petite seconde de 15 ans que je suis, toute innocente de la vie avec des peluches plein mon lit. Je regarde mon horloge rose, c’est l’heure de ma pause pédagogique. Crêpe à déguster avec Victor que je vais déranger pour qu’il n’oublie pas de me réviser aussi.

Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre

Ce trente-troisième chapitre est celui de la rencontre avec la sœur jumelle de Monsieur Gouges, Olympe. Ce qui n'était qu'un secret évoqué devient réalité charnelle. Béa se retrouve entre le frère et la sœur, témoin et participante de leur intimité. La scène est d'une audace rare : la sœur "disparaît entre mes cuisses" pendant que le frère regarde, puis s'endort. La discussion entre femmes qui suit est d'une tendresse confondante. Olympe, la "Vénus de Milo", plantureuse et sensuelle, devient une alliée, une complice. Le chapitre se termine par un retour au calme, au bureau, aux devoirs, à la "sérieuse petite seconde de 15 ans" avec ses peluches. Le contraste est saisissant : la même fille peut vivre l'extrême transgression et le retour à l'ordinaire le plus banal.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le poil : La décision d'arrêter de se raser pour "coller à la scène" est un détail important. Le corps naturel, non épilé, est plus authentique, plus proche de l'image de "L'Amant". La perfection demande du temps.

- L'âge légal : La relation avec Gouges a une date de péremption. Cette temporalité limitée la rend possible, précieuse, sans avenir.

- La sœur jumelle : Olympe (le pseudo de Béa est le prénom de la jumelle !) est une révélation. Plantureuse, sensuelle, affirmée, elle est le double féminin de Gouges. Leur relation incestueuse (traditionnelle, familiale, interdite) est un miroir de celle de Béa avec Victor, mais aussi de celle avec son père.

- Le spectacle : La scène où la sœur disparaît entre les cuisses de Béa pendant que le frère regarde est d'une puissance érotique rare. Le triangle se referme : Béa est à la fois avec le frère et la sœur, dans une circulation des désirs.

- La discussion entre femmes : "Olympe, ça ne s'invente pas." Le pseudo de Béa devient réalité. La femme mariée, mère de deux enfants, au mari cocu, trouve en Béa un "bonbon". La sororité est érotique et tendre.

- Le retour à la normale : Après l'extase, Béa rentre "chevaucher mon frère par alliance". Et elle se sent "tout à fait normale". C'est peut-être ça, la guérison : pouvoir passer de l'extrême à l'ordinaire sans hiatus. Les "travaux pratiques" de Gouges, option "inceste fraternel en direct live", sont une pédagogie de la transgression.

- Le cahier de textes : Le retour au sérieux, aux devoirs, à l'horloge rose, aux peluches. Béa est à la fois la femme qui vit des expériences sexuelles hors normes et la "petite seconde de 15 ans" qui fait sagement ses devoirs. Les deux coexistent.

Bilan

- Béa : Elle est au centre de tout. C'est elle qui rencontre la sœur, qui l'embrasse, qui se réfugie dans sa poitrine, qui la regarde disparaître entre ses cuisses. Elle est l'élue, celle qui a accès à l'intimité du frère et de la sœur. Sa réflexion finale ("je me sens tout à fait normale") est capitale. La transgression est devenue sa normalité. Elle peut passer de l'inceste avec la sœur de son amant au devoir conjugal avec Victor sans solution de continuité.

- Olympe : Elle est la Vénus de Milo, plantureuse, sensuelle, affirmée. Mariée, mère de deux enfants, elle trompe son mari avec son frère (tradition familiale interdite) et avec Béa. Elle est libre, assumée, tendre. Son pseudo (Olympe) rejoint celui de Béa, créant une identification troublante.

- Monsieur Gouges : Il s'endort pendant que sa sœur et Béa jouent ensemble. Il est spectateur, puis absent. Sa pédagogie est complète : il a initié Béa à sa sœur, et maintenant il les regarde, puis il dort. Il est le maître du jeu, mais aussi celui qui s'efface.

Conclusion

La normalité est une question de perspective. Pour Béa, il est "normal" de passer de l'extase avec la sœur de son amant au devoir conjugal avec Victor. Pour le lecteur, c'est tout sauf normal. Mais la leçon du roman est peut-être là : il n'y a pas de normalité universelle, il n'y a que des équilibres singuliers. L'important n'est pas de correspondre à une norme extérieure, mais de trouver son propre équilibre, celui qui permet de vivre sans heurts, de faire ses devoirs, de manger des crêpes, d'aimer.

Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance des rencontres. Béa rencontre Olympe, et cette rencontre est un élargissement de son univers. Elle découvre qu'on peut être mariée, mère, et vivre librement sa sexualité. Elle découvre qu'on peut être jumeaux et s'aimer d'un amour interdit. Elle découvre que la vie est plus vaste que ce qu'elle imaginait.

Suite générative

Maintenant que Béa a intégré la sœur de Gouges dans son univers et qu'elle se sent "tout à fait normale" dans sa vie multiple, comment vivra-t-elle les deux années qui la séparent de l'hypokhâgne, entre devoirs scolaires, amours multiples, et l'ombre toujours présente d'un possible enfant ?

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