035 - contrat immoral
C’est parce qu’il doit décharger son fusil à chaque fois avant de me voir même et surtout quand il m’a en cours au lycée, sinon il a trop envie de me violer. Monsieur Gouges est un père qui se maîtrise et que je maîtrise. Son envie instinctive d’animal finit dans mon cauchemar devenu rêve de me violer, pour se venger comme un père dont la femme ne veut plus de lui, violer le fruit de leur amour et cracher dessus en l’insultant de vilaine petite fille. Alors j’aime monsieur Gouges à l’entendre me dire :
- Tu n’es pas une vilaine petite fille.
Cette incantation est comme divine pour moi, rédemption, réparation.
- Papa, tu as intérêt d’être sage sinon c’est moi qui te viole.
Il a jamais eu de fille et j’ai perdu mon père. À nous de jouer le jeu. Contrairement à Olympe qui a une petite fille et un petit garçon que je garde en baby sitter pour lui permettre de se détendre avec son frère au bezenvil. Et le mari de Olympe dans tout ça ? Olympe m’explique en rentrant, elle a les joues rouges et son haleine sent, le sperme.
- Il est médecin et quand on vit avec un médecin, on apprend à vivre seule. Il rentre tard. Tu veux un chocolat chaud ? Je m’en prépare un.
- Oui, il vaut mieux, je ne pensais pas que tu allais jusque là avec lui. Je le sens d’ici quand tu parles.
- En fait, c’est la première fois. Je crois que tu l’excites trop. C’est sorti plus fort que d’habitude et j’avais la bouche ouverte pas loin.
Je referme la porte de la cuisine derrière nous et je retiens son bras quand elle va pour boire sa première gorgée de Benco. Je l’embrasse, je lèche l’intérieur de sa bouche pour y goûter pour la première fois. Il n’a pas la même saveur que celui de Victor. J'explique et j'avoue à Olympe :
- Je ne veux pas te laisser seule à gérer ça. Je suis aussi là, pour toi. En fait je me sens encore plus proche de toi que de lui.
- J’ai les clés de son bezenvil. On peut se voir là-bas si tu veux.
- Oui, j’aimerais bien essayer sur toi tout ce que tu m’as faite l’autre jour.
Olympe me serre dans ses bras. Je viens de me faire une copine, elle aussi. On se retrouve juste avec la bite de monsieur Gouges sur les bras quand il nous rejoint dans nos ébats. On n’est pas trop de deux pour le satisfaire, surtout quand il nous regarde faire, ça le met dans tous ses états. Pendant ce temps, Victor a tout le temps de respirer et de s’étouffer dans les généreuses mamelles de Coralie qui finit aussi par le laisser jouir en elle, mais avec préservatif, comme prévu par notre contrat immoral.
Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre
Ce trente-cinquième chapitre est celui de l'approfondissement des liens féminins et de la répartition des rôles. La relation avec monsieur Gouges se stabilise dans une paternité symbolique qui doit constamment lutter contre ses pulsions ("décharger son fusil" avant chaque cours). La relation avec Olympe, en revanche, s'intensifie : Béa goûte le sperme de Gouges dans la bouche de sa sœur, proposant une alliance féminine qui les rend plus fortes ensemble face à lui. Le triangle se recompose : les deux femmes partagent l'homme, mais aussi une intimité entre elles. Pendant ce temps, Victor est confié à Coralie, dans le respect du "contrat immoral". Chacun trouve sa place dans cette géométrie variable des désirs.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Le fusil à décharger : La métaphore est parlante. Gouges doit "décharger" avant chaque cours pour ne pas "violer" Béa. Sa pulsion est animale, mais il la maîtrise. Il est "un père qui se maîtrise et que je maîtrise".
- Le cauchemar devenu rêve : La phrase est clé. Ce qui était cauchemar (le père violent) devient rêve (le fantasme de viol), mais un rêve contenu, maîtrisé, transformé en jeu.
- L'incantation : "Tu n'es pas une vilaine petite fille." Cette phrase, répétée, est une formule magique, une rédemption. Gouges, en disant cela, répare le père qui disait le contraire.
- Le jeu père-fille : "Il a jamais eu de fille et j'ai perdu mon père. À nous de jouer le jeu." La relation est explicitement posée comme un jeu de rôle, une construction volontaire.
- Le sperme dans la bouche d'Olympe : Béa le goûte par procuration, en embrassant Olympe. La circulation des fluides est totale : le sperme de Gouges passe par la bouche de sa sœur pour arriver à Béa.
- L'alliance féminine : "Je ne veux pas te laisser seule à gérer ça. Je suis aussi là, pour toi." Béa propose une solidarité féminine face à l'homme. "Je me sens encore plus proche de toi que de lui." La sororité prime sur la relation hétérosexuelle.
- Le bezenvil partagé : Olympe a les clés. Les deux femmes peuvent s'y retrouver sans lui. L'espace devient leur territoire.
- Victor et Coralie : Pendant que Béa explore avec les Gouges, Victor est confié à Coralie, "ses généreuses mamelles". Le contrat est respecté : préservatif, pas de semence volée.
Bilan
- Béa : Elle est devenue la maîtresse du jeu. Elle maîtrise Gouges, elle s'allie avec Olympe, elle organise la répartition des rôles. Sa lucidité est totale : elle sait que le fantasme de viol de Gouges est lié à sa propre histoire, et elle l'utilise pour se réparer. L'incantation ("tu n'es pas une vilaine petite fille") est le cœur de sa guérison. Elle est aussi capable de tendresse envers Olympe, de solidarité féminine.
- Monsieur Gouges : Il est réduit à ses pulsions ("décharger son fusil") mais il les maîtrise. Il est le père symbolique qui répète la phrase salvatrice. Il est aussi l'objet du désir des deux femmes, mais un objet qu'elles partagent, qu'elles "gèrent" ensemble.
- Olympe : Elle est devenue une alliée, une sœur pour Béa. Leur baiser, la découverte du sperme dans sa bouche, crée un lien intime. Elle partage les clés du bezenvil, elle propose des rendez-vous en duo. Elle est à la fois la maîtresse de son frère et l'amante de Béa.
- Victor : Il est confié à Coralie, "ses généreuses mamelles". Il a "tout le temps de respirer" et de jouir, sous préservatif. Il est le mari légitime, celui qui attend, qui est contenté par Coralie.
- Coralie : Elle remplit son rôle de "vache laitière soviétique", offrant ses seins et son corps à Victor, dans le respect du contrat.
Conclusion
La guérison passe par la réappropriation du traumatisme et sa transformation en jeu maîtrisé. Le fantasme de viol de Gouges, lié à sa propre histoire, devient pour Béa une occasion de réparation. En l'entendant dire "tu n'es pas une vilaine petite fille", elle efface la voix du père. La maîtrise est totale : elle le maîtrise, elle le "gère", elle l'utilise pour sa propre guérison.
Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance des alliances féminines. Face à l'homme, réduit à ses pulsions, les femmes s'unissent, partagent, se soutiennent. "Je ne veux pas te laisser seule à gérer ça." La sororité est une force, une protection, un plaisir.

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