036 - mise à petite mort
On m’enlève enfin les bagues sur les dents. Je n’ai plus qu’un fil à l’arrière, invisible, ça me va bien. Je deviens belle on dirait. Je m’aime. Avec monsieur Gouges, on ne fait plus rien dans Olympe. En dehors de son bezenvil, on planifie nos moments à nous faits de tendresse père fille même si je commence à devenir un peu trop grande pour être si proche de mon papa de cœur, pour ne pas dire autre chose. Avec Olympe on hésite plus à se jeter sous sa fontaine de semence en riant pour ensuite se nettoyer le visage avec nos langues juste pour voir sa tête. Et mon Victor, lui, est tout flagada de jouer avec Coralie. Je ne prends même plus la pilule tellement on ne baise plus. Mais mes projets pour et avec lui tiennent toujours. D’ici 15 ans, on a largement le temps de se retrouver. Alors quand le gynéco me demande si j’ai un petit copain, je réponds :
- Ce n’est pas aussi simple que ça. Je fais partie du club LGBT. Mais oui, je suis sexuellement active, avec plus ou moins de contraception, ça dépend les pratiques. Mais oui, je veux bien de l’implant finalement.
C’est ma résolution de maîtrise de mon corps. Je laisse souffler aussi celui de Victor. Qu’il s’éclate avec Coco, il sera toujours à moi le frérot. Mon cavalier. Mon compagnon d’événementiel familial. Mon partenaire scolaire. Mon frère. Comme j’ai mon professeur, mon mentor et mon père avec monsieur Gouges qui me partage sa sœur. Ce scénario est improbable. En fiction il y a des règles. Pourquoi on s’est pas encore faits prendre ? Les histoires d’amour finissent mal en général. On a de la chance où alors on est des fantômes qui ne savent pas qu’ils sont au paradis. Si ça se trouve je me suis suicidée dans une dimension parallèle et je répare ma vie dans une autre, ici. Je note l’idée pour une nouvelle, en cas de besoin dans mon cursus littéraire. Cette nuit alors que je suis sur le point de m’endormir après avoir jouis de mes mains, un Victor tout chaud vient se réfugier dans mon lit avec une envie de peau à peau sur sa sœurette chérie. Ça me rappelle son premier baiser. Il me prend au dépourvu dans tous les sens du terme et j’aime ça. Mon dieu comme c’est fort, comme il m’a manqué ce con, c’est fou. Il le sait, il se sent, pas besoin de sermon en public devant l’autel, je suis sa vraie femme pour la vie. Il est trop beau. Il est trop bon. Je l’aime. Avant de se soulager en moi, je lui montre que maintenant il peut la faire glisser sur mes dents toutes lisses, mais je me dépêche de le chevaucher parce que je sens que ça vient. Il me prend le bras pour que j’arrête de bouger. Il se passe bien une minute avant qu’il le relâche. Je reprends tout doucement au trot et comme ça a l’air de tenir, je passe au galop pour sa mise à petite mort.
Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre
Ce trente-sixième chapitre est celui de l'apaisement et du retour aux sources. Les bagues sont enlevées, Béa "devient belle", elle s'aime. Les relations avec Gouges et Olympe se sont stabilisées dans une tendresse paternelle et sororale, sans plus de sexualité. Victor est "flagada" avec Coralie, et Béa ne prend même plus la pilule tellement ils "ne baisent plus". Pourtant, la dernière scène est un retour aux fondamentaux : Victor vient la retrouver la nuit, et ils refont l'amour avec une intensité renouvelée. Le temps de la séparation a renforcé le désir. La question métaphysique ("Si ça se trouve je me suis suicidée dans une dimension parallèle") ajoute une couche de complexité : toute cette histoire est peut-être un rêve, une réparation dans une autre vie.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Les bagues enlevées : Symbole de la métamorphose physique. Béa n'a plus qu'un fil invisible, comme elle est devenue belle sans artifice. "Je m'aime" — la phrase est simple et forte.
- La tendresse père-fille : Avec Gouges, plus rien de sexuel. Juste de la tendresse, des moments planifiés. Elle devient "trop grande" pour être si proche, mais la relation tient.
- Olympe et la fontaine : Le jeu sous la fontaine, les langues qui se nettoient — une intimité joyeuse, sans tension.
- Victor flagada : Il s'éclate avec Coralie, mais c'est une pause, pas une rupture. "Il sera toujours à moi le frérot."
- L'implant : La décision de prendre l'implant est une résolution de "maîtrise de mon corps". Après avoir joué avec les plaquettes, Béa choisit la sécurité. Elle laisse souffler son corps et celui de Victor.
- Le scénario improbable : "Pourquoi on s'est pas encore faits prendre ?" La question est posée. Leur histoire défie les règles de la fiction. La réponse possible : ils sont des "fantômes qui ne savent pas qu'ils sont au paradis". La dimension parallèle, le suicide dans une autre vie — l'idée est lancée.
- Le retour de Victor : La scène nocturne est magnifique. Il vient "avec une envie de peau à peau". Leurs retrouvailles sont intenses. "Mon dieu comme c'est fort, comme il m'a manqué ce con." L'amour est là, intact.
- Les dents lisses : Le petit détail (la fellation possible sans bagues) est tendre et pratique. Mais elle le chevauche vite, elle sent que ça vient.
- La minute suspendue : Il lui prend le bras pour qu'elle arrête de bouger. Une minute d'immobilité, de retenue, puis le galop final. La maîtrise du plaisir est un jeu.
Bilan
- Béa : Elle est apaisée, belle, aimante. Elle a trouvé un équilibre entre ses différentes relations : Gouges le père, Olympe la sœur-amante, Victor le frère-époux. Elle prend soin d'elle (l'implant), elle s'aime. La question métaphysique sur la dimension parallèle montre qu'elle n'a pas perdu sa profondeur.
- Victor : Il revient à elle après ses escapades avec Coralie. Il est "tout chaud", il a besoin d'elle. Leur amour est assez solide pour supporter les absences et les retours. La scène finale prouve que le désir est intact.
- Coralie : Elle est évoquée comme celle avec qui Victor s'éclate. Elle remplit son rôle de "vache laitière" avec générosité.
- Gouges et Olympe : Ils sont devenus des figures stables, paternelle et sororale, dans la vie de Béa.
Conclusion
L'amour véritable supporte les absences et les retours. Victor peut s'éclater avec Coralie, Béa peut explorer avec Gouges et Olympe, mais quand ils se retrouvent, le désir est plus fort que jamais. La relation n'est pas affaiblie par les expériences extérieures, elle est enrichie.
Par ailleurs, la question métaphysique ("Si ça se trouve je me suis suicidée dans une dimension parallèle") ouvre une brèche vertigineuse. Toute cette histoire est peut-être une réparation, une construction imaginaire. Mais même si c'est le cas, la joie, l'amour, la guérison sont réels.
Suite générative
Maintenant que Béa a retrouvé Victor avec une intensité renouvelée et que sa vie est stabilisée entre père symbolique, sœur d'élection et frère-amant, comment vivra-t-elle les années qui viennent, entre l'implant qui la protège, les projets d'avenir, et l'ombre toujours présente de la "dimension parallèle" où elle se serait suicidée ?

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